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Le « blob » serait apparu sur Terre il y a un milliard d’années. On le trouve principalement en forêt. Martin Jambon/Flickr, CC BY

À la rencontre du blob, cette étonnante créature unicellulaire

Cet article est republié dans le cadre de la Nuit Sciences et Lettres : « Les Origines », qui se tiendra le 7 juin 2019 à l’ENS, et dont The Conversation France est partenaire. Retrouvez le programme complet sur le site de l’événement.


26 mai 1973 au matin, dans les environs de Dallas : Marie Harris découvre dans son jardin une chose étrange qu’elle décrit comme « mousseuse, crémeuse et jaune pâle, similaire à une omelette, pas plus gros qu’un cookie ». Elle pense alors qu’il s’agit d’un champignon. Mais, deux semaines après sa découverte, Marie réalise que la chose a atteint la taille de seize cookies ! Elle décide alors de s’en débarrasser à coup de râteau et le disperse dans son jardin.

Deux jours plus tard, en se penchant à la fenêtre, elle se rend compte avec surprise, que la chose s’est régénérée et a doublé en taille. Désemparée, Marie fait appel à son mari qui écrase l’intrus à coups de bâton. Une semaine plus tard, la chose est de retour, toujours plus grande. Marie décide alors de l’empoisonner avec un herbicide. La chose se met alors à saigner un liquide rouge. Mais le jour d’après, la chose est toujours là, bien décidée à s’incruster.

Marie décide d’appeler les pompiers qui bombardent la chose d’eau à haute pression et la police qui canarde l’intrus à coup de fusil (on est au Texas !). Mais rien à faire : la chose semble indestructible et continue de grossir. Le couple voyant leur jardin ruiné s’abandonne au désespoir quand, soudain, l’intrus disparaît du jour au lendemain sans laisser de trace. Il n’en fallait pas plus pour conclure au passage d’un extraterrestre.

Cet « extraterrestre » est en réalité un myxomycète, aussi surnommé « blob » en référence au film The Blob dans lequel un organisme ressemblant à une gelée anglaise arrive d’une autre planète et dévore tout sur son passage. Ce fait divers texan fut la première apparition médiatique du blob.

Bande-annonce du film « The Blob » de 1958 (RetroAlexander, 2012).

Un être composé d’une seule cellule

Les blobs sont en réalité des organismes unicellulaires. Ni champignon, ni animal, ni végétal, ils font partie du règne des amibozoaires qui regroupe des organismes informes se déplaçant avec des excroissances appelées pseudopodes.

Les premiers blobs sont apparus sur terre il y a un milliard d’années. Le blob est composé d’une cellule mais celle-ci peut atteindre plusieurs mètres de diamètre. Une cellule humaine mesure en moyenne dix micromètres de diamètre, soit dix millions de fois moins. Comment est-ce possible ?

Le blob, comme nous, est issu de la fusion de deux cellules sexuées. Elles ne sont pas appelées ovules ou spermatozoïdes car le blob possède… 720 sexes différents. Une fois dans un milieu humide, ces cellules sexuées (appelées spores) partent en quête d’une cellule du sexe opposé. Avec plus de 720 possibilités, la tâche est plutôt facile. Lorsque deux cellules de sexe opposé se rencontrent, elles fusionnent pour devenir une cellule unique. Mais là, contrairement à nous, la cellule ne va pas se diviser, seul son noyau va le faire. La cellule grandira donc au gré des divisions de ses noyaux jusqu’à atteindre des tailles record.

Le blob est mobile. Il peut parcourir jusqu’à 4cm à l’heure. Audrey Dussutour

Drôles de mœurs

Où trouve-t-on le blob ? Principalement à l’ombre, dans les forêts car il déteste la lumière. Il est aisé de le repérer en été après une averse, le blob affectionnant la chaleur et l’humidité. Lorsque les conditions environnementales sont mauvaises (sécheresse, manque de nourriture) le blob entre en dormance jusqu’à ce que la situation s’améliore. Il peut rester ainsi des années.

