Demain, tous mangeurs d’insectes ?

Brochettes d’insectes sur un marché chinois. Harvey Barrison/Flickr, CC BY-SA

Près de 10 milliards de personnes devraient peupler la Terre en 2050. Comment nourrir tant individus ? Comment assurer en quantité et en qualité l’alimentation d’une population mondiale toujours plus dense ? L’évolution de la démographie pose notamment la question de la disponibilité en protéines pour l’alimentation humaine et animale.

Pour l’homme, outre les sources animales (viandes, œufs, poissons) et végétales (légumes secs, céréales) classiquement consommées dans les pays occidentaux, des sources nouvelles comme les algues ou les insectes pourraient représenter des contributeurs intéressants aux apports protéiques des populations.

Alors qu’environ 2 milliards d’humains consomment régulièrement des insectes à travers le monde, l’acceptation de ce type d’alimentation pose encore de nombreuses questions dans bien des pays. Pourtant, dans une logique de durabilité des systèmes alimentaires, la production de protéines d’insectes est plus efficiente que la plupart des autres sources animales.

Avec 10 tonnes d’aliments, on peut en effet produire 9 tonnes d’insectes. Cette efficacité n’est que de 1 à 5 tonnes produites pour les bovins, les porcins ou la volaille.

La consommation de ressources en eau est également moindre. Les insectes pourraient donc représenter une source alimentaire complémentaire aux aliments actuels.

La société américaine Hotlix commercialise des friandises aux insectes. Jes/flickr, CC BY-NC-SA

Plus de 2 000 espèces consommées

Les espèces d’insectes consommées dans le monde sont très nombreuses, plus de 2 000. On les apprécie particulièrement dans les régions chaudes, avec plus de 560 espèces consommées en Asie tropicale, plus de 450 espèces au sud du Sahara et même plus de 700 en Amérique tropicale.

Cependant, les espèces les plus prometteuses pour des élevages restent la mouche soldat, le ver de farine, les grillons et criquets. S’il voit le jour, le développement de cette consommation dans les pays occidentaux devra passer par la mise en place d’unités de production, alors que la consommation traditionnelle reste basée sur une forme de cueillette dans la nature.

Bien qu’interdite, la consommation d’insectes est proposée en France par différents canaux. Des chocolatiers mettent un grillon sur des chocolats, certains restaurants les proposent à leur carte. Toutefois, la réglementation en vigueur sur ce qu’on appelle les novel food nécessite à ce jour des dossiers qui devront être évalués par les autorités sanitaires européennes compétentes. Mais certains États de l’Union européenne, comme la Belgique, autorisent déjà la consommation d’une dizaine d’insectes sous leur forme entière, et non sous forme d’ingrédients.

Les pionniers de l’élevage d’insectes en France (TF1, 2014).

Nourrir le bétail

La consommation d’insectes pourrait donc, sous réserve des nombreux verrous réglementaires, contribuer aux apports protéiques d’une plus grande fraction de la population mondiale. Sous forme de farine, cela pourrait constituer un ingrédient pour des préparations culinaires diverses et variées, adaptées à des populations spécifiques. Si les avantages sont sans doute environnementaux, les difficultés sont d’abord d’ordre réglementaire.

La gestion de contaminations éventuelle des élevages ou la mise à mort des individus dans le respect du bien-être animal restent par exemple des questions à traiter. Sur un plan sanitaire, le risque allergique est encore mal documenté, alors que les allergies aux crustacés, de lointains cousins des insectes, sont bien décrites.

Mais la consommation d’insectes pourrait également être indirecte, c’est-à-dire que des animaux d’élevage comme les volailles et les poissons pourraient être nourris pour partie avec des farines d’insectes.

Un phénomène encore marginal

La consommation d’insectes est traditionnelle dans de nombreux pays dans le monde. La Bible rapporte ainsi la consommation d’orthoptères, insectes aux pattes arrière adaptées au saut. Des chenilles de papillons frites sont consommées en Afrique, des punaises sont consommées de la Chine au Mexique, etc…

La fraise Tagada d’Haribo doit sa célèbre couleur rouge-rosé à un colorant alimentaire extrait de la cochenille. hellolapomme/Flickr, CC BY

Néanmoins, au-delà du rouge de cochenille des fraises « Tagada », la consommation d’insectes dans les pays occidentaux reste aujourd’hui un épiphénomène. Des études récentes montrent une acceptabilité limitée dans les pays européens. La formulation d’aliments intégrant des poudres d’insectes semble plus acceptable que la consommation d’insectes entiers.

Si l’entomophagie reste une pratique classique à travers le monde, sa déclinaison dans les pays occidentaux reste pour l’instant marginale. Des levées de verrous réglementaires et de la pédagogie permettront peut-être de développer ces consommations au sein d’une offre alimentaire encore plus large.