12 millions de Français en situation de « précarité énergétique »

Les familles monoparentales sont durement touchées par la précarité énergétique. Shutterstock

La précarité énergétique est une réalité économique et sociale vécue par 1 Français sur 5. La lutte contre ce phénomène constitue un chantier prioritaire pour réussir la transition énergétique et écologique. Car comment construire une société plus respectueuse des ressources et plus équitable sans traiter la question sociale ?

Cette précarité concerne la difficulté ou l’impossibilité pour un ménage de payer ses factures d’énergie – nécessaire pour son logement et ses déplacements – et de satisfaire ses besoins essentiels en confort thermique. Cette situation résulte de la combinaison de multiples facteurs : le prix de l’énergie, le niveau de ressources des ménages, la qualité de l’habitat et de l’équipement de chauffage et, enfin, les pratiques des foyers concernés.

L’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE) a rendu publique ce mardi 22 novembre son analyse des résultats de l’Enquête nationale logement réalisée en 2013 par l’INSEE et démontre que ce phénomène touche un nombre grandissant de personnes en France.

Qui sont les précaires énergétiques ?

Les ménages en situation de précarité énergétique constituent une population hétérogène, avec une forte proportion de personnes vivant soit dans les grandes villes et le bassin parisien, soit en zone rurale.

L’enquête initiée en 2013 montre ainsi que 5,6 millions de ménages, soit 12 millions d’individus, seraient en situation de précarité énergétique au regard d’au moins un des indicateurs définis par l’ONPE. Un million de ménages cumuleraient une situation d’inconfort thermique et de vulnérabilité financière. Cette situation découle de la précarité économique et sociale, le faible revenu constituant la caractéristique commune à l’ensemble des populations touchées.

L’absence d’emploi représente un facteur de risque important, tout comme peut l’être l’âge. Les moins de 30 ans constituaient en 2013 la classe d’âge la plus touchée par la précarité énergétique. Représentant 8 % de la population nationale, ils comptent entre 10 % et 13 % des foyers en situation de précarité énergétique au regard des différents indicateurs définis par l’ONPE. À noter que les étudiants ne sont pas pris en compte dans ce groupe car des études complémentaires sont nécessaires.

Le facteur d’isolement est également significatif : parmi le million de ménages cumulant une situation d’inconfort thermique et de vulnérabilité économique, 222 000 sont des familles monoparentales, soit 22 % de ces ménages.

Le statut de locataire est enfin surreprésenté : 80 % des ménages concernés par la sensation de froid sont locataires de leur logement, contre 41 % en moyenne nationale.

Le poids de l’habitat vieillissant

Conduite en 2012, l’enquête PHEBUS constitue la source d’information la plus complète et la plus récente sur les caractéristiques énergétiques du parc de logements en France. 2 400 diagnostics de performance énergétique (DPE) ont été réalisés dans toute la France pour les besoins de cette étude. Ses résultats montrent que 60 % des logements existants ont été construits avant le 1er janvier 1975, date de la première réglementation thermique (RT). Si cette dernière a permis de réduire drastiquement la construction de logements énergivores, 30 % des logements français ont une étiquette énergétique appartenant aux classes F et G.

Cet habitat vieillissant entre pour une grande part dans le phénomène de précarité énergétique : 70 % des ménages témoignant d’une sensation de froid habitent ainsi dans un logement construit avant 1975.

Or les travaux à réaliser pour diminuer les consommations énergétiques sont coûteux. L’installation d’un thermostat pour le chauffage, le remplacement du ballon d’eau chaude et l’isolation des murs par l’extérieur, trois actions principalement recommandées, représentent un coût moyen de près de 7 000 euros par logement.

D’après les diagnostics, ces bouquets de travaux généreraient en moyenne 690 € TTC d’économie par an, soit un temps moyen de retour sur investissement d’environ 10 ans.

L’énergie dans le budget des ménages

Après avoir fortement progressé entre 2001 et 2008, les prix de l’énergie se sont brutalement effondrés pendant la crise financière de 2009. Cette baisse passagère a diminué le budget moyen consacré à l’énergie par les ménages. Dès la fin de l’année 2010 cependant, le prix du pétrole est reparti à la hausse, entraînant une augmentation du budget des ménages consacré aux dépenses d’énergie.

En 2013, un ménage consacrait en moyenne 3 209 euros à ses dépenses d’énergie (logement et carburants). En 2014 et 2015, les prix de l’énergie ont baissé, le prix du baril de pétrole repassant de 111 dollars en février 2014 à 36 dollars en décembre 2015.

Cette baisse du prix du pétrole concomitante avec des températures clémentes ont de nouveau soulagé le budget des ménages dont la dépense moyenne en énergie s’élève à 2 861 euros en 2015, au plus bas depuis 2010. Un rééquilibrage de l’offre et de la demande est toutefois à prévoir dans les années à venir : il sera susceptible de générer une pression à la hausse sur le prix de l’énergie.

Il faut également souligner que le pouvoir d’achat des ménages a fortement pâti de la crise des dettes souveraines en Europe, à l’origine d’une récession du pouvoir d’achat sur trois années consécutives (2011, 2012 et 2013). Depuis 2014, le pouvoir d’achat progresse de nouveau dans un contexte de stabilité des prix.

En 2015, les dépenses pré-engagées (abonnements téléphoniques, assurances, dépenses liées à l’énergie, à l’eau, aux transports, etc.) représentaient près de 30 % du revenu disponible brut des ménages.

Des mesures inédites

Quelles mesures pour tenter de prévenir et de combattre la précarité énergétique en France ?

Pour la première fois, les résultats de l’étude de l’ONPE ont mesuré « l’écart énergétique », soit l’objectif de réduction de la facture énergétique des ménages touchés par cette situation. Ils montrent que la facture énergétique doit être réduite de 1,5 à 2 milliards d’euros pour sortir ces ménages de la précarité énergétique.

Pour aider les personnes concernées à payer les factures, la loi relative à la transition énergétique prévoit le remplacement des tarifs sociaux de l’énergie par le chèque énergie. À partir de 2018, il devrait bénéficier à près de 4 millions de ménages. Là où les tarifs sociaux ne concernent que l’électricité et le gaz, le chèque énergie couvrira tous les types d’énergies (électricité, gaz, mais aussi fioul ou chauffage au bois).

La loi prévoit également un objectif de rénovation de 500 000 logements en 2017, avec une priorité au traitement de la précarité énergétique. Enfin, dans le cadre du nouveau programme de certificat d’économie d’énergie, la loi a créé une nouvelle obligation au bénéfice des ménages en situation de précarité énergétique : 1 milliard d’euros sera consacré par les vendeurs d’énergie pour soutenir les économies d’énergie chez les foyers aux revenus les plus faibles.

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