Allemagne, États-Unis, Australie et Maroc dans les affres de l’après-charbon

Le 20 janvier 2018 lors d’une manifestation à Jerada (Maroc) après la mort de deux jeunes hommes dans une mine de charbon abandonnée. Fadel Senna/AFP

À l’heure de la lutte contre le réchauffement climatique et la pollution, l’actualité relative aux différents modes d’exploitation de la houille dans le monde témoigne des contradictions entre discours et réalités, et des difficultés que pose le passage à l’après-charbon.

Entre Ruhr et Pays-Bas, Erkelenz-Immerath en Rhénanie-du-Nord Westphalie n’est plus qu’un village fantôme dans lequel l’église centenaire a été détruite en janvier dernier et les habitants (environ 900) déplacés, tout comme ceux d’une vingtaine d’autres hameaux dans la région.

L’Allemagne des mines à ciel ouvert

Là, comme ailleurs en Allemagne, et plus particulièrement près de la frontière polonaise, l’extension des mines de lignite à ciel ouvert s’avère destructrice. En dépit des vigoureuses protestations des paroissiens et des militants écologistes, les travaux du géant de l’énergie RWE progressent inexorablement.

Si la République fédérale s’est engagée à sortir totalement du nucléaire d’ici à 2022, elle doit néanmoins continuer à fournir du gaz et de l’électricité à ses 83 millions d’habitants. Or, 40 % de cette dernière provient de la combustion de lignite, un charbon de mauvaise qualité, extrêmement polluant, qui ne s’exploite qu’à ciel ouvert (« en découverte »), tant ses couches sont peu profondes.

Si le nucléaire paraît condamné en raison de sa dangerosité, le lignite – encore appelé « charbon brun » – semble avoir encore de beaux jours devant lui avec, pour les plus optimistes, de nombreux emplois à la clef.

La dangereuse extension des mines de lignite à ciel ouvert (Euronews/YouTube 2015).

Le charbon à l’ère Trump

Aux États-Unis, dans les Appalaches, région historiquement charbonnière, les houillères employaient encore 90 000 hommes en 2012. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 52 000.

Dans leur grande majorité, ces travailleurs, issus de plusieurs générations de mineurs, regrettent les années fastes de l’exploitation du minerai. Sans regret pour l’ère Obama, ils ont été très nombreux à voter pour Donald Trump, qui l’a emporté dans les États miniers. N’a-t-il pas été généreusement soutenu par Bob Murray, un ancien mineur fondateur de la plus grande compagnie houillère privée des États-Unis, la Murray Energy Corporation ?

Même si au cours des six premiers mois du mandat du président, ancien animateur de « The Apprentice », la production de charbon a augmenté, les mineurs s’inquiètent malgré tout pour leur avenir. Et la mécanisation tant redoutée de leur métier sera-t-elle à même de produire le charbon dont dépend entre 30 % à 40 % de l’énergie domestique outre-Atlantique ?

Un projet indien controversé en Australie

En Australie, où l’exploitation de la houille (40 000 emplois) est désormais hautement mécanisée, le projet d’installation d’une mine à charbon thermique dans le Queensland, état qui longe une barrière de corail elle-même menacée par la pollution, par la firme indienne Adani est au centre des discussions.

Cette société du Gujarat prévoit en effet la construction d’une ligne de chemin de fer (longue de près de 400 km), allant du bassin Galilee jusqu’au terminal portuaire de Abbot Point.

De là, il est prévu que des cargos partiront chargés de charbon vers les centrales électriques du sous-continent indien. Selon les porteurs de ce plan ambitieux, quelque 10 000 emplois seront créés. Mais pour les Verts australiens défenseurs de la planète, un tel projet est indéfendable et ne devrait en aucun cas bénéficier d’un financement étatique.

Extraction clandestine au Maroc

Dans le nord-ouest du Maroc, à Jerada, ancienne ville minière où l’exploitation a commencé en 1927 après la découverte du charbon par la société belge Ougrée Marihay, les mines sont officiellement fermées depuis les années 1990. Avec une production d’environ 350 000 tonnes au début de la décennie 1950, Jerada faisait à l’époque figure de véritable Eldorado, et la ville a vu le nombre de ses habitants croître rapidement.

Aujourd’hui, en dehors de la centrale thermique, les emplois sont rares et le taux de chômage très élevé (près de 40 % de la population active). Parmi les 43 000 habitants de cette cité des montagnes de l’Oriental, la pauvreté règne et le mécontentement est grand, surtout depuis la mort accidentelle de deux frères, Houcine (23 ans) et Jedouane (30 ans), descendus dans une mine abandonnée, dite « mine de la mort » pour préparer l’extraction clandestine du charbon.

L’exploitation non-autorisée est très répandue parmi la population qui cherche par tous les moyens, même les plus périlleux, à joindre les deux bouts. Les habitants, qui se sentent abandonnés par le gouvernement ont manifesté à de nombreuses reprises.

Ils réclament de quoi vivre décemment et aussi la prise en charge des nombreux anciens mineurs atteints de silicose qui, sans soins, meurent à petit feu, étouffés par les poussières de charbon qui ont envahi leurs poumons.

Au royaume chérifien, qui dit placer les questions environnementales au cœur de ses préoccupations, Jerada est une plaie sociale béante qui n’est pas sans rappeler la situation de bien des villes minières de Chine et d’ailleurs.

Difficile transition

La question du charbon est aujourd’hui centrale dans de nombreux pays. La cessation de son extraction, que ce soit pour des raisons environnementales ou de coût, a pour résultat l’abandon de régions entières marquées pour longtemps par une exploitation quasiment jamais respectueuse des populations et des écosystèmes.

Son maintien, qu’accompagne le plus souvent une mécanisation forcenée, n’est ni créatrice d’emplois, ni très écologique. Enfin, l’existence de minerai difficilement exploitable et au rendement financier médiocre conduit, dans les pays où règne la corruption et les passe-droits, vers l’exploitation informelle où des mineurs improvisés, souvent des enfants, risquent chaque jour leur vie.

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