La découverte d’un fossile vieux de 700 000 ans montre que les ancêtres du Hobbit étaient encore plus petits

A gauche, image d'un fragment de mâchoire inférieure en surimpressions sur le crâne d’ Homo floresiensis, comparé avec un crâne d'homme moderne, à droite. Y. Kaifu, Author provided

C’est en octobre 2004, en Indonésie, que les archéologues ont découvert le squelette partiel d’un hominidé minuscule et au cerveau peu développé. Inconnu jusqu’alors des scientifiques, il est depuis connu sous le nom de Homo floresiensis.

Ces créatures semblables aux Hobbits sont apparues pour la première fois dans la grotte de Liang Bua, sur l’île indonésienne de Florès, il y a environ 95 000 ans. Précédemment, on pensait qu’elles avaient vécu à Florès jusqu’à une époque relativement récente, mais de nouvelles preuves, publiées cette année, donnent à croire que ces hominidés ont disparu il y a 50 000 ans environ.

Deux hypothèses se présentent quant aux origines de Homo floresiensis. Selon la première, ces Hobbits descendaient d’Homo erectus ou « l’homme de Java », un hominidé asiatique archaïque dont la stature, en gros, ressemble à la nôtre, humains modernes. On pense qu’une population peu nombreuse du type Homo erectus s’était retrouvée abandonnée sur l’île et que sa taille s’était réduite. La seconde hypothèse, c’est que l’ancêtre d’Homo floresiensis serait un hominidé encore plus ancien et, dès l’origine, haut comme trois pommes. Les candidats : Homo habilis ou bien un Australopithèque, connus tous deux d’après le registre des fossiles africains.

Un défi

Juste quelques mois après la découverte des premiers ossements Hobbits, notre ami et collègue Mike Morwood, co-découvreur d’Homo floresiensis, nous lança un grand défi : dénouer le mystère de l’origine du Hobbit. Et, pour ce faire, il était crucial de découvrir l’identité des premiers hominidés à avoir colonisé Florès.

Carte de Florès avec les localisation de la cave de Liang Bua (le site original du Hobbit) et le site à ciel ouvert de Mata Menge dans le bassin du So’a, où l’on a trouvé des fossiles plus anciens. LGM : Last Glacial Maximum, dernier maximum glaciaire (22 000 – 19 000 ans). Author provided

Nous connaissions déjà l’existence de sites anciens dans le bassin de So’a, à 70 km à l’est de Liang Bua. Dans les années 1960, un prêtre hollandais, Theodor Verhoeven, avait découvert et mis à jour plusieurs sites de fossiles d’une mégafaune disparue, ainsi que d’outils en pierre. À la fin des années 1990, le travail de Mike et de deux d’entre nous (van den Bergh et Kurniawan) démontra que des hominidés fabricants d’outils y vivaient, il y a 840 000 ans.

À l’époque, le bassin de So’a était une savane tropicale drainée par de multiples petits canaux. Ces prairies grouillaient d’éléphants nains, les Stegodons (un éléphant asiatique disparu), de Dragons de Komodo et de rats. Des fossiles de ces espèces sont préservés à l’intérieur de strates rocheuses exposées aujourd’hui à une érosion de surface.

Ces lits fossilifères se sont accumulés entre 1,3 million d’années et 500 000 ans. Nos fouilles à petite échelle dans le bassin ont d’ores et déjà mis au jour des centaines de fossiles de Stegodons et autres animaux, ainsi que des objets en pierre. Selon toute probabilité, ce sont les ancêtres de l’Homo floresiensis qui ont laissé ces outils primaires derrière eux.

Cependant, à notre désespoir, nous n’avons jamais trouvé le moindre ossement ni la moindre dent provenant de ces faiseurs d’outils. Il fallait trouver ces fossiles. Pour certains observateurs, de tels objets insaisissables ne pouvaient être découverts que par hasard, peut-être par des fermiers locaux, et probablement pas pendant notre existence. Seul moyen de réaliser notre objectif : voir grand.

La grande fouille

En 2010, avec des fonds provenant du Conseil australien de la recherche et de l’Agence géologique indonésienne, nous avons formé une équipe internationale et recruté plus de 120 travailleurs venant des villages alentour.

