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Flexi-sécurité : le territoire comme maille pertinente

Compte tenu des spécificités françaises, c'est au niveau du territoire qu'il faut envisager la flexisécurité (ici Dunkerque) STINFLIN Pascal via Visualhunt.com , CC BY-NC-SA

Flexi-sécurité : le territoire comme maille pertinente

Avec les ordonnances « Loi Travail », le débat repart de plus belle, entre les « pro » et les « anti » flexi-sécurité. Mais celle-ci (qui revient en grâce après avoir été précautionneusement écartée pendant les cinq dernières années) n’est que la partie émergée de l’iceberg.

Il semble primordial de s’interroger sur le niveau pertinent auquel doivent être examinées ces questions dans notre pays, en rappelant quelques éléments de contexte, majeurs pour mieux comprendre la situation.

Le modèle : la flexi-sécurité danoise

L’exemple danois est régulièrement mis en avant pour vanter les mérites d’une flexi-sécurité quasi parfaite, dont il conviendrait de s’inspirer pour « inventer » son équivalent français.

Construite sur une grande fluidité du marché du travail, elle se traduit, d’une part (côté « flexi »), par une législation du travail relativement peu développée (il n’y a par exemple pas de salaire minimum) compensée par la place incontournable des partenaires sociaux (avec un taux de syndicalisation de 80 %). D’autre part (côté « sécurité »), le taux de chômage maîtrisé à 6,2 % (qui n’est pas le plus bas parmi les pays européens, contrairement à une idée reçue) s’explique grâce à une forte rotation des emplois et une dotation généreuse des politiques, dites « actives », du marché du travail (plus de 1,8 % du PIB).

Le premier point de vigilance, évident, est que le Danemark n’est pas la France. Tout, ou presque, y diffère : géographie, économie, culture, civilisation…

Le salariat, une norme qui se transforme

Depuis la seconde moitié du XIXe siècle, c’est pour et avec le salariat que s’est construit le code du travail. Si en 2017 la norme conceptuelle du salariat reste le CDI à temps plein, dans la pratique, les formes de travail évoluent largement.

Ainsi, qui visons-nous avec la sécurisation des « salariés » ? Ceux qui sont déjà en poste, en CDI ? Ceux qui sont demandeurs d’emploi de longue durée ? Ceux qui n’entrent pas dans les statistiques du chômage parce qu’enchaînant des petits emplois précaires ? Différentes analyses économiques, notamment celle des marchés transitionnels du travail, montrent une segmentation de plus en plus marquée de la population active, selon qu’elle occupe (ou non) un emploi et le statut de ce dernier.

Ajoutons à cela les enjeux liés à la révolution numérique en cours qui transforme non seulement le contenu même du travail mais accentue la porosité croissante des sphères professionnelle et privée, sans oublier les craintes de destruction d’emplois liées à la robotisation… On comprendra que le chantier « emploi » ne fait que commencer…

En France, beaucoup de PME et des salariés peu mobiles

Dans les débats autour de la Loi Travail, l’omniprésence du Medef, relayée par les journalistes et attisant l’hostilité des syndicats de salariés, occulte la réalité de notre tissu économique : les PME et TPE sont au nombre de 3,7 millions, soit 99,9 % des entreprises françaises, pour 46,2 % de l’emploi salarié.

Or il y a bel et bien une spécificité PME, caractérisée par un mix de proximité, avec un dirigeant aux multiples casquettes, généralement aussi propriétaire de son entreprise, sur le terrain avec ses salariés et ses clients, sur un marché souvent local (selon, bien évidemment, l’activité) et dans un horizon de court terme.

Quant aux salariés, dans les grands groupes comme dans les PME, ils s’avèrent relativement peu mobiles géographiquement, puisque seulement 2 % des salariés déménagent chaque année pour des raisons professionnelles.

La bonne maille : le territoire

Tous ces facteurs – un « modèle » danois très éloigné de notre réalité française ; un salariat qui se transforme ; un tissu économique de PME et une faible mobilité géographique des salariés – nous incitent à considérer la notion de territoire avec une attention renouvelée.

En effet, les entreprises, notamment les PME, sont capables d’imaginer des solutions viables qui concilient intelligemment flexibilité et sécurité. La flexibilité concerne évidemment l’entreprise, qui veut – et doit – rester adaptable dans un environnement économique toujours plus compétitif et incertain ; mais elle concerne aussi les salariés, qui, souvent, seraient en attente d’une organisation de travail plus flexible (par exemple horaires aménagés ou télétravail).

Inversement, les deux parties sont demandeuses de sécurité : les salariés, qui souhaitent bénéficier d’un contrat stable à temps plein ; mais aussi les entreprises, qui veulent fidéliser leur main-d’œuvre et disposer des compétences adéquates à l’instant t.

À travers une étude sur les pratiques spontanées de flexi-sécurité entre petites et moyennes organisations sur un territoire, une condition majeure apparaît : celle d’une proximité géographique (sur un périmètre spatial restreint d’une trentaine de kilomètres) doublée d’une proximité organisée, véritable coopération faite de confiance et de solidarité au sein du réseau d’entreprises ainsi constitué, mais aussi entre entreprises et salariés, et même entre salariés.

Le territoire apparaît ainsi comme une maille pertinente pour penser les questions d’emploi : loin d’un simple découpage administratif, il se traduit certes par un espace géographique, mais aussi et surtout par, d’une part, une dimension symbolique basée sur les représentations (« l’espace vécu »), ainsi que, d’autre part, ses acteurs, individuels et collectifs, qui le constituent, agissent et interagissent en son sein.

Dépassons le faux débat d’une flexi-sécurité opposant employeurs et salariés, pour réfléchir, sur un territoire donné, à des actions collectives bénéfiques à tous.

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