Climat des affaires : non au protectionnisme et… aux tweets

Optimisme et agacement : tel apparait le cliamt des affaires aux Etats-Unis au premier trimestre 2017. Pexels Photos

Grenoble École de Management et l’Association des directeurs financiers et des contrôleurs de gestion (DFCG) recueillent chaque trimestre l’avis des responsables financiers français sur le climat des affaires. Les résultats sont agrégés au niveau mondial par un réseau d’universités coordonnées par Duke University. Pour le premier trimestre 2017, l’enquête s’est déroulée du 21 février au 9 mars 2017.


L’optimisme est toujours de mise aux États-Unis ! Deux mois après l’investiture du président Trump, notre indicateur de climat des affaires affiche une nouvelle progression pour atteindre 68,5 en mars contre 66,5 en décembre sur une échelle de zéro à cent. Sur un an glissant, l’indicateur enregistre une progression de près de 10 points (58,6 en mars 2016) pour atteindre son niveau le plus élevé depuis 2005.

Il ressort néanmoins de notre enquête un agacement certain des directeurs financiers : la liberté d’expression du nouveau président via les réseaux sociaux a, selon eux, un impact négatif important sur le climat des affaires. Ainsi, plus des deux tiers des répondants américains souhaitent que Donald Trump mette un terme à sa politique du « tweet » pour s’en tenir à une communication plus conventionnelle. Ces mêmes responsables financiers sont opposés à 64 % à la construction d’un mur à la frontière mexicaine.

Si les méthodes de communication très directes du président Trump dérangent les responsables financiers américains, ses projets de réforme semblent en revanche les satisfaire largement. Ainsi 86 % des répondants à l’enquête sont favorables à une baisse généralisée de l’impôt sur les sociétés jusqu’à un niveau de 20 %. De même, 74 % d’entre eux sont favorables à la baisse de la tranche supérieure de l’impôt sur les revenus jusqu’à 30 % et 75 % verraient d’un bon œil la simplification du rapatriement des profits détenus à l’étranger par les entreprises américaines.

En revanche, la majorité des responsables financiers américains sont contre l’augmentation des tarifs douaniers sur les produits chinois ou mexicain (57 %). Ils sont d’ailleurs rejoints par les directeurs financiers du monde entier qui s’accordent pour demander à leur gouvernement une résistance ferme à la hausse éventuelle de ces tarifs. Sans surprise, c’est au Mexique que nous trouvons la proportion la plus élevée de DAF défavorables aux propositions Trump (75 %).

En Europe, si plus de la moitié des DAF sont contre ces propositions, c’est en France et en Italie que la résistance semble la plus franche (respectivement 65 % et 62,5 %) au contraire du Royaume-Uni où elle est la plus faible (16,7 %). Enfin, et de manière insolite, les Britanniques sont les seuls à réclamer une amélioration des conditions d’échange à l’international (61,1 %) alors même que le Royaume-Uni va entrer en négociation pour sortir de l’Union européenne ! Pour les autres pays européens, ce chiffre dépasse difficilement les 7 % !

Évolution du climat des affaires depuis 2005. La courbe rouge est l’indicateur des États-Unis. La bleue est pour l’Europe. La surface en rouge montre le surcroît d'optimisme aux États-Unis par rapport à l'UE.

L’Europe atteint son rythme de croisière

En Europe, l’indicateur de climat des affaires s’établit à 55,7 en mars contre 56,6 en décembre. Ces niveaux indiquent un climat des affaires favorable à la croissance sans toutefois pointer vers une accélération. Mais, si cette accélération devait néanmoins se produire, les entreprises européennes se déclarent en majorité prêtes à y faire face tant du point de vue des stocks disponibles que des capacités de production.

C’est toujours dans les pays du nord que nous observons les réponses les plus optimistes (par exemple 69 aux Pays-Bas) mais l’écart se resserre avec les pays du sud. Pour la France, notre indicateur confirme l’optimisme des responsables financiers avec 55,5 contre 55,2 au trimestre précédent.

