Climat des affaires : les entreprises se préparent au ralentissement

Plus des trois quarts des entreprises américaines envisagent une récession avant la mi-2021. Erkipauk / Shutterstock

Cet article est tiré de la dernière enquête Duke University–Grenoble École de Management qui mesure chaque trimestre, depuis plus de 20 ans, le climat des affaires tel qu’il est perçu par les responsables financiers des entreprises à travers le monde. L’enquête recueille plus de 1 000 réponses anonymes d’entreprises de tous secteurs et de toutes tailles. C’est désormais la plus grande enquête de ce type dans le monde. Une analyse détaillée par pays peut être envoyée à chaque participant. Vous pouvez consulter les résultats complets de cette enquête.


Les résultats de notre enquête trimestrielle de climat des affaires montrent que les entreprises se préparent à traverser une période de faible croissance d’ici à 2021 et ce partout à travers le monde. Aux États-Unis par exemple, 52 % des entreprises de notre panel parient sur une récession dès la fin 2020 alors que 76 % l’envisagent avant la mi-2021. Elles sont nombreuses à nous indiquer que les incertitudes entourant l’élection présidentielle américaine de 2020 pourraient ralentir leurs investissements.

En Europe aussi le ralentissement est anticipé pour la fin de l’année 2020. Si l’ensemble des secteurs pouvait être touché, c’est dans la santé, le conseil, le transport que les anticipations sont les plus pessimistes avec une éventuelle récession dès l’été 2020. À l’inverse, dans les secteurs de la tech et de la production manufacturière, le retournement n’est pas envisagé avant les premiers mois de 2021.

Climat des affaires : niveau d’optimisme moyen des responsables financiers en Europe et aux États-Unis. Auteur.

Enfin, les perspectives de croissance semblent particulièrement difficiles en Asie où les entreprises s’attendent déjà à une baisse de leurs chiffres d’affaires dans les mois qui viennent.

Comment s’adaptent les entreprises ?

C’est dans ce contexte que nous avons interrogé les entreprises pour connaître leurs décisions financières à quelques mois d’un éventuel ralentissement. Les résultats sont frappants : 56 % des entreprises américaines déclarent avoir déjà pris des mesures afin de traverser au mieux la période de baisse d’activité. Parmi ces mesures, nous notons que près d’un tiers des entreprises ont d’ores et déjà commencé à ralentir leurs investissements (31 %) tout en renforçant leur situation bilantielle par des politiques de désendettement importantes (59 % d’entre elles).

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Les entreprises cherchent également à contrôler leurs coûts, pour 58 % d’entre elles. Enfin, il semble que les entreprises favorisent la détention de liquidité afin de compenser une éventuelle baisse de chiffre d’affaires. Nous retrouvons un schéma similaire en Europe, néanmoins les entreprises sont encore plus nombreuses à chercher une réduction des coûts (78 % d’entre elles) ce qui peut passer en particulier pour 37 % des entreprises par un report des embauches prévues.

Une conjoncture favorable à court terme

Malgré les anticipations de ralentissement à moyen terme, les entreprises perçoivent encore un climat des affaires favorable pour les premiers mois de 2020. Aux États-Unis par exemple, le climat des affaires rebondit légèrement pour atteindre 67 contre 65,5 au trimestre précédent (sur une échelle de zéro à cent) indiquant toujours une croissance soutenue de l’économie.

En Europe, notre indicateur de climat des affaires ressort à 60 pour le 4e trimestre 2019 contre 57 au trimestre précédent. L’optimisme est toujours particulièrement élevé en France (70) et en Allemagne (64).

Au Royaume-Uni en revanche, le climat des affaires reste dégradé (52) depuis de nombreux trimestres et l’économie britannique pourrait même être déjà entrée en récession selon plusieurs entreprises qui ont répondu à notre enquête. La sortie effective de l’Union européenne pourrait rapidement rajouter des incertitudes à ce contexte morose. Conséquence immédiate : 75 % des entreprises britanniques s’attendent à devoir puiser dans leurs réserves de liquidité au cours de l’année 2020, en particulier pour faire face au choc du Brexit.

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L’Asie sensible à la guerre commerciale

Les États-Unis affichent toujours le niveau de climat des affaires le plus favorable dans le monde alors que l’Asie enregistre une forte baisse depuis quelques trimestres. L’optimisme en Asie semble très sensible à la guerre commerciale que mènent la Chine et les États-Unis. Ainsi, le climat des affaires s’établit à 52 ce trimestre en Asie contre 54 au trimestre précédent contre plus de 65 avant l’été. Les entreprises asiatiques anticipent une baisse de chiffre d’affaires (-1 %), d’investissement (-3 %) et de bénéfice dès le début de l’année 2020.

Le climat des affaires ressort à 58 en Amérique latine pour le 4e trimestre avec un rebond significatif au Brésil (65 contre 56 au trimestre précédent). Les entreprises anticipent une hausse du chiffre d’affaires moyen d’environ 7 %. C’est au Chili que la confiance est au plus bas (40) pointant vers un recul marqué de la croissance dans le pays.

Enfin, en Afrique le climat des affaires se dégrade un peu plus pour s’établir à 44 ce trimestre contre 46 au trimestre précédent. Les entreprises du continent continuent néanmoins d’investir et anticipent une hausse du chiffre d’affaires moyen d’environ 4,5 %.

Climat des affaires mondial pondéré par le PIB (PIB à prix constants en USD). Banque mondiale

Pour voir les résultats complets de cette enquête : cfosurvey.org/release/. Prochaine enquête du 9 mars au 30 mars 2020 : ceocfo.org/French.htm.

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