En Auvergne-Rhône-Alpes, le pari gagnant de Laurent Wauquiez

Laurent Wauquiez, le jour du vote et de son sacre. Thierry Zoccolan/ AFP

A l’issue du premier tour, la compétition apparaissait très serrée entre les listes LR-UDI-Modem de Laurent Wauquiez et celles de la gauche réunie derrière le président sortant Jean-Jacques Queyranne (PS, EELV, FG et alliés). La gauche totalisait – sur le papier - 37,5 % des suffrages et la droite 37,1 %. Même si Laurent Wauquiez était arrivé largement en tête du premier tour, les autres listes de droite et de centre ne représentaient qu’un potentiel de voix limité et incertain, et aucune recomposition n’était possible, celles-ci n’ayant pas atteint les 5 % nécessaires. La gauche avait des réserves de voix potentielles plus importantes et la possibilité de fusionner les listes conduites par le PS avec d’une part celles d’EELV et du Parti de gauche, d’autre part celles du PCF.

Dès le lundi soir, l’accord était scellé à gauche après 17 heures de discussions pour recomposer les listes en fonction du score atteint par chacun au premier tour, pour discuter de quelques éléments de programme et régler la stratégie à très court terme, pour les quelques jours de campagne de second tour. Dans sa profession de foi, Jean-Jacques Queyranne se veut alors le défenseur des « valeurs de l’humanisme social et de la République » contre son principal adversaire, Laurent Wauquiez, qualifié de « droite extrême qui mène une campagne strictement personnelle, sans proposition concrète pour votre vie quotidienne ».

De son côté, Laurent Wauquiez insiste sur ses bons résultats du premier tour et appelle au vote utile : étant « la seule liste qui peut l’emporter face au Parti socialiste », il demande « à tous ceux qui veulent tourner la page de ces 11 ans de gâchis et apporter un renouvellement à notre région de nous rejoindre. »

Pour le FN, Christophe Boudot maintient sa stratégie du premier tour : décliner le programme de sa formation politique sur le mode régional, critiquer la classe politique et en appeler au peuple - d’où le slogan: « Prenez le pouvoir dans votre région ! » -, et diffuser l’image de Marine Le Pen en vue de 2017 : « L’avenir s’écrit en Bleu Marine. »

Combat mobilisateur

Comme toujours dans ces entre-deux-tours d’une seule semaine, la campagne n’apporte pas de vrais débats sur le programme, il faut avant tout élargir les soutiens électoraux et pour cela éviter d’évoquer les sujets qui peuvent diviser les composantes d’un même camp. Dans ce contexte, discréditer l’adversaire est la stratégie la plus souvent pratiquée. C’est ce qu’on a, à nouveau, observé dans cette élection.

En Auvergne-Rhône-Alpes, ce combat frontal entre droite et gauche, alors que le FN ne semblait pas pouvoir remonter son retard, a été presque aussi mobilisateur que les affrontements entre Front national et partis de gouvernement dans d’autres régions : au second tour, l’abstention recule en Auvergne-Rhône-Alpes de 8,8 points, passant de 51,1 % à 42,3 %. La droite l’emporte nettement avec 40.6 %, soit 3,8 points d’avance sur Jean-Jacques Queyranne (36,8 %), tandis que les listes FN sont à 22,6 %. Par rapport au total des voix du premier tour, l’extrême droite perd 2,9 points et la gauche 0,7, la droite en gagne 3,5.

Ministère de l'Intérieur

Le résultat du second tour a plusieurs explications :

  • Les abstentionnistes du premier tour qui ont voté au second se sont probablement davantage mobilisés pour Laurent Wauquiez que pour les deux autres listes. Le leader de la droite gagne 406 000 voix, soit 8,9 points par rapport au 1er tour et 3,5 points de plus que le total des voix de droite. Après deux mandats de gauche, dans un contexte de sanction de la politique gouvernementale, la dynamique électorale a nettement joué en faveur d’un candidat jeune, leader national important des Républicains.

  • Les listes Queyranne recueillent 490 000 voix de plus qu'au premier tour alors que la gauche radicale totalisait environ 340 000 voix. Les reports de voix depuis les listes de gauche ont probablement été assez bons (de l’ordre de 80 % si l’on en croit un sondage IFOP fait pendant l’entre-deux-tours) et l’apport d’abstentionnistes du premier tour quand même assez conséquent. Mais, pour l’emporter, Jean-Jacques Queyranne avait besoin à la fois de mobiliser très largement chez les abstentionnistes et d’obtenir un report quasi complet des voix de la gauche radicale, étant donné la faiblesse de cette tendance au premier tour, contrairement à 2010 et même aux européennes de 2014.

  • Laurent Wauquiez, outre la conquête de nouveaux électeurs et le gain d’une partie des voix de Debout la France, de 100 % citoyens et des souverainistes UPR, a récupéré des voix FN du premier tour. Plutôt que de persister dans leur vote, certains frontistes ont probablement décidé de voter utile pour battre la gauche, d’autres – venus récemment de la droite -, ont rejoint leur camp habituel après avoir manifesté leur mécontentement au premier tour.

  • Quoiqu’en perte de vitesse en pourcentage de suffrages, le FN gagne 27 000 voix, ce qui montre que d’un côté il a été abandonné par certains électeurs, mais qu’il a aussi été rejoint par d’autres. Il avait donc encore des réserves de voix parmi les abstentionnistes du premier tour, même si - selon les sondages nationaux - l’électorat frontiste était au premier tour le plus mobilisé de tous.

Election régionale 2015, 2ème tour en Auvergne-Rhône-Alpes. Résultats par départements

Les résultats par départements – et encore plus par cantons et communes - mettent en évidence des différences politiques importantes, assez conformes à ce qu’on observe habituellement. La métropole lyonnaise et la Haute-Savoie sont les deux composantes les plus abstentionnistes. La Haute-Loire et le Cantal constituent des zones de force de la droite ; à un degré moindre, il en est de même en Haute-Savoie et dans le département du Rhône.

La gauche fait ses meilleurs résultats dans le Puy-de-Dôme, la métropole lyonnaise (43,4 % dans la Métropole mais 48,9 % à Lyon) et l’Isère (40,2 % pour le département mais 57,2 % à Grenoble), ainsi que dans certaines zones, plutôt rurales, de l’Allier, de la Drôme et de la Savoie. Dans tous ces secteurs, elle devance Laurent Wauquiez. Le Front national, qui régresse partout par rapport au premier tour, garde des zones de force dans le Nord-Isère et le sud de l’Ain.

Logiques politiques

Une nouvelle période s’ouvre désormais, où les élus – 113 pour la droite, 57 pour la gauche et 34 pour le FN – devront élaborer une politique et construire des synergies entre des territoires qui sont restés jusque-là très disparates. La présidence d’un élu d’Auvergne, tel que Laurent Wauquiez, est peut-être la meilleure garantie pour que la partie la moins développée de la région ne soit pas oubliée. Mais ces considérations en termes d’intérêt de chaque territoire ne semblent pas avoir été déterminantes au moment de voter. Le choix électoral de chacun s’est largement opéré en fonction des logiques politiques.