Le laboratoire créatif

Le laboratoire créatif

Je suis mon propre psy

pexels photo.

Cette chronique est dans la droite ligne et se nourrit des recherches et rencontres publiées sur mon site Les cahiers de l’imaginaire.


Mais d’abord, de quoi s’agit-il ? D’un outil au service d’une thérapie ? Ou d’une thérapie en soi ?

Le patient doit revêtir un casque de réalité virtuelle, ou viseur de casque. L’objectif est de le plonger dans un environnement immersif qui simule la réalité de la façon la plus réaliste possible, et plus spécifiquement les problèmes de sa vie quotidienne.

Certains psychologues apprécient le fait de pouvoir avoir recours à cette technologie. Son utilisation est simple (une fois le logiciel développé). Et surtout cette technologie leur paraît parfaitement appropriée car, selon eux, tous les problèmes mentaux, in fine, concernent une confrontation avec le monde réel, et c’est justement ce en quoi la réalité virtuelle excelle.

Thérapie d’exposition

Daniel Freeman, professeur de psychologie à l’université d’Oxford, donne l’exemple de la paranoïa. Dans le contexte d’une thérapie assistée par la réalité virtuelle, le patient souffrant de paranoïa est virtuellement propulsé dans une rame de métro, avec tout autour de lui des étrangers qui le fixent des yeux.

Il suffit, toujours selon Freeman, d’une immersion de trente minutes pour que le patient voie son angoisse provoquée par sa paranoïa diminuée de moitié. Pour l’instant, les résultats ne sont que préliminaires. De nombreuses questions demeurent sans réponses : quels sont les effets à long terme d’une telle thérapie ? Ces effets sont-ils durables ? Les projets de recherche doivent se poursuivre.

Un article récent passe en revue les connaissances actuelles en ce qui concerne le traitement des phobies à l’aide de la réalité virtuelle. On y apprend que le recours à la réalité virtuelle n’est pas nouveau. Il date des années 1990. Selon l’étude espagnole, une forme s’avère particulièrement efficace : la thérapie d’exposition. L’étude passe au crible onze projets de recherche, au cours des cinq dernières années, à travers le monde.

Les conclusions de l’étude confirment les résultats positifs de la thérapie d’exposition. La thérapie d’exposition repose sur une base relativement simple : le fait de mettre le patient en contact avec la source de son anxiété diminue celle-ci.

L’approche se revendique d’une branche bien connue de la psychologie : le béhaviorisme. Les origines du béhaviorisme remontent aux années 1950. Une caractéristique distingue toutefois l’approche béhavioriste classique des techniques actuelles : le recours aux derniers développements de la réalité virtuelle. Il est impératif en effet de reconstituer en 3D l’environnement anxiogène. Le patient accepte d’être immergé dans cet environnement virtuel car il sait, malgré sa phobie, qu’il n’est pas en contact avec la réalité, mais seulement avec une représentation de cette réalité. Encore faut-il que celle-ci soit la plus convaincante possible.

L’étude espagnole relève les différents domaines d’application : la phobie sociale, l’agoraphobie, la phobie des petits animaux, l’acrophobie (la peur irrationnelle des hauteurs), ainsi que la peur de voler.

L’étude confirme les effets positifs tout en émettant quelques réserves : le nombre réduit de participants ; l’éventail démographique trop étroit (l’absence d’enfants et de personnes âgées, en dépit du fait qu’il s’agit, dans les deux cas, de populations qui pourraient grandement bénéficier d’une telle thérapie) ; ainsi qu’une attention insuffisante portée aux effets secondaires.

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La thérapie d’exposition par réalité virtuelle a de beaux jours devant elle, grâce, entre autres, à la personnalisation croissante des soins de santé et de la diminution des fonds publics dans ce domaine.

Les développements à prévoir

1. L’intégration croissante de différentes technologies, telles que la réalité virtuelle, les téléphones intelligents (leur puissance accrue permet d’embarquer des applications de plus en plus exigeantes en termes de données et de calculs), les capteurs (leur nombre augmente sans cesse et leur taille sont de plus en plus réduites – on les retrouvera bientôt dans tous les appareils domestiques et dans les vêtements intelligents).

Ce phénomène, doublé de l’utilisation de plus en plus répandue des données massives, rendra possible le développement d’applications d’auto-thérapie ou de thérapies assistées.

