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Grève SNCF, opinion publique et lutte 2.0 : près d’un million d’euros selon… la cagnotte !

Défense d'afficher. Alain Bachellier/Flickr, CC BY-NC-SA

« Nous partîmes 500 ; mais par un prompt renfort, nous nous vîmes 3 000 en arrivant au port. »

Alors que la grève à la SNCF perdure et se traduit comme lors de tout conflit social par des manifestations, en mars 2018 un collectif d’une vingtaine de médias avait créé une méthode indépendante pour compter les manifestants.

L’initiative est louable. Depuis de nombreuses années, lors de manifestations, l’écart entre les chiffres communiqués par la police et par les organisateurs était devenu grotesque. Aujourd’hui encore, la plupart des analyses sur la détermination et la mobilisation des acteurs concernés et de leur soutien est lié au comptage des manifestants.

Gagner la bataille de l’opinion publique à l’heure d’Internet

L’opinion publique est dans ce type de conflit un arbitre. Quel que soit le camp, il s’agit de gagner la bataille de l’opinion. Aux marqueurs quantitatifs viennent alors s’ajouter d’innombrables sondages. Certains sont réalisés dans les règles de l’art, d’autres sont réalisés en ligne sur les sites de nombreux médias :

Je vous laisse le soin d’en extraire du sens.

Ces « sondages » – sans valeur scientifique – sont diffusés sur les réseaux sociaux, chacun ayant tendance à relayer ceux qui confortent sa propre opinion. Quant à en tirer des conclusions sur l’opinion publique française… pourquoi pas ?

Les signaux forts qui sont passés sous silence

Dans le conflit social touchant la SNCF, se fonder sur le quantitatif de manifestants, sur les sondages d’opinion divers, est-ce que cela est nécessaire et suffisant pour savoir ce que pense véritablement une opinion publique ?

La rue était avant l’Internet le seul lieu de protestation populaire. Elle ne l’est plus. De nombreux citoyens n’ont pas la « culture de la rue ». Ne l’a-t-on pas constaté récemment ? Pour ce qui est de #DeleteFacebook avez-vous vu des centaines de milliers d’usagers scandalisés défiler dans les rues ?

La Lutte 2.0 SNCF : de la communication et des faits

Dès le début du conflit, une bataille sur les réseaux sociaux s’est engagée entre le camp des soutiens à la grève et celui des opposants. L’appropriation sur Twitter du Hashtag #TeamSNCF – habituellement utilisé par les services de communication de la SNCF – a ainsi permis aux grévistes et à leurs sympathisants de communiquer en brouillant la communication de crise de la direction.

Rapidement #JeSoutiensLesCheminots et des variantes sont venus en appui. #JeNeSoutiensPasLesCheminots a fait office de contre-attaque. Dans cette guérilla des hashtags les cheminots ont rapidement pris l’avantage. Vous pouvez, si vous le souhaitez, testez les choses par vous-mêmes avec l’outil TweetReach. Toutefois cette confrontation sur les réseaux sociaux qui sont des territoires de communication et d’influence incontournables n’apporte pas un éclairage sur le sentiment de l’opinion publique : le quantitatif de pour et de contre n’est pas mirobolant, la représentativité indémontrable.

A contrario, dans la lutte 2.0 engagée) la cagnotte de soutien aux cheminots – une initiative de type slacktiviste – n’interroge-t-elle pas ? Qui donne et pourquoi ? N’est-elle pas en mesure de donner des éléments de compréhension plus tangibles ?

Aujourd’hui, la cagnotte des cheminots mise en place à l’initiative des quatre organisations syndicales représentatives (CGT, Unsa, SUD Rail et CFDT et d’une série d’intellectuels emmenés par le sociologue Jean‑Marc Salmon, se rapproche du million d’euros

Cette cagnotte n’est-elle pas un marqueur social à prendre en compte dans l’analyse de la relation qu’entretiennent les Français avec ce conflit ?

Identifier, intégrer dans l’analyse d’une opinion publique certains signaux forts émanant d’Internet est indispensable pour les médias ! Il ne peuvent plus se contenter d’observer la rue et les sondages traditionnels, la population française s’exprime désormais de façon multiforme.

« Semaine épouvantable : pas un seul sondage d’opinion. Tant pis, nous essaierons de deviner tout seuls nos propres intentions. » André Frossard.

À suivre

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