Blanchiment dentaire : ne jouez pas avec la santé de vos dents

Attention à ce que vous mettez sur l'émail de vos dents… Shutterstock

Certaines personnes sont obnubilées par l’envie d’exhiber des dents plus blanches que celles qui scintillent dans les bouches des stars d’Hollywood un soir de cérémonie des Oscars. Des études révèlent ainsi que plus de la moitié d’entre nous sont insatisfaits de la couleur de leurs dents. Ce désir, apparemment insatiable, d’avoir des dents plus blanches est une bonne nouvelle pour les fabricants de produits de blanchiment dentaire, à en juger par la vaste gamme de kits disponibles dans le commerce. Leur prix est certainement moins élevé que celui d’une visite chez le dentiste, à court terme tout du moins. Sur une longue période, ces solutions pourraient s’avérer coûteuses pour leurs utilisateurs, surtout s’ils endommagent la surface de leurs dents, nécessitant le recours à des procédures dentaires bien plus chères pour réparer les dégâts.

La génétique et l’alimentation jouent toutes deux un rôle dans les différences de couleur de dents entre individus. Fumer et consommer, sa vie durant, de la nourriture et des boissons fortement colorées, comme des curries, du thé ou du café, contribue à changer la coloration dentaire. Se passer de ces aliments, et arrêter de fumer, a non seulement des effets cosmétiques bénéfiques, mais participe aussi à améliorer la santé des dents et des gencives. Si, malgré tout, le blanchiment des dents vous tente toujours, commencez par consulter votre dentiste.

Pour blanchir les dents, les dentistes utilisent le peroxyde d’hydrogène (ou « eau oxygénée »), ce qui est considéré par l’Union européenne comme la pratique la plus efficace et la plus sûre (bien qu’il existe des alternatives). Mais entre de mauvaises mains, et à de mauvaises concentrations, ce produit chimique agressif peut irriter les tissus buccaux sensibles et les gencives.

Avant 2012, date d’entrée en vigueur de la directive européenne, le marché était mal réglementé, car la quantité de peroxyde d’hydrogène contenue dans les produits vendus sans ordonnance variait considérablement selon les pays d’Europe, de même que la quantité pouvant être utilisée par les dentistes dans leurs cabinets. Après un examen approfondi de la sécurité et de l’efficacité du peroxyde d’hydrogène par un groupe d’experts scientifiques, l’UE a limité la quantité vendue sans ordonnance à 0,1 %. Les professionnels du secteur dentaire peuvent eux utiliser des concentrations atteignant les 6 %.

« Do it yourself » ou « destroy it yourself » ?

Les produits de blanchiment des dents utilisables par les particuliers sont vendus comme étant rapides, faciles à appliquer, et moins chers que la même prestation effectuée par un dentiste. Mais ils posent deux problèmes majeurs. Premièrement, il n’y a aucune garantie que les produits qui respectent la législation fonctionnent. Et, deuxièmement, si les consommateurs se procurent des produits illégaux, ceux-ci risquent de leur abîmer les dents.

Les textes de loi régissant la quantité de peroxyde d’hydrogène qui peut être utilisé dans les produits en vente libre sont stricts. Les fabricants se tournent donc vers d’autres produits chimiques pour blanchir les dents. Or, le choix de certains de ces produits est discutable, car on sait peu de choses sur les conséquences de leur utilisation, peu de recherches ayant été menées jusqu’ici. Selon une étude récente publiée dans le British Dental Journal, ils peuvent endommager les dents.

Les scientifiques à l’origine de ces travaux ont analysé l’innocuité de cinq produits en vente libre utilisés pour blanchir des dents. Trois d’entre eux contenaient du chlorite de sodium comme ingrédient actif, lequel se décompose en dioxyde de chlore dans l’environnement acide de la bouche. L’effet blanchissant du chlorite de sodium n’est pas entièrement compris à l’heure actuelle.

Quatre des produits contenaient par ailleurs de l’acide citrique, utilisé comme « accélérateur ». Celui-ci ramollit et dissout l’émail. Son utilisation peut certes avoir un effet blanchissant conséquent, mais au fil du temps, elle entraîne la disparition de l'émail. Une fois perdu, ce dernier ne peut être remplacé. Or sous l'émail disparu se trouve la dentine, naturellement jaune. Un effet secondaire grave de la perte de l’émail est donc le jaunissement des dents…

Au fur et à mesure que l’émail s’use, la dentine commence à transparaître. Double Brain/Shutterstock

Cette étude ayant été menée en laboratoire, les effets que peuvent avoir ces substances sur les gencives ne sont pas connus. On sait néanmoins que les produits de blanchiment peuvent provoquer sensibilité et l’irritation au niveau des gencives et des dents. Dans un cabinet dentaire, ces symptômes sont étroitement surveillés par le dentiste qui évaluera s’il est sûr ou non de poursuivre le blanchiment, et en informera le patient. Si ce n’est pas le cas, le processus sera stoppé, jusqu’à ce que la bouche de la personne concernée retrouve un niveau de santé jugé suffisant.

Le produit sûr, bon marché et efficace n'existe pas encore

Les utilisateurs des produits de blanchiment disponibles dans le commerce se les autoadministrent, et risquent donc de les employer improprement. Le produit en question peut ne pas être appliqué correctement par les consommateurs, ou ceux-ci peuvent délibérément augmenter les quantités utilisées au-delà des limites indiquées, dans l’espoir d’accroître l’effet blanchissant (un comportement qui semble presque inévitable).

Tous les pays n’ont pas une réglementation aussi stricte que celle de l’Union européenne en ce qui concerne l’utilisation du peroxyde d’hydrogène. Aux États-Unis, les produits qui en contiennent sont classés comme produits cosmétiques et non comme produits médicaux. Il est possible d’acheter dans le commerce des préparations contenant de fortes concentrations de peroxyde d’hydrogène (jusqu’à 25 %) ou d’autres ingrédients non réglementés.

Leur utilisation a donné lieu à des cas documentés de dommages occasionnés aux dents, aux gencives ou à la bouche. Toutefois, comme ils sont soumis à la réglementation des cosmétiques, les fabricants n’ont pas à soumettre de rapports de blessures ou d’autres problèmes à la Food and Drug Administration (Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux). Par ailleurs, grâce à Internet, il est possible d’acheter des produits à plus forte concentration partout dans le monde.

Nous ne possédons qu’une seule dentition d’adulte, qui doit durer toute notre vie. Pour la protéger et améliorer notre santé buccodentaire, il existe des mesures simples, qui participent également à blanchir les dents. Évitez les caries dentaires en réduisant votre consommation de sucre, et assurez-vous de vous brosser les dents deux fois par jour avec du dentifrice au fluorure, y compris une dernière fois le soir.

Et si l’apparence de vos dents vous tracasse, vous pouvez toujours demander conseil à votre dentiste…

This article was originally published in English