2. L’exploration des multiples possibilités qu’offre le « double ». Une copie virtuelle de soi pourrait désormais être utilisée pour modifier nos comportements, nos attitudes et nos émotions.

La prise de conscience de l’existence d’un double de soi ouvre de nombreuses pistes de recherches. Le double nous renvoie aux fondements de ce qui nous constitue en tant qu’humain. Certes l’homme est essentiellement un faiseur d’histoires. Mais il est aussi un excellent spectateur, un bon public, doté d’un niveau de crédulité élevé.

Forte de ce constat, une autre équipe de chercheurs est allée encore plus loin dans le développement d’une thérapie par réalité virtuelle, en concevant un théâtre virtuel de soi.

L’existence d’une voix intérieure, cette petite voix avec laquelle nous dialoguons tout au long de notre vie, est une composante essentielle de ce qui constitue la conscience de soi. Que se passerait-il si nous pouvions externaliser cette voix et l’incarner dans un double virtuel ? Nous serions alors en mesure de dialoguer avec ce double.

Pour aller encore plus loin, l’équipe de chercheurs espagnols et britanniques s’est demandé comment un tel double pourrait être mis à contribution pour aider à résoudre des problèmes personnels.

L’expérience qu’ils ont menée repose sur l’hypothèse suivante. Si le double, au lieu de ressembler à celui qu’il est censé représenter, ressemblait au contraire à un psychologue réputé, est-ce que le dialogue entre un individu et son double virtuel (prenant l’apparence d’un psychologue réputé) pour résoudre un problème personnel, mènerait à l’élaboration de solutions plus satisfaisantes ?

Le caractère immersif des techniques actuelles de réalité virtuelle permet de créer un avatar qui donne parfaitement l’illusion d’être un double de soi-même.

Face au double, le cerveau se prête immédiatement au jeu. Si le double virtuel prend une apparence physique différente (alors que tout le reste, la parole, les mouvements, l’attitude, demeurent ceux de celui qui l’incarne), la confrontation avec ce double a un impact sur la perception que nous avons de nous-mêmes. Cette expérience aura une influence sur notre attitude, notre comportement et notre perception de nous-mêmes.

Pour chaque participant, les chercheurs ont créé deux doubles virtuels : l’un étant une copie du participant ; le second incarnant un psychologue avec lequel il discute un problème personnel.

Durant l’expérience, le participant se transpose dans la peau du psychologue virtuel. Il voit et il entend son double lui expliquer la nature du problème qui le préoccupe. Il prodigue alors quelques conseils, et réintègre ensuite le double virtuel créé à son image pour écouter ce que le psychologue lui propose. Cette transposition se poursuit jusqu’à ce que le participant décide d’y mettre fin.

Imaginez… vous êtes Freud !

Conversations between self and self as Sig Sofia Adelaide Osimo.

À différentes étapes de l’expérience, le conseiller accompagnant le participant revêt l’apparence de Sigmund Freud. La procédure demeure la même, si ce n’est que la voix du conseiller est techniquement modifiée pour être plus basse et rassurante.

Les résultats démontrent que les conseils offerts par le double ayant les apparences de Freud (des conseils que le participant se propose à lui-même) ont plus d’impact que ceux offerts par le double créé à sa ressemblance. L’impact est encore plus grand lorsque les mouvements du double virtuel « Freud » sont parfaitement synchronisés avec ceux du participant.

Nous assistons actuellement à un retour en force de la réalité virtuelle. Les casques sont de plus en plus abordables. Cette évolution technologique se produit alors que l’on constate une augmentation du nombre d’individus aux prises avec des troubles mentaux et ce, dans tous les groupes d’âge. De plus, le resserrement des finances publiques au Canada mais aussi en France laisse présager un accès aux soins de plus en plus difficile. Espérons que les recherches dans le domaine de la thérapie par réalité virtuelle se poursuivent.

À la Nouvelle École de Créativité à Montréal, j’expérimente un cours, en ce moment, qui repose sur la mémoire et la construction d’une ligne de vie pour aider les participants à entreprendre un dialogue plus conscient et productif avec leur double. Ce gendre d’exercices d’autoréflexion et de créativité est très prometteur pour nous aider à nous doter d’outils efficaces pour affronter le monde en transition dans lequel nous vivons.

Que pensez-vous de ces nouvelles thérapies ? Vous inspirent-elles confiance ? Les avez-vous déjà expérimentées ? Partagez vos avis et vos expériences avec nous.

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