Exposition/expédition en Chine

Une région étoilée dans le Grand Nuage de Magellan. ESA/Hubble, CC BY-SA

Au commencement, l’espace-temps est en tempête. Les caravelles altières de la cosmologie sont perdues dans la brume du temps. 10 puissance 43 secondes plus tard, le temps se calme et s’engage la procession cosmologique et la formation des galaxies dans un espace qui s’écartèle.

La spirale barrée est la galaxie, le point, le Soleil. Nous ne sommes même pas au centre de notre système d’étoiles. Author provided

Sur la terrasse du musée Power Station of Art de Shanghaï, 13,8 milliards d’années après, parmi tous les drapeaux du monde artistique éventés à l’insistance de Christian Boltanski, flotte une galaxie stylisée, qui par sa présence est censée racheter l’amnésie cosmique de l’humanité.

L’univers gémit de se voir séparé en individus. L’art a été inventé pour le consoler. Et ses temples sont toujours pleins : Power Station of Art à Shanghaï et Fondation Cartier pour l’art contemporain, sous l’égide de Gong Yan et Hervé Chandès.

Les institutions artistiques sont un bonheur pour la science rêveuse.

« Lorsqu’il fait grand jour, les mathématiciens vérifient leurs équations et leurs preuves, retournant chaque pierre dans leur quête de rigueur. Mais quand vient la nuit, flottant parmi les étoiles et s’émerveillant au miracle des cieux, c’est là qu’ils sont inspirés. Il n’y a sans rêve ni art, ni mathématique ni vie ». (Sir Michael Atiyah)

Elles permettent que la mer du dehors rejoigne le ciel du dedans.

L’astrophysicien présente ses respects au marin :

« Sans le savoir nous labourons la poussière des étoiles qui nous a été apportée par le vent et buvons l’univers dans une goutte d’eau de pluie, car H2O serre dans sa petite main l’hydrogène cendre de l’explosion originelle appelée big-bang et l’oxygène exhalé par les étoiles explosives, dites supernovæ. »

Les étoiles sont les mères des atomes et les nuages entre elles (interstellaires) leurs pères ou mères ; je n’ai jamais su discerner le sexe des nuages. Les nuages accouchent de lignées d’étoiles qui font banc de poissons, galaxies. Le nuage est donc notre grand-père. Quel est son antécédent ? Le nuage descend de la lumière, qui s’est en quelque sorte incarnée. Mais dans notre genèse la lumière n’est pas première. Elle est précédée par le Vide, faux vide car plein d’énergie que caressent les physiciens quantiques. La lumière est fille du vide.

Le drapeau qui porte le nom de Franz Kafka s’appelle en réalité l’étoile du berger. Celle qui plane dans le ciel contradictoire de la Chine nouvelle. Jean Michel Alberola

Quelle est cette mer dont la lumière est le rivage ? Quel est ce temps où il n’y a personne ? Les choses singulières, vous, les étoiles et moi sont promises au déclin, un immense atelier les reconstruit. Pourquoi ?

Courage matelot devant le temps zéro et le ciel en tempête créatrice. N’ayez pas peur. Ne vous laissez pas effrayer par le silence éternel des espaces infinis. Assourdissez Pascals. Attendrissez les infinis. Jouissez du vacarme sporadique des cabines de bateau et maintenez en fleur le cœur de la recherche en mer et ciel. Soyez patients soyez harengs.

Démonstration est faite : toute clarté se paie d’un mystère et vive l’eau qui nous lave et nous rend beaux !

Sur notre île paradisiaque, lancée dans le cosmos, cette eau est pourtant presque exclusivement salée, seule une infime proportion s’échappe de l’Océan en vapeur, pluie, neige et glace pour effectivement faire de nous de beaux vivants…

Je lis ce matin que l’on a tracé une carte du cosmos contenant 1,6 milliard d’objets cosmiques, j’aimerais pouvoir en dire autant de notre bel Océan, ce bel inconnu. Au hasard d’une rencontre sur une terrasse d’un musée en Chine, nous voilà en train de débattre de l’infiniment grand du cosmos versus l’infiniment petit plancton à la dérive dans l’Océan. Deux infinis tout aussi foisonnants, sans cesse redécouverts, surprenants souvent, toujours imprévisibles. Deux complexités, l’une physique de cet espace-temps dit infini, l’autre biologique de ce qu’on appelle la vie semblant pouvoir évoluer à l’infini aussi.

Aujourd’hui, les expéditions scientifiques océaniques Tara avec à leur bord scientifiques et artistes tentent de réconcilier la Science et l’Art, là où la Fondation Cartier excelle à réconcilier l’Art et la Science.

L’Artiste et le Scientifique, le Scientifique et l’Artiste, où commence l’un où finit l’autre ?

Scanner d’une feuille d’Aucuba japonicus qui est pour l’artiste la forme du végétal et du sidéral. Marc Couturier

Jadis, ils ne faisaient qu’un… curiosité, créativité, sensibilité d’une seule et même personne… « Inventer, c’est penser à côté » dit Einstein. C’est créer toujours.

Sur notre terrasse, bien qu’attablés avec 100 autres convives, nous voilà donc à divaguer dans le Temps, l’Océan et l’Espace. Connaîtrons-nous un jour le Cosmos, connaîtrons-nous un jour la Vie sur Terre dans son intimité… peu importe le but, seul compte le chemin disait l’autre.

En avant, et trinquons en buvant cette goutte d’univers, passée par la Bourgogne !