Conversation avec Thierry Vandevelde : « L’économie circulaire, pour créer de la valeur sociale et environnementale »

Au centre d’Amiens, tri télé-opéré des déchets. Mieux gérer et valoriser les déchets constitue l’un des enjeux principaux de l’économie circulaire. Christophe Majani/Photothèque Veolia, CC BY-NC-ND

À l’occasion du lancement sur le site de The Conversation France d’une nouvelle rubrique consacrée à l’économie circulaire, soutenue par la Fondation Veolia, rencontre avec Thierry Vandevelde, docteur ès sciences et délégué général de la Fondation.


Quels sont les piliers de l’économie circulaire ?

L’économie circulaire est basée sur un système de boucles qui vise à réutiliser ou à recycler dans le processus de production les produits ou matières en fin de vie. Son objectif ultime est de parvenir à découpler la croissance économique de l’épuisement des ressources naturelles par la création de produits, services, modèles d’affaires et politiques publiques disruptifs. Elle est basée sur trois domaines et sept piliers.

Il y a d’abord la gestion des déchets qui implique le recyclage (matières organiques).

Vient ensuite l’offre des acteurs économiques avec l’extraction, l’exploitation et les achats durables ; l’éco-conception (produits et procédés) ; l’écologie industrielle et territoriale ; et l’économie de la fonctionnalité.

Enfin, la demande et le comportement des consommateurs, qui comprend l’allongement de la durée d’usage (réemploi, réparation, réutilisation) et la consommation responsable (achat, consommation collaborative, utilisation).

En quoi diffère-t-elle des modèles économiques actuels ?

Le modèle de production et de consommation qui prévaut depuis la révolution industrielle repose sur des ressources naturelles abondantes et un schéma linéaire : matières premières extraites ; production ; consommation ; déchets.

Ce modèle de développement a permis d’accélérer le « progrès » et à des milliards d’individus d’accéder à une certaine prospérité matérielle ; mais il génère de la pollution et l’épuisement des ressources naturelles avec 7 milliards d’individus sur Terre.

L’économie circulaire s’inspire du fonctionnement des écosystèmes naturels. Elle concrétise l’objectif de passer d’un modèle de réduction d’impact à un modèle de création de valeur, positive sur un plan social, économique et environnemental.

Par quoi passe sa mise en œuvre ? quelle est son échelle (locale, mondiale ?)

La mise en œuvre d’une économie circulaire passe par la mise en place d’écosystèmes locaux, mettant en lien les différents acteurs du territoire entre eux – producteurs de déchets, recycleurs, usagers de matières recyclés, industriels, collectivités, PME, ONG, organisations, etc.

C’est une démarche qui doit impliquer l’économie, l’industrie, les territoires, et ce à l’échelle locale, régionale mais aussi nationale ainsi qu’à l’échelle européenne. Cette démarche doit donc être pensée de manière globale, avec une nouvelle forme de fiscalité ayant un impact significatif sur l’emploi grâce à une économie relocalisée.

À Arras, le centre aquatique Aquarena est en partie chauffé grâce aux eaux usées (Veolia, 2015).

Comment éviter à l’économie circulaire les déconvenues du développement durable, qui souffre d’être devenu une notion fourre-tout ?

En apportant des solutions concrètes, opérationnelles et disponibles aux besoins des territoires et en démontrant la création de valeur environnementale et sociale de cette nouvelle économie.

Obsolescence programmée, surconsommation, accélération numérique… Nos modes de vie sont-ils conciliables avec l’économie circulaire ?

L’économie circulaire implique l’engagement de tous les acteurs de la chaîne de valeur, des producteurs aux consommateurs. Elle nécessite donc une sensibilisation de tous ces maillons de la chaîne pour revoir en profondeur nos modes de production, de consommation et de coopération.

Pourquoi et comment un groupe comme Veolia s’inscrit dans l’économie circulaire ?

Veolia conçoit et déploie des solutions pour la gestion de l’eau, des déchets et de l’énergie, qui participent au développement durable des villes et des industries. La mission qu’il s’est donnée est de « ressourcer le monde ». Cela nécessite un engagement fort au service de l’économie circulaire. Il s’agit même d’une des trois priorités environnementales et business que le groupe s’est fixées (en lien avec les engagements en matière de climat et de biodiversité). Développer l’économie circulaire est une opportunité de création de valeur pour nos clients, collectivités et industries. C’est aussi une réponse à la gestion du risque environnemental.

Veolia s’est fixé comme objectif de mettre en place des modèles contractuels innovants avec les acteurs du territoire, basés sur une économie de la fonctionnalité et en favorisant l’éco-conception. On peut citer à titre d’exemple, notre partenariat avec la Fondation Ellen MacArthur pour l’initiative « The New Plastic Economy ».

Concrètement, quelles sont les décisions stratégiques du groupe qui font avancer ce concept, sa diffusion et sa recherche ?

Veolia a réaffirmé sa stratégie de développement durable en 2015 à travers neuf engagements pour un développement durable.

Cette démarche est portée par le PDG de Veolia en personne et tout le comité exécutif. Ces neuf engagements s’organisent aujourd’hui autour de trois axes : ressourcer la planète grâce à la performance environnementale ; ressourcer les territoires grâce à la performance sociétale ; accompagner les collaborateurs de Veolia grâce à la performance sociale.

Le premier de ces engagements est ainsi dédié à la préservation des ressources naturelles, en favorisant le développement de l’économie circulaire. L’économie circulaire est également au cœur de la mission « Ressourcer le monde » que s’est fixée l’entreprise par une recherche de limitation de l’usage des ressources et de leur valorisation optimale.

Veolia a notamment créé le site livingcircular.com. Il regroupe sur une même plateforme articles, portraits et innovations en rapport avec l’économie circulaire et met en lumière les actions possibles aujourd’hui pour le développement de cette économie.

Comment soutenir la recherche dans ce secteur ?

L’économie circulaire impose une refonte en profondeur de nos modes de production et de consommation. Elle suppose la mise en place de nombreuses innovations dans un vaste champ de l’économie. Innovations technologiques, économiques, mais aussi sociales. Ces innovations sont accélérées en favorisant les interactions entre recherche publique et recherche privée, entre recherche fondamentale et recherche appliquée.

Veolia soutient de nombreuses chaires et programmes de recherche liés à l’économie circulaire, au niveau européen et international. Ces partenariats sont pour nous une opportunité de challenger l’innovation et d’acquérir des compétences ainsi que de nouveaux modèles économiques.

Pourquoi soutenir le partage d’information en provenance de la recherche sur ce sujet ?

Pour mettre en place cette nouvelle économie, il est important de sensibiliser tous les acteurs concernés : collectivités, industriels, usagers, ONG, étudiants, chercheurs…

La diffusion de l’information auprès de ces cibles est donc clef ; et la qualité des propos et des médias qui la relaient tout autant. La Fondation Veolia, qui soutient des projets d’intérêt général et sans but lucratif concourant au développement durable, a souhaité en lien avec The Conversation contribuer au partage d’information de qualité sur le thème de l’économie circulaire. La sensibilisation et l’éducation à l’environnement du grand public font partie des missions prioritaires de la Fondation.

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