John Lennon durant le concert sur le toit, le 30 janvier 1969. Ce sera la dernière prestation publique des Beatles. YouTube

Il y a 50 ans, les Beatles donnaient leur dernier concert, sur un toit

Il y a un demi-siècle, George Harrison, John Lennon, Paul McCartney et Ringo Starr ont escaladé les cinq étages d'un immeuble de bureaux, au 3 Savile Row, au centre de Londres, par un après-midi froid, gris et venteux.

Ils se sont ensuite dirigés vers le toit, où ils ont joué un concert inopiné de 42 minutes pour des amis et des employés de l'immeuble qui ont grimpé par les fenêtres et sur les toits adjacents. Une foule se rassemblait régulièrement dans la rue en contrebas.

Il n'y avait aucun moyen de le savoir à l'époque, mais le jeudi 30 janvier 1969 a eu lieu la dernière prestation publique des Beatles. On ne les verra plus jamais jouer ensemble.

Le claviériste américain Billy Preston, qui avait été invité par Harrison à se joindre à eux pour les répétitions une semaine auparavant, les accompagnait tout au long de ce spectacle impromptu.

Le jeu fougueux de Preston a fait lever plusieurs des chansons interprétées ce jour-là sur le toit. Sa participation au concert témoigne également de la manière dont les Beatles s'ouvraient à diverses sources créatives. Cette ouverture les a menés dans de nouvelles directions et elle est à l'origine de leur extraordinaire innovation musicale et artistique.

Les semaines précédant le « Rooftop Concert », comme on l'appelle aujourd'hui, avaient été difficiles pour le groupe : le climat était franchement hostile, les musiciens étaient de plus en plus léthargiques. George Harrison a même quitté le groupe durant quelques jours plus tard.

Pourtant, une fois qu'ils sont montés sur le toit et ont commencé à jouer, la force et la chaleur de leur musique les ont rapidement unis. Ils sont demeurés immensément charismatiques, même si la pluie et les vents - symboliques en quelque sorte - les ont frappés et refroidis.

Le dernier concert des Beatles: janvier 1969.

Ils ont débuté le concert avec deux reprises différentes de « Get Back » et terminé avec la même chanson, entre lesquelles ils ont interprété « Don’t Let Me Down » et « I’ve Got a Feeling » deux fois, et « Dig a Pony » et « One After 909 » une fois.

Il y a eu quelques moments agités, voire risibles, comme lorsque Lennon a fait taire les paroles de « Don’t Let Me Down », ou lorsque Ringo a crié « Hold it », tandis que les trois autres se lançaient dans le premier riff de « Dig a Pony ». Mais ces erreurs n'ont fait qu'accentuer l'unicité de ce moment, son imprévisibilité. Elles apportaient une sorte de soulagement devant la superbe qualité de leurs chansons, de leur musique et de leur voix.

Le solo de piano de Preston

Pourtant, aussi fascinant que cela puisse paraître de les voir et de les entendre jouer ensemble en public pour la dernière fois, il est aussi révélateur de voir et d'écouter Preston, 22 ans, vêtu d'une veste en cuir noir, derrière McCartney, à sa gauche.

Preston était un vieil ami des Beatles. Il les a rencontrés pour la première fois à Hambourg en 1962 alors qu'il était adolescent et qu'ils jouaient tous ensemble au Star Club. « Dès le début, je suis tombé amoureux des Beatles », a-t-il dit plus tard. « J'étais probablement leur premier fan et ami américain ».

Billy Preston derrière McCartney sur la gauche. You Tube/The Beatles

Sur le toit, Preston a fait sa plus grande contribution à « Get Back », où son solo de piano électrique met en valeur la chanson. Sortie en 45 tours quelques mois plus tard, la chanson « Get Back » est créditée du titre « The Beatles with Billy Preston » et s'est classée numéro un des palmarès en Grande-Bretagne, en Australie, en Norvège et en Amérique du Nord.

Aujourd'hui, en plus de son travail avec les Beatles et plus tard, avec les Rolling Stones, Preston est probablement mieux connu comme le co-auteur de la ballade « You Are So Beautiful », qu'il a sorti en 1974, l'année même où Joe Cocker a publié sa version plus lente et beaucoup plus connue.

Dire au revoir au monde entier

La relation de Preston avec les Beatles révèle également quelque chose de fondamental sur le groupe lui-même. Les Beatles ont toujours été avides de nouveauté et ils ont toujours voulu expérimenter. Tout au long de leur carrière, ils ont intégré des influences très disparates à leur musique, avec une énergie et une inventivité étonnantes. Enracinés dans le nord de l'Angleterre, ils ont été formés en Allemagne et profondément influencés par la musique noire américaine.

Une fois qu'ils ont atteint le sommet, ce modèle s'est raffiné à mesure qu'ils réinventaient et transcendaient les frontières culturelles et sociales, sous les yeux ébahis du monde entier.

C'était un groupe occidental fasciné par l'Orient. C'était le groupe grand public le plus populaire au monde, même s'il a adopté la contreculture, l'expérimental et l'avant-garde. Cette quête ouverte et avide d'innovation a permis aux Beatles de transformer la culture populaire et la musique moderne, et de leur insuffler une vitalité et une variété inégalées.

Inviter Preston à les rejoindre sur le toit était typique du groupe et cela profitait à tous. Preston était noir et gay. Il y a 50 ans, ça n'était pas banal, mais ça ne comptait pas pour les Beatles. Preston est clairement à l'aise avec eux, comme ils le sont avec lui.

Les Beatles idolâtraient des musiciens américains plus âgés comme Chuck Berry et Little Richard. Et ils savaient et acceptaient que leur manager récemment décédé, Brian Epstein, était gai. « Brian était un beau garçon », remarqua plus tard Lennon.

Les Beatles se sont dissous seulement 15 mois après le concert sur le toit, mais notre fascination pour eux et pour leur musique ne faiblit pas. L'un de leurs plus grands héritages est la façon dont, depuis le début et jusqu'à la fin, ils ont conservé une éthique qui s'est développée encore plus lorsqu'ils sont devenus célèbres. Elle a toujours alimenté leur remarquables productivité et créativité.

Il y a beaucoup de magie dans ce concert sur le toit : Lennon, McCartney et Harrison chantent une harmonie à trois voix sur le refrain de « Don’t Let Me Let Me Down ». Il est également clair que Preston fait intimement partie de la magie. En ce jour de janvier froid et ennuyeux, Billy Preston a joué un rôle central en les aidant à se surpasser alors qu'ils faisaient leurs adieux au monde.

‘Get Back’ avec Billy Preston, 30 janvier 1969.

This article was originally published in English