Des pistes pour diversifier les exportations au Sénégal

Le terminal pétrolier du Port autonome de Dakar. Seyllou/AFP

Les théories du commerce international ont connu de fortes mutations depuis les travaux de Ricardo (1871), père du libre-échangisme et de Heckscher, Ohlin et Samuelson qui ont fondé leur analyse sur la théorie des avantages comparatifs de Ricardo. En effet, les stratégies de commerce international ont évolué de la spécialisation – le fait qu’un pays consacre son temps et ses efforts à la production de produits particuliers – à la diversification.

Le pari de la diversification

Principalement concentrées sur quelques produits (pêches, produits pétroliers et phosphate), les exportations du Sénégal ont commencé progressivement à se diversifier avec de nouveaux produits comme les produits horticoles et agroalimentaires. Cependant, malgré une croissance intensive et extensive, la diversification tarde à porter la croissance des exportations. En outre, la part de ces produits dans le commerce mondial reste faible, en dépit des atouts que possède le pays.

Dans un contexte de libéralisation commerciale, engagée depuis la dévaluation du CFA de 1994, d’adoption (en 2012) et de mise en œuvre depuis 2014 du Plan Sénégal Emergent, le Sénégal mise, en partie sur une transformation structurelle de son économie. Ce qui passe par la diversification et la consolidation des acquis en matières d’exportation (produits de la pêche, du pétrole et produits extractifs).

Cette diversification, entre autres avantages, diminue la dépendance des exportations à un nombre restreint de biens. Mais elle limite aussi l’effet macroéconomique d’un choc sur un secteur spécifique. Le déclin du secteur primaire et la montée en puissance de l’industrialisation exigent le passage du secteur primaire au secteur secondaire en passant par une diversification de la production. Tous les biens n’ont pas le même impact sur le développement.

La mise à niveau technologique

Il a toujours été conçu que le développement est la croissance couplée à une transformation structurelle. Cependant, l’accent a été davantage mis sur la croissance. Les économistes du changement structurel conçoivent que le développement implique une transformation structurelle de l’économie conduisant à la modernisation et à la diversification de la structure de la production. Cette transformation requiert la production et l’exportation de nouveaux biens avec de nouvelles technologies.

La dynamique de libre-échange dans laquelle se développent les échanges internationaux, nécessite, pour tirer profit du commerce international une mise à niveau industrielle et technologique. Celle-ci doit être capable de générer une croissance plus rapide et plus inclusive pour faire face à des enjeux d’ordre social comme le chômage et la pauvreté. Toutefois, cette mise à niveau coûte chère aux pays en développement qui sont généralement spécialisés dans des secteurs primaires peu dynamiques et à faible valeur ajoutée.

Mine de phosphate à ciel ouvert de Taiba, à 100 km de Dakar. Le phosphate est l’un des principaux produits d’exportation du Sénégal. Seyllou/AFP

Les enseignements tirés des différents modes de diversification en zone franc semblent indiquer qu’une diversification porteuse de croissance des exportations passe d’abord par une consolidation de la base exportatrice traditionnelle. Une telle diversification doit être conjuguée à l’émergence de nouveaux produits d’exportations qui soient susceptibles de se maintenir dans la base exportatrice du pays.

Toutefois, des blocages empêchent un modèle parfait de diversification même avec des schémas orientés vers des produits sophistiqués. Les récents développements des théories du commerce ont favorisé la diversification du panier d’exportation en intégrant de nouveaux biens utilisant des facteurs de productions déjà existants.

Des pistes pour améliorer la compétitivité des produits d’exportation

Pour pallier la contrainte liée au coût de la technologie, nous avons identifié des produits proches du panier d’exportation actuelle en utilisant la notion de distance ou de proximité des produits mis au point par Klinger et Hausmann et Hidalgo et al. (2007).

La sophistication, ici, ne s’apprécie plus par rapport à la nature du bien – par exemple, les produits agricoles sont qualifiés de moins sophistiqués et les produits manufacturés de plus sophistiqués – mais plutôt par la capacité du produit à générer des revenus. Elle repose sur la construction d’un indice quantitatif qui permet le classement des différents produits exportés sur la base de leur productivité. L’indice de sophistication sera ici mesuré par le produit intérieur brut associé au panier d’exportation.

En utilisant les bases de données des statistiques sur le commerce des produits de base (UN Comtrade database), l’étude a révélé, au Sénégal, un potentiel de plus 150 nouveaux produits. 60 % des nouveaux produits sont de faible ou moyenne technologie ou des produits naturels de base. Il est également noté un potentiel de diversification des industries chimiques avec des produits pharmaceutiques (sulfamides et hormones naturelles ou reproduites) et les déchets organiques solvables.

Il est alors possible d’introduire dans le panier d’exportation de nouveaux produits proches de celui-ci. Cependant, le choix des produits à introduire doit garantir un impact positif sur la création de richesse.

Les stratégies de promotion de ces nouveaux produits, en grande partie des produits chimiques et des produits intensifs en facteurs travail, doivent aller dans le sens de l’augmentation de la productivité du facteur travail. Ceci peut être rendu possible grâce à une politique de formation efficace et de promotion des filières scientifiques. Ce qui contribuera à dynamiser les produits manufacturés chimiques, notamment les produits pharmaceutiques.

Au Sénégal, il y a une dualité entre le secteur moderne et le secteur informel. Le taux d’analphabétisme est aussi assez élevé et est couplé aux problèmes d’accès aux crédits et un manque de qualification. Il faut envisager une politique d’amélioration des compétences et de facilitation de l’accès au crédit pour une meilleure coordination de l’action publique et de l’initiative privée.