Eduquer au fait religieux… à l’école et en dehors

L’éducation aux religions est nécessaire pour comprendre l’apprentissage de la laïcité. Pixabay, CC BY-SA

La France a un problème avec le fait religieux. Cette dernière expression, qui a été consacrée par le rapport de Régis Debray de 2002 (« L’enseignement du fait religieux à l’école laïque »), désigne une donnée qui, de ce fait, est observable, quantifiable, et qui peut donc être soumise à l’analyse. Ce sont des gestes, des rites, des écrits, des professions de foi publiques, des signes vestimentaires ou des bâtiments et autres symboles présents dans toute société.

La nécessité d’éduquer au fait religieux remonte à la fin des années 1980 lorsque le recteur et historien Philippe Joutard en a établi la nécessité dans son rapport de 1989 sur l’enseignement de l’histoire. Il s’agissait alors de parer à ce que Henri Tincq avait appelé un « analphabétisme religieux » chez les élèves.

La nécessité d’éduquer au fait religieux n’est pas neuve. Les Assises des religions et de la laïcité aborderont ces thèmes tout au long du mois d’octobre. Author provided

Il faut dire que cette période était celle de l’affaiblissement des Églises et de la famille, les deux structures traditionnelles de transmission d’une culture religieuse élémentaire. Pierre Bourdieu y ajoutait dans un rapport de 1986 la nécessité de tenir compte de la nouvelle pluralité culturelle provoquée par la l’extension des flux migratoires.

La focale se déplace sur l’islam à partir de 1989 avec l’affaire Salman Rushdie en février puis celle dite du voile au collège de Creil en septembre. Mais Gilles Kepel, dans La Revanche de Dieu, a rappelé qu’on observait depuis les années 1970 un retour du religieux sur la scène politique mondiale, avec les musulmans les plus revendicatifs, les mouvements chrétiens charismatiques ou évangéliques et les juifs les plus orthodoxes.

Cela fait donc trente ans que ces questions sont présentes dans les programmes scolaires. Mais visiblement la société française a du mal avec l’expression du religieux au grand jour.

Pourtant, gérer le religieux dans la société est une autre manière d’approcher ce qu’est la laïcité que l’on évoque si souvent.

Victor Hugo, fervent défenseur de la séparation de l’Église et de l’Etat. Nadar, CC BY

Il faut dire que ce désir de laïcité s’est historiquement forgé contre une organisation dominante, l’Église catholique, contre qui les Républicains ont bataillé à la fin du XIXe siècle pour « émanciper les esprits ».

Cette situation est fort différente des autres grandes démocraties, parmi lesquelles les États-Unis, puissance construite au milieu d’un pluralisme protestant qui empêchait qu’une force religieuse plutôt qu’une autre vienne contrecarrer le projet politique naissant. Cette appréhension craintive du religieux en France s’était apaisée avec la perte de sens des grandes institutions, une phase que Jean Baubérot a nommé « troisième seuil de sécularisation », et qui a débutée dans les années 1960.

Mais l’erreur a été de croire que le religieux visible qui s’effaçait correspondait à une déprise dans les esprits, alors que la recherche spirituelle a perduré, mais ce, de plus en plus en dehors des Églises et au profit de méthodes de bien-être de l’âme, ou de groupes d’inspirations diverses, qualifiés trop hâtivement de « sectes » car considérés comme étrangers à nos sociétés et dangereux. En un sens, l’irruption de la question de l’islam depuis 30 ans relève du même mécanisme. C’est devant cette incompréhension que l’Institut Supérieur d’Étude des Religions et de la Laïcité a décidé d’apporter à tout un chacun des éclairages par l’intermédiaire des Assises des Religions et de la Laïcité.

Une cinquantaine de manifestations mêlant plusieurs disciplines (littéraires, artistiques, scientifiques) auront lieu dans la région Auvergne-Rhône-Alpes tout au long du mois d’octobre.