Erasmus : 30 ans de succès, et ensuite ?

Étudiants Erasmus (2014-2015) à l'Université Mondragon, au Pays Basque espagnol. HUHEZI (Mondragon Unibertsitatea) / Flickr, CC BY

En 30 ans, le programme Erasmus a vraiment fait ses preuves. En 1987, année de son lancement, environ 3 000 étudiants européens étaient partis en échange. Désormais, ce sont près de 300 000 qui partent chaque année. Et Erasmus+, le programme de la Commission Européenne lancé en France au 1er janvier 2014, a été élargi à tous et vise à favoriser les projets de mobilité et de coopération au-delà des seuls étudiants et surtout au-delà des frontières de l’Europe. Il bénéficie aujourd’hui à 700 000 participants, dont 340 000 dans l’enseignement supérieur.

Un vrai succès

Pour accompagner ce succès, le programme bénéficie de moyens humains et financiers de plus en plus importants : son budget pour la première période (1987-1989) était de 80 millions d’Euros. Il bénéficie pour la programmation 2014-2020 d’un budget de 14,7 milliards d’Euros.

Toute réussite doit nous inciter à nous interroger sur les pratiques existantes afin de les réinscrire, les renouveler, et aider à façonner de nouveaux succès. Les clés d’un tel succès sont de nos jours parfaitement détaillées aussi bien par le Ministère (MENESR), par l’Agence Erasmus+ France Education Formation et son Observatoire Erasmus, par la presse, etc.

Ce qu’on y apprend, ce qu’on en retire

Parmi tous les impacts positifs du programme qui ont déjà été identifiés, attardons nous sur l’un d’entre eux particulièrement important : les compétences retirées d’une participation au programme. Avoir participé au programme Erasmus+ accroît deux compétences transversales majeures : la citoyenneté active (adaptabilité, pensée critique, acceptation des autres, de leur culture et de leurs attitudes) et l’employabilité (résolution des problèmes complexes, assurance, connaissance de ses faiblesses et points forts, esprit de décision, ouverture d’esprit et goût du défi).

Grâce à ces compétences clés développées pendant sa mobilité, un étudiant Erasmus possède entre 20 et 30 % de plus de chances de trouver un emploi qu’un étudiant n’ayant pas bénéficié du programme, selon Elena Tegovska de la Direction générale de la Commission pour l’Education, (Commission relations internationales de la Conférence des Grandes Écoles du 20 janvier 2017). En tenant compte des dernières tendances globales ressenties dans la société depuis les deux dernières programmations Erasmus, quels pourraient être les axes forts de la prochaine programmation 2020-2027 ?

La citoyenneté active

Depuis 2009 l’UE a rappelé les « tensions observables et autres turbulences imprévisibles (appelé « wild cards ») qui pourraient façonner le monde les deux prochaines décennies.

« Les migrants sont mus essentiellement par des raisons économiques ou par l’instabilité politique (réfugiés, demandeurs d’asile). On estime à 64 millions (soit 9 % de la population) le nombre d’immigrés vivant en Europe ».

Adaptabilité, pensée critique, acceptation des autres, de leur culture et de leurs attitudes… voici des compétences transversales en lien avec la citoyenneté active dont l’Europe a et aura certainement besoin.

L’employabilité

L’employabilité a été évoquée avec plus de force. En 2008, l’initiative « Des compétences nouvelles pour des emplois nouveaux » _(réalisée dans le cadre de la stratégie _« Europe 2020 » qui vise à assurer une croissance intelligente,durable et inclusive) a présenté une première évaluation des besoins futurs en matière de compétences et d’emplois.

L’un des constats de cette initiative est qu’il fallait mieux faire coïncider les futurs besoins du marché du travail et les connaissances, compétences et aptitudes acquises en formation. Et ce d’autant plus que d’autres sujets de préoccupation (tels que la crise économique, la hausse du chômage et la baisse de la compétitivité) mettaient en relief la nécessité de former de futurs employés dans le cadre d’une stratégie de développement « qualitative » du capital humain : la crise économique globale entraînant un taux élevé de chômage, spécialement parmi les jeunes.

La double contrainte

Le besoin des compétences nouvelles émergentes pour faire face à la crise économique a été également relevé hors Europe par le rapport Future Work Skills 2020. Le rapport évoque que c’est vers les « qualités humaines » que s’orientent les professions et met en avant les compétences propres à l’homme : sa réflexion et son aptitude relationnelle. En 2011 dans son discours au « Forum économique mondial » de Davos, Jeffrey Joerres, PDG de Manpower Group, nous faisait part d’un ressenti identique en évoquant « l’ère des talents » : une ère où les qualités humaines seraient le premier facteur de croissance économique et de création d’emploi. D’après lui, le « talent » serait le catalyseur du changement et le moteur du monde en termes à la fois économiques, politiques et sociaux.

En 2012, l’OCDE constatait que la crise économique globale, qui entraînait entre autres un taux élevé de chômage spécialement parmi les jeunes, pouvait être atténuée à condition que la formation aux compétences transversales soit mieux adaptée aux besoins du marché du travail. En 2013, l’ESCO repérait un taux de chômage élevé et constatait que le besoin d’acquérir des compétences en lien avec le marché du travail restait « un défi majeur pour l’Europe ».

Enfin, le dernier rapport Cedefop (Centre Européen pour le Développement de la Formation Professionnelle) de 2016 souligne toujours les mêmes deux défis auxquels l’Europe devra continuer à faire face mais mis, cette fois-ci, « en miroir » : réduire le chômage tout en gérant la crise migratoire (« _The […] focus is now on reducing unemployment while facing a migration crisis _ »).

Nous avons dit que le programme Erasmus a identifié deux axes d’impact fort à travers les compétences acquises lors des mobilités : l’employabilité et la citoyenneté active. Nous savons que les deux sont liés aux défis européens d’aujourd’hui et à ceux qui nous attendent dans la prochaine décennie.

En 2017, nous fêtons les 30 ans d’Erasmus dans un contexte politique et économique qui questionne notre identité européenne, déstabilise nos vieux schémas et bouscule les repères que les Européens ont mis tant de temps à construire. La future programmation Erasmus devra travailler sur ces deux champs de réflexion rarement mis, jusqu’à maintenant, aussi clairement en dialogue.

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