Enfin, nous gardons un œil particulièrement attentif à l’évolution du climat des affaires du Royaume-Uni post Brexit : après une chute vertigineuse au trimestre précédent qui avait entraîné notre indicateur à 49,9, celui-ci reprend des couleurs pour atteindre 53,3.

Dans le reste du monde, l’Amérique latine marque des points puisque tous les pays du sous-continent enregistrent une progression du climat des affaires. En particulier, le Mexique semble déjà remis de l’élection de Donald Trump : avec 61 contre 47 en fin d’année 2016, l’indicateur retrouve des niveaux proches de ceux observés avant le scrutin américain.

En Asie, le climat moyen des affaires a atteint 58 ce trimestre mais l’écart reste important entre Singapour (45) et l’Inde (64). Le Japon (56) et la Chine (61) restent sur des niveaux favorables à une croissance de la production. Enfin, en Afrique, les indicateurs de climat des affaires pointent toujours vers un recul de l’activité.

Lutter contre la corruption ou contre la réglementation ?

Lorsque nous demandons aux responsables financiers quelles sont, selon eux, les réformes indispensables à l’amélioration du climat des affaires, les réponses varient selon la région du monde où ils se trouvent. Ainsi, plus des deux tiers des participants à l’enquête venant des pays d’Amérique latine mettent en avant le besoin de renforcer le système judiciaire et de faire baisser la corruption et le crime.

Nous retrouvons les mêmes chiffres en Inde, aux Philippines et plus généralement en Afrique (environ 70 %). En Europe, la lutte contre la corruption n’est réellement mise en avant qu’en Italie (58,8 %) mais peu dans les autres pays comme la France (23 %), le Royaume-Uni (5,6 %) et l’Allemagne (0 % !). En revanche, les réglementations gouvernementales qui s’imposent aux entreprises sont perçues comme un frein à l’activité dans les pays européens et notamment en France (43,2 %), au Royaume-Uni (50 %), aux Pays-Bas (56,3 %) ou en Allemagne (60 %).

Perte de confiance des populations envers le monde des affaires

Finalement, nous avons interrogé les responsables financiers quant à l’impact de la baisse de confiance des consommateurs envers les entreprises. Les résultats sont frappants : plus de 80 % des responsables financiers américains déclarent que cette perte de confiance affecte leur activité. Mais l’impact est peut-être positif puisque près de la moitié des participants ont observé une amélioration de la gouvernance de leur entreprise et/ou une augmentation de la transparence du fonctionnement de leur secteur suite aux pressions de la société civile.

En France et plus généralement en Europe, les chiffres observés sont plus faibles. Ainsi seules 33,7 % des entreprises françaises estiment que la perception parfois détériorée de leur image à un impact sur l’activité et les résultats. C’est particulièrement vrai dans les secteurs de la santé et de la grande distribution.

En retour, 26 % des entreprises européennes tentent d’infléchir cette perception par des plans de communication dans les médias (publicité) voire par la prise de parole de la direction de l’entreprise (13,3 %). Quoi qu’il en soit, il est rassurant de constater que le consommateur-citoyen peut aussi avoir un impact sur la marche du monde puisque 47 % des entreprises européennes déclarent avoir ajusté leurs procédures afin de satisfaire leurs attentes notamment en termes de transparence. Ce dernier point est particulièrement vrai en Italie (68 %).


Pour voir les résultats complets de cette enquête suivez ce lien. Prochaine enquête du 21 mai au 8 juin 2017. L’enquête Duke University–Grenoble École de Management mesure chaque trimestre depuis plus de 20 ans le climat des affaires tel que perçu par les responsables financiers des entreprises à travers le monde. L’enquête est courte (environ 10 questions). Elle recueille plus de 1 200 réponses anonymes d’entreprises de tous secteurs et de toutes tailles. C’est désormais la plus grande enquête de ce type dans le monde. Une analyse détaillée par pays peut être envoyée à chaque participant.

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