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Ces techniques qui permettent de réintégrer la nature en ville

La présence de haies en ville convient particulièrement aux moineaux et autres petites oiseaux. Gabicuz/Pixabay

Ces techniques qui permettent de réintégrer la nature en ville

Ce texte présente une version adaptée d’un article de Boutaina El Jai et Diane Pruneau. Il est publié en partenariat avec [VertigO], la revue électronique en sciences de l’environnement.

Les techniques de restauration de la biodiversité (corridors écologiques, haies et passages fauniques) sont des mesures mises en place pour faire face à la fragmentation des habitats et des sites naturels et pour réintégrer la nature en ville. La fragmentation est un processus qui opère à l’échelle du paysage et qui se manifeste par la subdivision progressive d’un habitat donné en fragments plus petits et isolés.

Ce phénomène affecte autant les habitats que les populations et réduit la connectivité à l’intérieur d’un paysage ou d’un territoire, ce qui influence la distribution des espèces. Ainsi, dans le but de compenser la fragmentation des habitats et de promouvoir la biodiversité en milieu urbain, diverses structures peuvent être implantées.

Pour maintenir la viabilité des espèces, il est conseillé d’accroître la connectivité entre les habitats par mise en œuvre de trames vertes, bleues ou noires (pour les animaux nocturnes). La connectivité réfère à la force des liens et des interactions entre les éléments du paysage et les écotones qui en assurent la transition, ainsi qu’à la facilité avec laquelle les organismes, l’eau, la matière, l’énergie… peuvent passer d’un lieu à l’autre. La connectivité favorise la réalisation des cycles biogéochimiques et la régulation des processus écologiques.

Les corridors écologiques

Les corridors ou réseaux écologiques sont des éléments linéaires du paysage dont la fonction est de relier et de favoriser les flux écologiques entre des parcelles d’habitat qui, autrement, seraient isolées. Les corridors écologiques peuvent remplir plusieurs rôles à la fois : habitat (permanent ou temporaire), conduit ou couloir pour la dissémination des espèces, filtre, barrière, source (des individus émanent du corridor) ou puits (les organismes pénètrent dans le corridor, mais n’y survivent pas).

Ces corridors écologiques ont des avantages et des inconvénients ; leur présence peut avoir autant d’effets bénéfiques que neutres ou nuisibles. D’un côté, ils agissent comme des conduits, facilitant le mouvement des individus entre taches d’habitats, permettant des flux de gènes, réduisant les fluctuations du niveau des populations, les risques de dépression de consanguinité et diminuant ainsi le risque d’extinction des populations.

De même, ces corridors peuvent secourir des populations isolées (en facilitant leur déplacement), favoriser les flux écologiques, protéger les déplacements (en procurant un certain couvert) et servir de refuge temporaire. Cependant, ils peuvent aussi permettre la dilution et la pollution génétique, la propagation de perturbations comme les feux, les maladies et les pathogènes, ainsi que la propagation d’espèces envahissantes et de prédateurs.

Comme l’objectif principal du corridor réside dans le passage des espèces, pour considérer qu’un corridor est efficace, cet objectif doit être atteint et les espèces doivent traverser le corridor au complet. De plus, la structure et la composition du corridor sont deux paramètres que l’on doit prendre en compte pour évaluer son efficacité.

Des haies dans la ville de Lausanne, en Suisse.

Les haies

Dans les milieux où il n’y a pas suffisamment d’espace pour aménager de véritables corridors écologiques, la haie constitue une alternative, entre autres pour les espèces qui ont des besoins spatiaux limités (insectes, rongeurs, oiseaux, etc.).

Les haies représentent des sources importantes de biodiversité animale et végétale. Elles constituent une interface entre la forêt et l’agriculture en accueillant une flore et une faune spécifique de la forêt, de l’agriculture et de la haie elle-même. Celle-ci fournit nourriture, abri et site de reproduction à de nombreuses espèces vivantes : il s’agit d’un habitat. Les haies comportant plusieurs espèces différentes participent davantage à la biodiversité, en raison de la flore variée qu’elles peuvent inclure et de la faune qui peut s’y abriter.

Les passages fauniques

Les passages fauniques sont des structures spécifiquement conçues pour relier les habitats situés de part et d’autre d’une route et aménagées de façon à ce que la faune puisse se déplacer de façon sécurisée entre les deux côtés. L’objectif principal des passages fauniques est d’augmenter la perméabilité des routes aux déplacements de la faune, tout en diminuant le nombre de collisions responsables d’une forte mortalité. Le concept de perméabilité implique qu’un animal a la possibilité de se mouvoir à travers son domaine vital ou son territoire et d’effectuer ses déplacements saisonniers sans rencontrer d’entraves. Ceci implique la dispersion des populations dans l’espace.

Les passages fauniques sont généralement classés en deux grandes catégories : les passages inférieurs et les passages supérieurs. La première catégorie regroupe tous les types de passages qui permettent à la faune de circuler sous les routes tandis que la seconde désigne les passerelles au-dessus des routes. La différence entre ces catégories se manifeste par le coût des constructions, les dimensions des passages et leur spécificité vis-à-vis des espèces.

Passage faunique de Hrabuvka, en République tchèque. Structurae

Les espèces qui fréquentent les passages fauniques varient d’un type de passage à l’autre. Une grande partie d’entre elles utilise les écoponts et les lits majeurs parce que ces derniers combinent le plus grand nombre de caractéristiques des habitats. La dimension de ces deux passages et la présence d’un couvert, à l’intérieur ou sur la structure, entraînent leur utilisation autant par des espèces des milieux ouverts que fermés.

Plusieurs facteurs peuvent assurer l’efficacité des passages fauniques, dont la localisation de ceux-ci dans l’environnement. Les passages devraient être situés à des endroits où les habitats sont de bonne qualité, où les densités des espèces sont élevées ou à proximité de corridors préférentiels de déplacement. Un deuxième facteur correspond à la présence d’un couvert végétal adjacent et à proximité des passages, ce qui augmente la fréquentation des passages par les espèces. Le couvert végétal aide à camoufler les passages, rendant ainsi les individus moins méfiants vis-à-vis les structures.

D’autres facteurs liés aux routes entrent en jeu : la largeur de ces dernières, le volume de la circulation et le niveau de bruit. Ces facteurs affectent directement la fréquentation des passages par les espèces. Les facteurs liés aux routes sont responsables de la diminution de la fréquentation des passages fauniques par les espèces. Généralement, pour être efficaces, les passages fauniques doivent être bien situés, attrayants et utilisés de façon complémentaire avec les clôtures déjà en place et avoir les bonnes dimensions.

Soulignons qu’il est nécessaire de développer une approche multiscalaire de ces dispositifs d’aménagement pour favoriser la prise en compte de la biodiversité et des paysages.

Retrouvez l’intégralité de cet article sur le site de la revue [VertigO]. Fondée en 2000, [VertigO] est une revue scientifique internationale qui diffuse des résultats de recherche et des analyses sur les enjeux environnementaux contemporains.

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