« American Horror Story : Cult » ou la xénophobie comme thématique de l’horreur

La coultrophobie, l'un des thèmes d'«AHS : Cult » FX

Après la maison hantée, l’asile, les sorcières, les monstres de foire, les vampires et les familles dégénérées du sud des États-Unis, la série initiée par Ryan Murphy et Brad Falchuck s’attaque à une thématique horrifique tout à fait contemporaine : Donald Trump. En effet, le Caligula américain marque le générique d’ouverture et se fait image rémanente de cette septième saison. Le thème principal d’American Horror Story : Cult est aussi et surtout ce qu’il représente : le patriotisme forcené et la xénophobie.

Pour sa septième année d’antenne, la série anthologique des créateurs de Nip/Tuck et Glee ne s’attaque pas à l’un des sujets que la littérature et le cinéma d’horreur ont érigés au rang de genre à part entière mais bien à un sujet d’actualité qui peut également le devenir. Le film Get Out de Jordan Peele avait déjà abordé la xénophobie, la peur de l’autre, de celui qui est différent, comme une thématique horrifique, mais AHS : Cult va bien plus loin. La saison commence à peine que se dessinent déjà des structures autour de ce mal qui gangrène nombre de nos sociétés : le rejet de la différence et l’insécurité instrumentalisée pour pousser les plus ouverts d’esprit à la paranoïa et se laisser happer par ce besoin mortel d’avoir un ennemi.

Une série d’horreur politique

Au même titre que la coultrophobie, qui est également l’un des thèmes abordés cette année, le racisme en tant que pathologie psychique, politique et sociétale prend ici une dimension nouvelle. Kai Anderson, l’un des personnages incarnés par Evan Peters, instrumentalise le rejet des immigrés mexicains en poussant certains d’entre eux à l’agresser sous l’œil attentif d’une caméra cachée à quelques mètres. La vidéo du lynchage fait le tour des internets et le jeune martyr de pacotille se sert de son agression pour officialiser ses ambitions politiques : il se présentera aux élections afin de rendre au Michigan une sécurité certaine. Des agressions en tout genre, la mise à sac d’une supérette, un meurtre organisé par une bande de clowns lugubres et la machine est lancée : la paranoïa peut s’installer et les personnages, comme les spectateurs, peuvent se mettre à trembler.

Les abeilles, un motif récurrent de l'horreur politique. FX

AHS : Cult est une série d’horreur politique. Fini les souterrains obscurs d’un asile des années 1960 ou les couloirs interminables d’un hôtel abritant une confrérie de vampires : cette horreur-là est la nôtre. Les personnalités politiques qui manipulent les foules en jouant sur leurs peurs sont aussi effrayantes que Le Pennywise de It, Freddy Kruger dans Les Griffes de la Nuit ou le démon Pazuzu de L’Exorciste. Plus encore, cette manipulation des populations prêtes à exécuter les ordres comme de vaillants petits soldats se trouve métaphorisée par les abeilles qui font leur première apparition dans le second épisode et faisaient déjà corps avec la charte graphique des affiches et vidéos promotionnelles de la saison.

À noter également que les insectes amateurs de pollen étaient, en 1992, les plus proches alliées du Candyman de Bernard Rose, film d’horreur fantastique dans lequel le spectre d’un descendant d’esclave, victime d’un lynchage, revenait hanter les rues de son ghetto d’autrefois. Les abeilles semblent définitivement inspirer l’horreur politique.

Des cibles parfaites

« Le monde est foutu. Et les élections l’ont rendu pire »

Ces paroles prononcées par Ally Mayfair-Richards, incarnée par Sarah Paulson, une femme homosexuelle vivant avec sa compagne et leur petit garçon, résume parfaitement l’horreur de la situation pour les personnages principales : elles sont des cibles de choix pour la politique misogyne et homophobe de Donald Trump. L’intrigue est, pour l’heure, essentiellement focalisée sur elles, les spectateurs s’identifient et tremblent à leurs côtés, comme ils se sont sentis traqués et effrayés en s’identifiant à des êtres de chair humaine aux prises avec des tribus cannibales dans Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato ou, plus récemment, dans The Green Inferno d’Eli Roth.

