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19ᵉ Congrès du PCC : comment la Chine aménage son territoire pour mieux affirmer sa souveraineté

Photo prise le 27 septembre à Lankao, région rurale pauvre du centre de la Chine. Le PCC y promet la modernité et la richesse. Greg Baker/AFP

19ᵉ Congrès du PCC : comment la Chine aménage son territoire pour mieux affirmer sa souveraineté

Le 18 octobre s’est ouvert le 19e Congrès du Parti communiste chinois (PCC), un temps particulièrement fort pour la politique intérieure de la Chine : il permet le renouvellement du Comité central et des principales instances dirigeantes du pays.

Le décorum participant au Congrès est à son apogée : sécurité renforcée, affichages accrus dans l’espace public, rumeurs politiques sur le leader, blocage de certains axes de communication, mise à l’arrêt d’usines autour de Pékin pour laisser apparaître le ciel bleu…

Au cœur des décisions, des réformes pour la montée en puissance de la Chine sont égrenées jour après jour.

Parmi les grands axes de modernisation, l’aménagement du territoire tient une place toute particulière.

En effet, au regard des échelles et des enjeux géographiques de ce géant territorial, Pékin poursuit l’aménagement territorial visant à un triple rééquilibrage : réduire les écarts de développement entre les régions côtières, centrales et de l’Ouest ; développer le monde rural et son agriculture en parallèle de la poursuite de l’urbanisation et enfin, développer dans les territoires un système financier moderne.

Aménager la Chine à son échelle

Le lancement des réformes à la fin des années 1970 avait fait du bandeau littoral chinois le cœur de la mondialisation chinoise, en particulier dans la constitution de trois grandes façades portuaires :

Dalian-Weihai pour le golfe de Bohai ; le delta du Yangzi centré sur Shanghai-Yangshan-Ningbo et le delta de la rivière des Perles centré sur Shenzhen-Hong Kong-Canton-Zhuhai.

La rivière des Perles, dans le delta de Shenzhen-Hong Kong-Canton-Zhuhai. DEZALB/Pixabay, CC BY

Depuis 1980, les régions littorales ont ainsi accumulé investissements, fonctions géoéconomiques décisives et savoir-faire tandis que les régions centrales et occidentales restaient dans l’ombre du développement fulgurant.

Le rééquilibrage territorial – renforcé durant la gouvernance Xi Jinping – voit la continuité du désenclavement et du développement économique de ces immenses régions pourvoyeuses jusqu’alors d’une main d’œuvre à bas coût (issue des régions intérieures).

Découpage régional et culturel de la Chine, 2014. Emmanuel Véron, CC BY-NC-SA

Le projet des routes de la soie (OBOR, One Belt One Road, aujourd’hui nommé BRI, Belt and Road Initiative) vient prendre le relais de politiques d’aménagement initiées dans les années 1990 – aménagement du bassin versant du fleuve Yangzi, développement du grand Ouest, développement du réseau de trains à grande vitesse – afin de connecter ces régions littorales aux régions de Chongqing, du Sichuan, du Shaanxi, du Gansu et celles du Tibet, du Qinghai et du Xinjiang.

Ces stratégies territoriales répondent à un double enjeu de pleine maîtrise du territoire par Pékin et de réorientation du développement économique et financier de la Chine.

Carte datant de 2016 des principaux réseaux ferroviaires en Chine (en couleur, les voies à très grande vitesse), administrés par le gouvernement central en Chine métropolitaine. Howchou/Wikimedia, CC BY-SA

Sinisation forcée des territoires

Dans un effort d’expansion, se poursuivent le développement d’infrastructures de transport et une sinisation forcée de territoires « non-Han ». Il s’agit notamment du Tibet, Gansu, Qinghai et Xinjiang où la situation sécuritaire est un enjeu prioritaire. Dans cette région, la population ouïghoure est ainsi prise entre des menaces djihadistes et la politique de Pékin.

Ces régions sont particulièrement riches en ressources naturelles (charbon, gaz, pétrole, minerais, etc.) et en espace disponible, ouverts à l’ouest. Elles permettraient le déplacement des activités industrielles et agricoles polluantes et créeraient de nouveaux fronts pionniers agricoles.

Par ailleurs, les régions transfrontalières, notamment sino-russe (dans le nord-est du pays), sino-kazakhe et sino-Sud-est asiatiques joueront un rôle fort dans le recyclage des surcapacités chinoises (acier et charbon) et d’implantations d’entreprises dans les secteurs de l’agriculture, de l’extraction minière (plus exploitation du bois) et touristique. À titre d’exemple, la région de Sibérie russe accueille plusieurs centaines de milliers de travailleurs chinois dans l’agriculture (plusieurs dizaines de milliers d’hectares), sur des chantiers et dans la restauration.

