Il ne doit pas y avoir d’oubliés dans la transition vers une économie durable

Des femmes transportant des bidons d’eau à Secunda, en Afrique du Sud. Au fond, une usine de transformation du charbon en carburant. Mujahid Safodien/AFP

Les conséquences de la dégradation de l’environnement et du changement climatique ne se constatent pas qu’au niveau local. Il en est de même pour les effets de la pauvreté, de l’injustice et de la vulnérabilité, qui ne se limitent pas aux frontières nationales. Ceci constitue une prise de conscience récente.

Alors que la dégradation, la pauvreté et la vulnérabilité sont une constante de l’histoire des hommes, nous avons récemment décidé collectivement pour la première fois de nous en saisir et de ne laisser personne sur le bord du chemin.

2015, une année décisive

L’année passée a été très positive sur le plan des engagements de la communauté internationale pour le climat, la sécurité alimentaire, la réduction des inégalités et l’accès de tous à l’énergie, l’éducation, la santé et la protection sociale. Maintenant, pour mettre en œuvre ce programme de transformation, nous devons accélérer l’action au niveau national. Mais nous commençons également à nous demander dans quelle mesure la communauté internationale peut apporter une réponse commune aux populations les plus vulnérables, en complément des actions engagées par les gouvernements nationaux vis-à-vis de leurs concitoyens.

La transition vers des économies et des sociétés durables ne pourra se faire sans fondement robuste et équitable. La prise en compte des plus vulnérables – y compris de ceux qui sont vulnérables aux effets de la transition elle-même – est un objectif en soi, un impératif moral. C’est aussi une condition nécessaire pour atteindre des sociétés et des économies bas carbone et résilientes, capables d’apporter la prospérité pour tous au sein des limites planétaires.

Pour répondre aux besoins des plus vulnérables, nous ne pouvons pas nous reposer seulement sur les technologies, les innovations ou les marchés. Les gouvernements ont l’opportunité de guider au mieux le changement, en définissant des stratégies pour accompagner les plus vulnérables, en anticipant leurs besoins.

Délicate reconversion

Nous devons porter attention à ceux qui seront touchés par la transition vers une nouvelle économie, avec les risques de chômage découlant de la reconversion de certaines activités. Le passage d’industries « brunes » à des industries « vertes » va de pair avec la reconversion des territoires où les vieillies industries assurent une grande partie des emplois et de l’activité.

Des mécanismes de soutien au chômage potentiel et aux processus de transition doivent être préparés dans les régions concernées. La définition d’un projet d’avenir pour ces régions et le réinvestissement dans celui-ci constitue pour les gouvernements un défi important et de première priorité. Cette reconversion demeure une tâche difficile ; même les pays riches engagés dans leur transition énergétique rencontrent des difficultés. Des solutions doivent être envisagées, et cela passe par l’implication de tous les acteurs locaux.

« Sauvez la mine ! Sauvez les emplois ! » Des mineurs espagnols manifestent dans les rues de Leon, en mai 2015, pour protester contre la baisse des aides publiques au secteur du charbon. Cesar Manso/AFP

De plus, l’impact des instruments de politique environnementale sur l’équité sociale est de plus en plus discuté. Cela vaut pour les taxes environnementales, mais aussi pour les choix en matière d’accès aux bénéfices des services environnementaux et à la distribution des coûts associés à leur dégradation.

Les grands barrages hydroélectriques, la pollution de l’air liée aux transports ou aux émissions de l’industrie sont de bons exemples de la différence entre allocation des bénéfices et des coûts. Les pouvoirs publics doivent tenir compte des conflits qui ont eu lieu dans le passé, suscités par la première génération de politiques de développement durable. Certains l’ont déjà fait et introduisent une nouvelle génération de politiques, par exemple accompagner les taxes environnementales de mécanismes de compensation pour les plus pauvres ou d’investissements visant à leur donner accès à des services. Ces expériences et connaissances doivent être partagées entre les pays.

Des crises à gérer globalement

Même avec des mesures d’atténuation, les dégradations environnementales vont bouleverser la vie de millions de personnes, qu’il s’agisse de perturbations et crises soudaines ou de changements graduels et leurs risques associés. Par exemple, même si nous réussissons à limiter l’augmentation moyenne des températures à 2 °C (sur la voie, on peut l’espérer, de 1,5 °C), cela pourrait accroître de 25 % le nombre d’habitants d’Afrique de l’Ouest touchés par des vagues de chaleur, de sécheresse ou des crues.

D’où l’obligation de s’attaquer également aux causes profondes de la vulnérabilité extrême à travers le développement économique et social, ainsi que de mieux anticiper et réagir à ces crises. Puisque l’origine de ces crises est globale, celles-ci devraient être gérées par la communauté internationale.

Certaines initiatives sont encourageantes, par exemple l’objectif global d’adaptation au changement climatique amorcé par l’Accord de Paris, ou le Cadre de Sendai sur la réduction des risques de catastrophes, qui marque un progrès dans les normes de reconstruction post-catastrophe, les systèmes d’alerte précoce et les dispositifs d’assurance.

Un défi politique sans précédent

Mais nous devons renforcer et mieux coordonner ces efforts pour améliorer l’efficacité de la réponse humanitaire, la gestion des migrations internes et internationales et le respect des droits humains des migrants. Encore une fois, de telles initiatives doivent être intégrées dans une perspective complète et anticipative.

Au niveau national et international, la vulnérabilité peut et doit être anticipée. Les réponses doivent être incluses dans les approches politiques. La communauté internationale a la responsabilité de soutenir et de compléter les efforts nationaux. Protéger ceux qui sont les plus vulnérables aux effets négatifs d’une transition positive est un défi politique immense pour les décennies à venir. Apporter une réponse internationale commune en est un encore plus grand.


Michael Zammit Cutajar, ancien Secrétaire exécutif de la Convention-Cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et conseiller de l’Iddri est coauteur de cet article.

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