Hommage à l’Histoire naturelle, et surtout aux insectes (1)

Greg Lamarre près d'un piège lumineux en Guyane Française. Vincent Vedel, Author provided

En quelques milliers d’années, notre cerveau est devenu un formidable outil fonctionnel, créatif et performant. D’un côté, notre intelligence nous a permis de bénéficier d’innovations technologiques de plus en plus complexes et spécifiques (génétique, robotique, intelligence artificielle, aérospatial, physique-chimie, médecine…). Nous vivons avec notre temps, connectés, et tout va normalement plus vite. De l’autre, nous sommes de moins en moins connectés à la nature, à notre habitat ou à notre environnement ce qui explique en partie notre manque de connaissances (générales) sur l’Histoire naturelle du vivant.

Les disciplines scientifiques liées à l’étude de la diversité du vivant – la biodiversité – ne sont plus à la mode, et d’une manière générale peu financées. Les muséums d’histoire naturelle en sont aujourd’hui de tristes exemples malgré leur importance cruciale pour l’humanité. Les collections qui s’y trouvent représentent en effet le miroir éternel du vivant, elles contribuent à notre compréhension de l’origine et de la distribution des organismes sur terre. Notons cependant qu’un terreau fertile en réseaux de naturalistes existe, complétés par des associations et des amateurs. Ceux-ci travaillent souvent en étroite collaboration avec les instances scientifiques et académiques.

Ici, nous souhaitons rendre hommage à l’histoire naturelle. Et tout d’abord, proposer des gestes simples : sortir dans la nature, ralentir, contempler, s’immobiliser, observer afin de mieux comprendre l’importance cruciale de nos écosystèmes terrestres et marins habités par une myriade d’organismes en interaction.

Environ 75 % de la biodiversité terrestre est soutenue par un système complexe d’interactions entre les plantes (dite hôtes), les insectes herbivores et leurs prédateurs associés (souvent d’autres arthropodes). Les insectes sont centraux dans le monde vivant : à ce jour, les scientifiques ont inventorié, enregistré et apposé un nom d’espèce en latin sur environ 1,1 million de leurs espèces. On en estime pourtant entre 6 et 7 millions. Les connaissances restent donc à ce jour sommaire. Voici quelques exemples qui illustrent l’importance d’accroître nos connaissances de l’histoire naturelle de l’organisme vivant le plus diversifié de la planète.

L’importance des insectes pour l’environnement

Tout d’abord, il faut comprendre que les insectes et leurs plantes-hôtes coexistent et interagissent dans une course co-évolutive « à l’armement » depuis plusieurs millions d’années (sans oublier le niveau supérieur, les prédateurs). Les insectes sont donc à l’origine de nombreuses composantes de la diversité biologique telle que nous la connaissons aujourd’hui. Quand on regarde et observe attentivement, les insectes présentent des fonctions primordiales au maintien de la diversité biologique des écosystèmes (c’est-à-dire, ce que l’on appelle des services « écosystémiques » : herbivorie, prédation, compétition, décomposition et pollinisation…).

Ceci n'est pas un serpent… mais une chenille. Idée pour se protéger des prédateurs : leur ressembler. Vincent Premel/Librairie des Chenilles de Guyane, Author provided

Si nous retirons les insectes décomposeurs et détritivores de notre environnement, le sol sera envahi de cadavres et jonché de matière organique qui, très lentement, se décomposera dans nos jardins et nos forêts. Le rôle des insectes dans la pollinisation a permis à certaines plantes à fleurs d’évoluer vers des couleurs vives aux formes rocambolesques et vers des stratégies de reproduction aussi diverses que variées. Certains insectes pollinisent une grande majorité de nos cultures (beaucoup sont des abeilles sauvages) tandis que d’autres les ravagent. Au final, les insectes prédateurs et parasitoïdes régulent ces populations d’herbivores. À l’heure où nos pratiques agricoles évoluent vers l’agro-écologie, une meilleure connaissance des invertébrés (et de leur histoire naturelle) permettra de mieux envisager des pratiques durables des agroécosystèmes (c’est-à-dire une meilleure compréhension du fonctionnement de nos sols pour favoriser leurs activités biologiques).

Enfin, les interactions entre les insectes herbivores et leurs plantes-hôtes, sous constante pression, sont l’une des principales forces favorisant la diversité des arbres des forêts tropicales humides.

Les ocelles de ce Saturniidae sont perçues comme des yeux par les prédateurs. Stéphane Brûlé, Author provided

L’entomologie pour l’éducation

Il est somme toute normal que les nombreux rôles des insectes dans les écosystèmes restent un peu abstraits à appréhender. Pour un large public, ce manque de connaissance peut être comblé par des initiatives personnelles, collectives et par l’éducation à l’environnement (si possible dès le plus jeune âge). Le domaine de l’entomologie est vaste, exploratoire et séculaire. Son enseignement l’est tout autant. L’étendue des attributs fonctionnels, de formes, de couleurs et de textures chez les insectes peut s’inscrire dans de nombreuses méthodes et outils pédagogiques.

Une planche dessinée d’insectes nuisibles aux récoltes, au XIXᵉ siècle en Angleterre. Wikipédia

Une fois encore, l’histoire naturelle pousse aux sorties sur le terrain, pour amener les étudiants à comprendre et à entrevoir le rôle des insectes dans le fonctionnement des écosystèmes et leur place incontournable dans la biodiversité terrestre. Il s’agit de proposer différentes étapes d’un projet scientifique, de l’observation, la collecte sur le terrain à la description des insectes collectés (photo, film ou dessin). Ce modèle d’éducation permet une compréhension de base de l’écologie des écosystèmes environnants pour les populations locales. Déduire l’identité (la taxonomie) et entrevoir les fonctions (l’écologie) des diverses communautés d’insectes a pour objectif de mieux comprendre le fonctionnement des écosystèmes afin de mieux les conserver.

Dans un second article, nous poursuivrons notre éloge des insectes et de leur histoire naturelle, et nous verrons comment ils peuvent nous nourrir… à tous les sens du terme !

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