Changement climatique et investisseurs : mieux informer des risques qui pèsent sur la stabilité financière

Changements climatiques. NASA's Marshall Space Flight Center via VisualHunt.com, CC BY-NC

Cet article est publié dans le cadre du partenariat avec la Paris School of Economics – École d’Économie de Paris.

L’accord de Paris de la COP21 était en voie de finalisation quand le G20 et le Conseil de Stabilité financière (FSB) ont annoncé la création de la « Task Force on Climate-related Financial Disclosure » (TFCD). Ce groupe de travail présidé par Michael Bloomberg a pour mission de proposer au G20 et au FSB d’ici début 2017 un cadre cohérent permettant aux entreprises de présenter aux investisseurs leur stratégie face au risque climatique, leur plan d’action et leurs investissements en vue de la transition vers un monde décarboné. Cette plus grande transparence permettra aux acteurs financiers (fonds d’investissement et de pension, banques, assureurs, etc.) de prendre des décisions éclairées face au risque climatique.

Un accélérateur et un facilitateur au sein du G20

Notre groupe de travail ne part pas d’une page blanche. Il existe déjà de nombreux dispositifs volontaires ou contraignants afin que les entreprises diffusent leurs informations « climatiques » du type empreinte carbone, mix énergétique ou investissements en R&D. L’OCDE recense ainsi près de 400 cadres et recommandations en vigueur dans le monde ! Plus de 15 pays du G20 disposent de cadres réglementaires, aux côtés desquels ont émergé des initiatives volontaires comme le Carbon Disclosure Project, la Global Reporting Initiative ou encore le Sustainable Accounting Standard Board.

La première mission de la Task Force consiste donc à repérer les plus pertinents de ces dispositifs et à faciliter l’harmonisation des pratiques au sein du G20. Il lui revient également d’expliquer pourquoi de telles informations non-financières sont cruciales dans un processus d’investissement, de gestion des risques et potentiellement de régulation financière.

Des travaux en lien direct avec les questions économiques clés

Les travaux de cette Task Force abordent des questions dont la science économique débat actuellement. Par exemple : où se situe l’optimum en matière d’informations à fournir aux investisseurs ? Une information trop complexe ou trop volumineuse accroît-elle le risque de volatilité sur les marchés ? Comment appréhender économiquement le concept des stranded assets alors que la valorisation de ces actifs bloqués est « menacée » par les réglementations en matière de protection de l’environnement et de lutte contre le réchauffement climatique ?

Concernant l’économie du climat en particulier, nous nous posons d’autres questions : quel horizon de temps accorder aux entreprises et investisseurs pour apprécier leur stratégie de transition vers un monde décarboné ? Comment juger de la qualité de cette stratégie vu l’incertitude générale sur les options énergétiques et industrielles à favoriser ? Faut-il privilégier l’analyse de leur empreinte carbone actuelle ou leur dynamique de changement ? Les questions sont nombreuses et les deux phases de consultation publique qui se tiendront début avril 2016 puis au début de l’année 2017 sur nos propositions seront un moment d’échange privilégié avec le monde académique et économique.

Un souci d’équité et d’équilibre entre les membres du G20

Au sein du G20, les situations économiques, financières et industrielles diffèrent : certaines économies reposent largement sur leurs banques quand d’autres dépendent d’acteurs qui opèrent sur les marchés actions et obligations ; certaines disposent d’un tissu industriel lui-même fortement incité à décarboner ses activités, d’autres sont dans des situations différentes, etc.

Les recommandations de notre groupe, qui seront adressées au FSB et au G20, doivent tenir compte de cette diversité afin de respecter la compétitivité et la juste concurrence. Ce point de vigilance rappelle les négociations complexes qui ont précédé l’accord politique de Paris en novembre 2015. Aujourd’hui, les milieux industriels et financiers relèvent à leur tour le défi. En travaillant avec la « Task Force on Climate-related Financial Disclosure », ils confirment leur engagement à mettre en œuvre l’accord de Paris et à progresser vers un monde qui comprend et contrôle mieux le risque climatique.

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