Le tourisme chinois continuera de jouer un rôle majeur dans l’injection de devise dans ces territoires. La semaine de la fête nationale (le 1er octobre) attire ainsi plus de de 700 millions de déplacements, produisant plusieurs centaines de milliards de dollars de recette. Corrélé au développement du patrimoine matériel (monuments, sites historiques et patrimoines naturels) et de la meilleure visibilité des parcs nationaux (naturels ou culturels), le tourisme participera d’autant plus à la construction du soft power chinois.

Agriculture productive et ruraux modernes

Le PCC rappelle avec fierté les chiffres de la réduction de la pauvreté, surtout dans les campagnes chinoises souvent perçues comme le parent pauvre du développement chinois. Fin 2016, le nombre de pauvres (en dessous du seuil de pauvreté soit 2 300 yuans ou 344 dollars par an) s’élevait à 43,35 millions de ruraux selon l’agence de presse Xinhua. La modernisation des campagnes passe par la mutation en profondeur des agricultures et de l’élevage.

Dans cette région rurale pauvre, les politiques de Xi promettent un monde meilleur, afin d’élever les niveaux de vie. Greg Baker/AFP

Subventionnées et bénéficiant de meilleurs équipements et infrastructures, les espaces ruraux sont plus que jamais dans les priorités stratégiques du Parti-État, afin de maintenir le seuil minimum des 122 millions d’hectares de terres cultivables, de poursuivre la recherche agronomique (biotechnologies) dans la sélection des semences et des produits phytosanitaires.

Aussi, et ce depuis l’automne 2016, plusieurs milliers d’hectares de terres arables (provinces du centre) ont été mis en repos servant de test au renouvellement des capacités physico-chimiques et de fertilité.

Urbains hyperconnectés

Les villes se voient investir de nouvelles fonctions. L’avenir urbain de la Chine se situe très précisément dans l’intelligence artificielle. La stratégie globale vise à faire des cités pilotes dans le digital, les nouvelles technologies, le smart grid et des aménagements écologiques.

Les géants chinois du numérique y jouent déjà un jeu important (Tencent, WeChat, Alibaba, etc.). L’exemple de la ville nouvelle de Xiong’an (à une centaine de kilomètres de Pékin) est un exemple fort de la capacité de conduire un projet de déconcentration et de décongestion de la capitale, en dotant cette cité d’activités variées et de pointe. Projet phare de Xi Jinping lancé début 2017, Xiong’an est le fruit d’un regroupement de plusieurs territoires de la province du Hebei. La ville devrait être directement reliée à Pékin par une voie à très grande vitesse.

Dans ce cadre, les grands centres urbains du centre sont des compléments connectés aux grandes régions urbaines de la côte qui accumulent fonction financière, décisionnelle et high-tech.

Wuhan, Chongqing, Chengdu, mais aussi Xi’an et prochainement Urumqi (région du Xinjiang) ou Lanzhou (province du Gansu) seront des pôles urbains voulant rayonner sur la profondeur continentale chinoise et les pays voisins (Asie centrale, du sud et du sud-est). Ceci passe par la promotion active dans les innovations technologiques destinées à un régime de croissance interne afin de créer de l’emploi pour la décennie 2020-2030.

Rééquilibrage financier

Pour compléter la palette de son aménagement territorial, Pékin entend faire de la finance un secteur clé de sa montée en puissance. Chaque province et chaque région sont concernées. Pour sortir du surendettement actuellement autour de 250 % du PIB, la transformation du système financier interne est déjà amorcée.

Le régime mis sur des investissements majeurs dans les nouvelles technologies et les infrastructures pour rééquilibrer son économie. Parking à Shenyang, au nord-est de la province de Liaoning le 14 octobre 2017. AFP

Le risque de crise annoncée – notamment du fait de la bulle immobilière et de l’endettement- n’a toujours pas eu lieu. Au contraire, dès 2015, en conséquence des remous de la bourse (fortes spéculations entre 2014 et 2015), le yuan a été stabilisé ainsi que les différents marchés financiers. La banque centrale dispose de réserve très importante qui permettra de prévenir d’éventuelles difficultés. La libéralisation des mouvements de capitaux assurera la convertibilité accrue du yuan à l’extérieur de la Chine.

Depuis 2009 les autorités centrales et politiques ont initié un gigantesque plan de relance interne visant la stabilité économique et politique d’une Chine de plus en plus présente sur le plan diplomatique, financier, voire militaire.

Le ralentissement économique chinois caractérisé par une croissance à 6,5 % par an pour 2020, est bien intégré au dispositif d’aménagement du territoire et de réorientation des objectifs économiques, sociaux et financiers.

Une nouvelle phase est en train de s’écrire, le 19e Congrès en donne les grandes lignes directrices.