Excavations sur le site de Mata Menge avec exposition d’os fossilisés de Stegodons nains, un cousin disparu des éléphants asiatiques. Author provided

Au site de Mata Menge, nous avons entamé l’une des fouilles de fossiles les plus importantes jamais entreprises en Asie du Sud-Est depuis celle, célèbre, d’Eugène Dubois en 1890 à Trinil dans l’île de Java, qui découvrit les premiers fossiles connus d’Homo erectus.

Cela nous a pris cinq années à fouiller, péniblement, du grès semblable à du béton. Mais le 8 octobre 2014, à peine quelques semaines avant la fin de notre projet, nous avons trouvé ce que nous cherchions.

Les premiers à l’identifier furent une jeune femme indonésienne qui se formait en paléontologie et le doctorant Mika R. Puspaningrum. Une molaire d’hominidé, minuscule. D’autres dents suivirent, puis un fragment de crâne et un morceau de mâchoire ont émergé du grès dur et grisâtre.

Fossiles d’hominidés découverts à Mata Menge, comprenant 6 dents et un fragment de mâchoire inférieure. Ce sont les restes d’au moins 3 individus, un adulte et deux jeunes enfants, datés d’environ 700 000 ans. En regard du fragment de mâchoire de Mata Menge, la mâchoire inférieure d’Homo floresiensis (LB1) de Liang Bua pour avoir une comparaison de taille. Photos and micro-CT scan of the fossils are courtesy of Y. Kaifu ; the top image was created by S. Hayes, Author provided

Les fossiles de Mata Menge représentent les restes de trois (ou plus) hominidés : un adulte et, chose étonnante, deux jeunes enfants. Le grès emprisonnant ces fossiles a formé un dépôt datant d’au moins 700 000 ans, dix fois plus ancien que le squelette Homo floresiensis de Liang Bua. L’hominidé de Mata Menge est de taille beaucoup plus petite que l’Homo erectus de Java, mais les dents et le fragment de mâchoire ne se rattachent à aucune espèce d’hominidé pré-erectus. En fait, la ressemblance la plus proche est avec Homo floresiensis.

Plus de Hobbits

Personne n’a prédit que l’ancêtre du Hobbit ressemblerait lui-même à un Hobbit. Même si les hominidés de Mata Menge présentent une ressemblance étonnante avec les Hobbits, le fragment de mâchoire est celui d’un adulte 21 % plus petit que le plus minuscule Hobbit de Liang Bua.

Homo floresiensis serait, en réalité, une version plus grande que son ancêtre !

Les responsables de fouille du site de Mata Menge assis autour d’une trompe fossilisée de Stegodon nain. En haut à gauche Gerrit D ‘Gert’ van den Bergh, de l’université de Wollongong ; en haut à droite Iwan Kurniawan, from du laboratoire de paléontologie au musée de géologie de Bandung, en Indonésie, et au premier plan, Adam Brumm, du centre de recherche sur l’évolution humaine de l’université Griffith. Author provided

Un fait d’importance : la molaire inférieure de Mata Menge comporte cinq valvules au lieu de quatre (contrairement aux Hobbits de Liang Bua, chez qui la 5e valvule est réduite) et s’apparente, en forme, à celles de Homo erectus (mais en plus petit).

Pour résumer, les fossiles de Mata Menge laissent penser que Homo floresiensis est, en fait, une sorte de pygmée d’Homo erectus. Il apparaît maintenant que les naufragés se rabougrissent, après avoir échoué à Florès (ou dans une autre île proche comme Sulawesi).

Mais Florès est pleine de surprises.

Jusqu’à ce que nous trouvions des restes d’hominidés plus complets à Mata Menge, ou même des sites de fossiles encore plus anciens, nous n’aurons aucune certitude sur l’identité de l’ancêtre du Hobbit et donc sur la façon dont cette saga de l’évolution a commencé. Notre quête de fossiles – et de fonds – continue.

Iwan Kurniawan, conservateur du musée de géologie à Bandung (Indonésie), a contribué à cet article.

This article was originally published in English

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