L’un des ressorts principaux d’un scénario horrifique est de focaliser son public sur des personnages qui représentent les proies parfaites pour les antagonistes : individus isolés, possédant des peurs particulières correspondant à la menace qui pèse sur eux ou ayant le profil type, les caractéristiques idéales, de ce que recherchent leurs ennemis. Ici, c’est une réalité sociale qui dicte les lois du genre : si vous êtes une femme, si vous êtes immigré.e, si votre religion n’est pas celle de l’État ou si votre sexualité est jugée déviante par les puissants, alors tremblez.

Donald Trump. Dessin de Guillaume Labrude, Author provided (No reuse)

« American cult »

Le point central de cette saison, ce qui lui donne son titre, est la thématique de la secte. Evan Peters est d’ailleurs annoncé comme interprète de deux gourous américains particulièrement célèbres : Jim Jones, dont les adeptes moururent tous empoisonnés par ses soins avant son suicide, et Charles Manson, instigateur de la tuerie de Cielo Drive durant l’été 1969. Ce dernier événement est quasiment reproduit à l’identique dans le premier épisode, lorsqu’un groupe de clowns assassine la famille Chang à l’arme blanche avant de dessiner avec leur sang sur leurs murs auparavant blancs.

Selon la typologie établie par Max Weber et Ernst Troeltsch – classification sociologique des mouvements religieux – la secte se différencie de l’église dans le sens où le culte n’est pas antérieur à son principal représentant qui, dans les cas de Manson, Jones ou même Ron Hubbard, en est le créateur. Les sujets sont endoctrinés et s’exécutent selon le bon vouloir de leur leader, les transformant tour à tour en assassins ou en esclaves sexuels comme ce fut le cas pour les tristement célèbres Enfants de Dieux, fondés par David Berg.

La série s'en prend à la pensée trumpienne. FX

Dans AHS Cult, l’endoctrinement se fait à un niveau national, la paranoïa touche tout un pays et la pensée trumpienne s’attrape finalement comme un virus : il suffit d’être agressé ou de se trouver en position d’insécurité pour voir les mentalités évoluer vers un besoin de sécurité voire d’épuration ethnique lorsque la faute est rejetée sur les latino-américains. Plus encore, les militants anti-Trump transforment leur soi-disant ouverture d’esprit en arme d’intolérance : lorsqu’Ally abat par accident un employé latino-américain de sa compagne, elle devient la cible de harcèlement et d’insultes homophobes de la part de ses voisins qui, du fait de ce crime d’apparence raciste, se pensent en droit de lui infliger tous les maux sans pour autant comprendre qu’ils deviennent ce qui d’ordinaire les rebute. En somme, la caricature élève l’homme politique au rang de gourou dont le pouvoir malfaisant se fait bien plus destructeur que les quelques cas isolés cités précédemment.

La saison ne fait que commencer mais, déjà, la liste des épisodes à venir laisse présager un attachement à l'histoire contemporaine des États-Unis, plus précisément aux événements liés aux luttes sociales comme l’agression par balle d’Andy Warhol par la féministe Valeria Solanas, auteure du Scum Manifesto (épisode 7 : Valeria Solanas Died for Your Sins : Scumbag).

American Horror Story : Cult renouvelle non seulement la série, comme c’est le cas chaque saison puisqu’il s’agit d’une anthologie, mais creuse un peu plus les peurs profondes de l’Amérique. L’horreur politique est en phase de devenir un sous-genre à part entière et les productions de ce type se multiplieront tant qu’il y aura, malheureusement, une source d’inspiration parfaite, quelque part dans le monde.