Pour le réveiller, il suffira tout simplement de l’arroser et de lui offrir de la nourriture (son régime alimentaire se compose de bactéries et de champignons ; au laboratoire, il raffole des flocons d’avoine). Chose incroyable, à chaque réveil, le blob redevient jeune et vigoureux. Il est donc quasi immortel. Continuons dans l’étrange, un blob peut être découpé en de multiples morceaux qui deviendront des blobs autonomes ; à l’inverse, des blobs génétiquement identiques placés dans un même environnement se perçoivent et fusionnent pour former un unique blob.

À quoi ressemble le blob ? Cela dépend de l’espèce. Il en existe des ronds, des arborescents, des informes, des roses, des jaunes, des blancs, des noirs. Mille espèces ont été identifiées mais on est certainement loin du compte.

L’espèce la plus étudiée est Physarum polycephalum. Il est jaune vif et informe. En le regardant de près, on perçoit un maillage de veines dans lesquelles circule le protoplasme, « le sang du blob ». Ce réseau permet de distribuer tous les nutriments et autres molécules essentielles en un minimum de temps dans toute la cellule. Le blob est mobile, mais rassurez-vous, il ne vous rampera pas après lors de l’une de vos ballades en forêt, sa vitesse de pointe étant de 4 cm à l’heure.

Le blob est-il intelligent ?

Malgré sa simplicité apparente, le blob démontre une forme d’intelligence primitive.

Il est ainsi capable de trouver le chemin le plus court dans un labyrinthe, de former des réseaux optimisés ou d’équilibrer son régime alimentaire. Plus étonnant encore, nous avons découvert récemment que le blob pouvait apprendre alors qu’il n’a pas de système nerveux.

Nous avons démontré un apprentissage simple (appelé habituation). Ce type d’apprentissage nous permet au quotidien de cesser de répondre à des stimulations désagréables répétitives mais inoffensives (bruit des voitures en ville) tout en restant alerte à des stimulations nouvelles (coup de klaxon). L’habituation n’est pas éternelle, si vous déménagez à la campagne, vous réagirez de nouveau au pénible bruit des voitures.

Afin d’étudier l’habituation chez le blob, nous avons utilisé le sel qui est inoffensif mais que le blob exècre. Nous avons forcé le blob à traverser un pont contenant du sel, pour atteindre de la nourriture. Une fois le que le blob avait rejoint sa pitance, nous recommencions l’expérience. La première fois que le blob traverse le pont, il y va clairement à reculons et met plus de 10 heures à franchir le pont.

Lors des traversées suivantes, le blob met de moins en moins de temps, jusqu’à effectuer le trajet en moins de 2 heures. Une fois le blob habitué au sel, nous avons vérifié que cette habituation était spécifique au sel. Nous avons donc contraint le blob à traverser un pont contenant de la caféine, une autre substance que le blob exècre. Le blob a mis une éternité à franchir le pont. Il n’était donc pas habitué à toutes substances désagréables. Après un repos bien mérité, nous avons testé le blob avec du sel à nouveau. Il s’est alors comporté comme lors de la première traversée. L’habituation n’était pas éternelle.

« Le blob, une intelligence sans cervelle ? » Une conférence d’Audrey Dussutour à Toulouse (TEDx Talks, 2013).

Sachant que les blobs peuvent fusionner : est-ce qu’un blob habitué peut transférer son savoir a un congénère naïf ? Nous avons donc fait fusionner un blob habitué au sel avec un blob naïf. Après la fusion les blobs sont séparés et testés individuellement. Surprise ! Les blobs naïfs franchissent le pont rapidement et se comportent comme des blobs habitués au sel. En observant les blobs de près pendant la fusion on observe qu’une veine se forme entre les deux blobs permettant l’échange d’information.

Ces expériences démontrent pour la première fois qu’un unicellulaire peut apprendre sans avoir de cerveau et qu’il peut partager son savoir ! Ces expériences pionnières viennent ébranler tout ce que l’on pensait savoir sur l’intelligence du vivant. La grande aventure du blob ne fait que commencer.


Pour aller plus loin : « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le blob sans jamais oser le demander », Audrey Dussutour (Éditions des Équateurs, 2017).

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