Harcèlement scolaire : l’approche française (2)

La ministre de l'éducation, Najat Vallaud Belkacem, a lancé le jeudi 29 octobre une nouvelle campagne contre le harcèlement scolaire. Guillaume Souvant / AFP

Extraits de l’ouvrage « Le Harcèlement scolaire » aux Presses Universitaires de France, collection « Que sais-je ? », novembre 2015

La plupart des études actuelles classent le harcèlement parmi les violences scolaires, facilité dangereuse, qui tend à l’assimiler à une réelle attaque dirigée contre les valeurs de l’école, à un refus de l’autorité et des contraintes.

En revanche, considérer plutôt le harcèlement – phénomène dont les critères sont bien spécifiques par rapport à la violence en général – comme un échec de la dynamique de groupe nous mettra sur la voie de solutions plus nombreuses et plus variées, voie au terme de laquelle il sera possible non seulement d’envisager des moyens de sanctionner et de réprimer le harcèlement scolaire, mais aussi d’aider à réguler à la fois les relations au sein d’un groupe et les émotions d’enfants ou d’adolescents encore immatures sur le plan cognitif et émotionnel.

En outre, à supposer, comme nous le croyons, que le harcèlement est effectivement un écueil de la socialisation, il convient dès lors de se demander en quoi et pourquoi, dans ce cas, vivre ensemble paraît impossible.

Prévention

C’est à l’aune de cette approche que des actions de prévention pourront être engagées afin de compléter les dispositifs actuels de l’Éducation nationale, qui, pour leur part, privilégient la lutte contre les violences et l’insécurité, problèmes dont on sait combien les origines (individuelles, sociales, pédagogiques, etc.) sont diverses.

Nous formulons l’hypothèse que, si des dispositifs de prévention du harcèlement étaient mis en œuvre à l’école, ils pourraient constituer une véritable chance d’initier les jeunes à la démocratie. Comment partager l’espace public tout en respectant chacun ? Comment apprendre à accepter les différences ? En quoi est‐il important de confronter son point de vue à celui d’autrui ? Autant de questions que posent les problèmes liés au harcèlement scolaire et qui sont pourtant au cœur de la citoyenneté.

Plans de lutte

Si l’École n’a plus le monopole de la diffusion du savoir, largement concurrencée qu’elle est par les médias en tout genre alors même que savoir et information ne se confondent pas, elle reste seule à pouvoir assurer une mission de socialisation à nulle autre pareille.

Voici donc posés quelques éléments qui expliquent pourquoi la France a tant tardé avant de reconnaître le harcèlement scolaire. Elle est en passe de rattraper son retard : en quatre ans, trois plans de lutte ont vu le jour.

Le premier a été réalisé en mai 2011 par Luc Chatel, alors ministre de l’Éducation nationale de Nicolas Sarkozy, à la suite des premières assises sur le harcèlement, qui se sont tenues en mai 2011. Une première campagne de sensibilisation a donc été lancée, y compris dans les médias.

La deuxième campagne a été engagée par Vincent Peillon, ministre de l’Éducation nationale de François Hollande en novembre 2013, et la troisième au printemps 2015 par Najat Vallaud‐Belkacem, autre ministre de l’Éducation nationale de François Hollande.

Ces campagnes ont toutes été largement relayées par les médias. Des spots et des émissions consacrées à ce sujet ont été diffusés sur les chaînes de télévision nationale. Sur le terrain, les personnels de l’Éducation nationale ont pu bénéficier d’informations et de formations adaptées.

Il est encore trop tôt pour juger de l’efficacité de ces plans, mais de telles actions menées ou poursuivies par des gouvernements de bord politique opposé montrent que les dirigeants français s’intéressent de près au problème. L’école, ils le savent, ne doit plus être ce lieu anxiogène que beaucoup dénoncent, non sans raison.

Outils nationaux et locaux

Pour l’heure, la France est l’un des rares pays à s’être dotés d’outils nationaux et locaux pour mesurer le « climat scolaire ». La première enquête a porté sur l’école primaire et a été publiée en 2010 ; la seconde, sur le collège, date de 2011 et la troisième, sur les lycées, a débuté en mars 2014.

En novembre 2012, une mission de prévention et de lutte contre les violences en milieu scolaire, dirigée par Éric Debarbieux, a réuni le ministère de l’Éducation nationale et celui de la Justice. C’est cette enquête, réalisée à la demande de l’Unicef, qui a donné lieu à son rapport « À l’école, des enfants heureux … enfin presque », remis au ministre de l’Éducation nationale Luc Chatel, et qui est à l’origine des premières assises sur la prévention du harcèlement. Mobilisant une équipe de dix personnes et un conseil scientifique, elle s’est donnée pour but de promouvoir la recherche, mais aussi des actions sur le terrain.

« Le Harcèlement scolaire », Nicole Catheline, Presses Universitaires de France, collection « Que sais-je? », novembre 2015. Les intertitres dans cet article sont de la rédaction.

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