Élection américaine : un débat pour faire peur

Donald Trump a laissé planer le doute sur l'acceptation de sa possible défaite. Mark Ralston/AFP

On pourra dire que Donald Trump n’a pas raté sa sortie : avec ce troisième et dernier débat présidentiel, il termine sa campagne comme il l’a mené depuis seize mois : avec brutalité et provocation, faisant exploser les normes et les codes des campagnes et inscrivant sa démarche dans une autre pratique, jusque-là inconnue aux États-Unis.

Car, cette fois-ci encore, il a frappé très fort, laissant entendre qu’il pourrait prendre le risque d’entraîner le pays dans une crise institutionnelle sans précédent en ne reconnaissant pas sa défaite, s’il n’était pas le vainqueur du 8 novembre.

Un contexte nauséabond

Depuis quelques jours, il a perdu beaucoup de terrain sur sa rivale et a agité le spectre d’une élection truquée, accusant par ailleurs les médias d’être corrompus et ciblant jusqu’à son propre parti, avec des charges contre certains caciques, dont un des plus importants, Paul Ryan, le président de la chambre des députés.

Le contexte qui a précédé ce débat n’était pas non plus très favorable à l’homme d’affaires, alors qu’une dizaine de femmes l’ont accusé d’attouchements sexuels, ce qu’il a nié vigoureusement. Il lui fallait donc trouver les ressources pour rebondir et, surtout, un espace qui semblait ne plus exister.

Pourtant, ce n’était pas si simple non plus pour Hillary Clinton, qui fait face de son côté à des révélations distillées au compte-gouttes par Wikileaks, la plaçant sur la défensive et faisant craindre une information plus explosive. On reparle aussi, et avec insistance, de l’affaire de sa messagerie privée, après la publication de documents du FBI qui démontrerait qu’il y a eu une intervention en faveur de la candidate.

Trump de retour sur ses basiques

Ce troisième débat qui s’est tenu à Las Vegas a été l’occasion pour Donald Trump de retourner à ses basiques : l’immigration, le chômage, le rejet de la mondialisation et le repli sur elle-même pour une Amérique qui aspire à retrouver sa grandeur, selon le slogan du candidat républicain.

Donald Trump accuse la presse de complot contre lui. Joe Raedle/POOL/AFP

Le débat s’est ouvert sur l’importance de la Cour suprême et l’interprétation à donner de la Constitution américaine. Pour Hillary Clinton, la Cour suprême doit se tenir aux côtés du peuple. La candidate a défendu sa conviction qu’il ne faut pas revenir sur les droits au mariage homosexuel ou à l’avortement. Selon elle, le Sénat doit sortir du blocage actuel en confirmant le candidat à la Cour suprême proposé par le président Obama.

Donald Trump est revenu sur les propos de la juge Ginsburg qui avait pris parti contre lui, avant de s’excuser. Il a réaffirmé son total soutien au respect du second amendement, celui qui donne aux Américains le droit de porter des armes. Il a également précisé qu’il était « pro-life », c’est-à-dire opposé à l’avortement. Son argument, qu’il a plusieurs fois avancé pendant la campagne, est qu’il faut interpréter la Constitution avec les yeux des Pères fondateurs – une vision très proche de celle défendue durant sa vie par le juge Scalia, récemment décédé, et qui n’a toujours pas été remplacé.

De son côté, Hillary Clinton a réaffirmé, comme lors du débat précédent, qu’elle soutenait le second amendement. Toutefois, elle penche pour une régulation raisonnable, qui exclurait les armes d’assaut et permettrait de vérifier les antécédents de l’acheteur.

Une demi-heure de qualité

Pendant la première demi-heure, les deux débatteurs sont restés calmes et le débat a été de bonne qualité. Hillary Clinton a lancé quelques attaques « à fleuret moucheté », mettant en cause le républicain pour ses liens avec le puissant lobby des armes, la NRA. Celui-ci a alors immédiatement contre-attaqué en pointant que la ville de Chicago, sous contrôle démocrate et cité d’origine du président Obama est la plus violente des États-Unis. Sur la question de l’avortement, deux points de vue se sont opposés, chacun campant sur ses positions. Trump a insisté sur les avortements tardifs, accusant la démocrate de soutenir le fait d’« arracher un bébé de l’utérus de sa mère », et Hillary Clinton a déploré qu’il utilise une telle image.

Hillary Clinton, cible de WikiLeaks. Mark Ralston/AFP

Les échanges ont ensuite porté sur l’immigration, donnant à Trump l’occasion de rappeler son intention de construire un mur avec le Mexique. Les échanges sont devenus un peu plus vifs et Hillary Clinton a accusé Trump d’avoir utilisé de la main-d’œuvre illégale sur ses chantiers. Le modérateur a alors évoqué l’affaire des emails et des révélations de Wikileaks, notamment sur le libre-échange. Hillary Clinton a accusé à nouveau la Russie de mener une campagne d’espionnage et a glissé que Trump étant élu président, il serait la marionnette de Poutine. « Je ne connais pas Poutine », a rétorqué le milliardaire visiblement irrité.

L’économie était un autre thème important : Hillary Clinton a accusé Trump de vouloir supprimer les impôts pour les riches et d’augmenter la dette avec son programme. Donald Trump a reproché à Clinton de vouloir augmenter massivement les impôts. « Diminuer les impôts pour les riches, on a déjà essayé, ça ne marche pas », a répliqué l’ancienne secrétaire d’État.

« C’est terrrifiant ! »

Accusations d’agression sexuelle, vidéo, impôts non payés, la confrontation est alors devenue proche de ce qu’elle avait été dans les deux précédents débats et n’a pas été le moment le plus glorieux du débat. C’est alors que le commentateur de Fox News Chris Wallace a posé la question de la soirée : « Accepterez-vous le résultat de cette élection ? » Ce à quoi Donald Trump a répondu : « Je verrai le moment venu ». Puis il a enchaîné sur les médias qu’il a accusés d’être corrompus, et sur l’élection qu’il estime être truquée. Hillary Clinton a simplement répondu : « C’est terrifiant ! »

Si l’impression du débat n’a pas été négative, avec de vrais moments d’échanges qui ont permis aux électeurs d’être en mesure de faire un choix entre deux types de propositions alternatives, cette nouvelle « sortie » de Trump restera comme l’événement problématique de la soirée. Après avoir menacé de mettre Hillary Clinton en prison lors du débat précédent, Donald Trump a franchi un nouveau palier. Il reste à espérer que cela n’ira pas plus loin et que ses plus fervents supporters n’auront pas l’idée de se faire vengeance, au cas où leur champion perdrait. Ce qui est désormais l’hypothèse qui s’impose à tous.

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