Notre arsenal d’antibiotiques, jusqu’à présent efficace pour traiter la plupart des infections, devient inefficace face à certaines bactéries. D'ci 30 ans, ces infections pourraient tuer dix millions de personnes par an. shutterstock

Il faut revenir aux antibiotiques… intelligemment!

On prend leur efficacité pour acquise, et pourtant…

Depuis la découverte de la pénicilline par Alexander Fleming en 1928, d’autres antibiotiques sont venus renforcer notre arsenal pour combattre les infections. Pendant ce temps, les bactéries ont développé des mécanismes pour contrer l’action de nos antibiotiques. Fleming avait d'ailleurs, dès le départ, attiré l’attention sur ce risque de voir survenir des infections résistantes aux antibiotiques en cas d’utilisation excessive.

Malheureusement nous n’en avons pas tenu compte.

Et pendant ce temps, depuis plusieurs années, les industries se sont détournées de cette classe thérapeutique pour s’orienter vers d'autres beaucoup plus lucratives (oncologie, neurologie).

La menace est donc réelle: les bactéries et les antibiotiques sont de nouveau sur le devant de la scène. Pourquoi ? Tout simplement parce que notre arsenal d’antibiotiques jusqu’à présent efficace pour traiter la plupart des infections devient inefficace face à certaines bactéries. À l'horizon 2050, on pourrait atteindre dix millions de morts par an -les infections deviendraient la cause de décès numéro un devant le cancer et le diabète réunis- si rien n’est fait selon un rapport remis au gouvernement britannique en 2014.

Sensibiliser les patients

Cette situation est notamment due à une utilisation massive des antibiotiques tel que l’amoxicilline – que la majorité d’entre nous connaissent- pour traiter un simple rhume ! Ou bien l’utilisation de doses sub-thérapeutiques de manière répétée. Nous sommes aujourd’hui face à une menace importante pour la santé humaine, selon une déclaration des Nations Unies en 2016. Et un plan d’action mondial pour combattre la résistance aux antimicrobiens, y compris les antibiotiques, a été adopté en 2015 par l’Assemblée mondiale de la Santé.

L’utilisation d’un antibiotique pour traiter une infection virale est inutile. Il faut sensibiliser les patients. Shutterstock

Ce plan d’action mondial définit cinq objectifs stratégiques dont l’optimisation de l’usage des antimicrobiens. En effet, il est nécessaire d’expliquer que l’utilisation d’un antibiotique pour traiter une infection virale est inutile et de sensibiliser les patients. C’est l’objectif de la Semaine Mondiale du Bon Usage des Antibiotiques, qui tenait sa quatrième édition récemment. Elle a été développée à cette fin: rationaliser l’utilisation des antibiotiques afin de répondre à la problématique d’émergence de résistance aux antimicrobiens.

Cela est une première étape dans l’optimisation de l’utilisation des antibiotiques. La seconde étape est d’utiliser le bon antibiotique à la bonne dose notamment dans les populations vulnérables présentant des infections sévères pour lesquelles le traitement engage le pronostic vital. Ces populations vulnérables sont les patients qui ne sont pas étudiées lors des essais cliniques, les nouveau-nés, les enfants, les patients hospitalisés en soins intensifs, les patients obèses, les patients âgés…

En effet, depuis plusieurs années la recherche a montré que certains médicaments ne se comportaient pas de la même manière chez tous les individus –la pharmacocinétique des médicaments peut être modifiée selon les caractéristiques anatomiques, physiologiques et pathologiques des patients. Ces différences peuvent ne pas avoir d’impact sur la réponse au traitement et donc ne pas justifier d’adaptation de posologies.

Mais ce n’est pas le cas pour un grand nombre d’antibiotiques.

Une médecine de précision

Autre élément important avec les antibiotiques: on est capable de connaître quelle est la quantité de médicament qui doit être dans l’organisme –la concentration- pour être efficace, c’est-à-dire tuer la bactérie responsable de l’infection. Les recherches actuelles montrent l’intérêt de développer le suivi thérapeutique pharmacologique – la quantification des concentrations des médicaments dans le sang, l'interprétation pharmacologique et l'orientation thérapeutique- pour adapter les doses de médicaments à chaque individu.

Avec l’aide de modèles mathématiques, on est capable de décrire et prédire l’évolution des concentrations ainsi que les effets au traitement en fonction des caractéristiques des patients. Cela permet ainsi d’optimiser et d’individualiser les traitements. Ces techniques sont à la base de la médecine personnalisée (ou de précision), notamment dans le domaine de l’oncologie. Elles doivent maintenant être étendues à d’autres classes thérapeutiques.

Gros plan sur une bactérie résistante aux antibiotiques. Shutterstock

À l’heure actuelle, seulement quelques antibiotiques bénéficient du suivi thérapeutique pharmacologique à l’hôpital. Et il s'agit uniquement de la quantification des concentrations des médicaments dans le sang. De plus, pour la plupart, ce suivi est fait uniquement dans le cadre de la surveillance des effets indésirables.

À l'ère de la médecine de précision et de l'émergence de la résistance aux antimicrobiens, le suivi thérapeutique pharmacologique devient un élément essentiel dans la prise en charge du traitement des infections dans les populations vulnérables. Associé à des modèles mathématiques, le suivi thérapeutique pharmacologique permettra une optimisation et une individualisation des traitements antibiotiques.

C'est la médecine de précision pour tous !