Comment la technologie change les stratégies d’acquisitions

Le groupe américain Teradyne a racheté en 2018 la société danoise MiR pour développer son activité sur le segment des robots mobiles autonomes. Capture d'écran, vidéo Mobile Industrial Robots ApS

L’un des objectifs stratégiques des politiques d’acquisitions peut être d’inventer de nouvelles formes de relations interorganisationnelles, créatrices de valeur pour les entreprises concernées. C’est ce que la recherche désigne par le terme d’acquisitions collaboratives, ou de symbiose. Ce type d’acquisitions est centré sur la création d’innovations conjointes destinées à créer de nouveaux produits, services ou technologies, qui n’existent pas encore sur le marché.

Dans ce type d’opérations, une certaine part de créativité peut donc s’avérer nécessaire pour établir des combinaisons de ressources inédites, sources d’avantages concurrentiels. Cela passe notamment par un apprentissage collectif et la capacité des organisations à reconfigurer des compétences internes et externes pour réagir et anticiper les demandes des clients utilisateurs, dans la lignée de « l’approche par les ressources » théorisée par la recherche en management.

Cette stratégie intervient généralement dans des secteurs parvenus à maturité (électronique, mécaniques, métallurgie, etc.) ou au contraire sur des marchés nouveaux en forte mutation (médias et contenus digitaux, e-santé, live streaming, gaming, Internet des objets, etc.).

Plusieurs exemples récents illustrent la montée en puissance de ces acquisitions.

Proposer des offres innovantes

Citons d’abord le rachat de Kinema Systems par le fabricant de robotique Boston Dynamics (Groupe Softbank), réalisé en avril 2019. La société acquise est une start-up de la Silicon Valley spécialisée dans les capteurs de vision qui développe un logiciel d’apprentissage en profondeur pour aider les robots à manipuler les boîtes.

Cette opération est révélatrice de ces nouvelles formes d’acquisitions. Elle répond à un besoin d’obtenir des technologies de nouvelles générations. D’après le cabinet Accenture, cet objectif d’accroissement des capacités digitales est justement l’un des plus recherchés par les acquisitions collaboratives.

L’acquisition de Kinema Systems vise à créer au sein du nouvel ensemble, de nouveaux systèmes robotiques dans les secteurs de la logistique et de la fabrication, ouvrant la voie à l’automatisation des entrepôts. Cette combinaison de ressources doit permettre d’optimiser, à grand renfort de machine learning (apprentissage automatique), la vision 3D des robots de l’entreprise.

« Introducing the Boston Dynamics Pick System » (2019).

Pour Marc Raibert, fondateur et membre de l’équipe de direction de Boston Dynamics, il s’agit avant tout d’essayer de nouvelles approches. Les collaborations visent avant tout à développer des explorations sans avoir d’applications en tête, de façon ouverte et dynamique, en vue de proposer des offres nouvelles et innovantes.

C’est de cette façon que l’entreprise Boston Dynamics, a pu se lancer, grâce à l’acquisition de Kinema Sytems, dans le secteur de la logistique, en proposant des robots d’entrepôt dotés de la vision. Ces derniers sont désormais capables d’identifier plusieurs types de paquets sur une palette, et de les déposer sur une chaîne de montage. C’est sous l’appellation Boston Dynamics Pick System que l’entreprise robotique lance cette application sur le marché. Comme le souligne M. Raibert, « l’intégration de l’équipe Kinema dans Boston Dynamics étend notre perception et nos capacités d’apprentissage. En plus d’être un outil puissant pour les bras robotiques industriels, la technologie Kinema doit aider nos robots de manipulation mobiles à faire face à une grande variété de tâches souvent complexes ».

Investir les segments émergents

D’autres exemples peuvent être apportés, comme l’acquisition de la société danoise MiR (Mobile Industrial Robots) en avril 2018 par le groupe américain Teradyne, propriétaire d’Universal Robots, fournisseur d’équipements d’automatisation pour les applications industrielles et de test.

Cette opération vise ici à inclure les robots mobiles autonomes et les logiciels de contrôle du mouvement parmi les activités de Teradyne. Ce type de robots fait en effet partie du marché des systèmes logistiques robotisés. Ce segment émergent est promis à une croissance rapide dans les années à venir.

« Le marché des logiciels supply chain » (Xerfi canal, 2018).

Cette acquisition doit notamment permettre d’étendre les capacités et connaissances du nouvel ensemble dans la rationalisation et l’optimisation des opérations logistiques, avec comme perspective la robotisation de la logistique des usines (entrepôts). L’objectif de ce rapprochement est donc de proposer des solutions nouvelles, permettant aux entreprises, petites ou grandes, d’automatiser progressivement leurs opérations, sans avoir recours à du personnel spécialisé ou de pouvoir réorganiser efficacement le flux de travail existant.

Comme le révèle Thomas Visti, PDG de la société acquise MiR, cette acquisition menée par Teradyne a permis de faire progresser les investissements en ingénierie et en développement, afin de fournir une plus grande valeur ajoutée aux clients et d’accroître le leadership sur le marché des robots mobiles industriels autonomes.

Les robots MiR à l’œuvre dans une usine chinoise (Mobile Industrial Robots ApS, 2019).

Ainsi, comme le montrent ces différentes opérations de croissance, les avancées techniques et technologiques (big data, intelligence artificielle, etc.), changent la façon d’aborder les fusions- acquisitions, en développant des stratégies conjointes exploratoires qui contrastent avec les logiques de domination et d’exploitation. Elles permettent notamment de lier les avantages de la croissance externe (acquisition de nouvelles capacités) à la recherche d’innovation disruptive, donnant la possibilité aux firmes de s’ouvrir vers des secteurs nouveaux ou émergents.