La droite dure conquiert l’Autriche et offre des perspectives à ses voisins européens

Le parti du peuple (OVP), conservateur, mené par Kurz est sorti victorieux du scrutin législatif du 29 septembre 2019. JOE KLAMAR / AFP

Dimanche 29 septembre 2019, ce sont un peu plus de 8 millions d’Autrichiens qui se sont rendus aux urnes dans le cadre des législatives. Ces élections anticipées faisaient suite au scandale de l’« Affaire Ibiza » qui avait provoqué la démission des ministres FPÖ (extrême droite) du gouvernement Kurz plongeant ainsi le pays dans une crise politique.

Ces élections ont été marquées par une victoire écrasante du parti conservateur (ÖVP) de l’ancien chancelier Sebastian Kurz. En effet les conservateurs ont obtenu (sans comptabiliser les votes postaux) près de 38,35 % des suffrages exprimés soit 6,88 points de plus par rapport aux législatives de 2017. Suivent ensuite les sociaux-démocrates qui recueillent 21, 54 % des voix mais qui perdent toutefois 5, 32 point par rapport au scrutin précédent.

Plombés par l’« Affaire Ibiza », le FPÖ, désormais mené par Norbert Hofer enregistre sa plus forte baisse « n’obtenant que » 17, 25 % des voix. Il perd ainsi près de 8,72 points par rapport aux élections législatives de 2017. Si l’« Affaire Ibiza » l’a affaibli, il conserve toutefois un socle électoral solide. La ré-appropriation de certains des thèmes favoris du FPÖ (islam, immigration) par la droite de Kurz est aussi l’une des raisons qui expliquent ce score plus faible.

Enfin, la plus grosse progression est à mettre au profit de « Die Grünen » (les Verts) qui gagnent 8,55 points de plus par rapport à 2017. Ainsi, avec aucun élu au parlement durant la précédente législature, les Grünen reviennent en force et se positionnent avec leurs 12, 35 % obtenus dimanche comme un partenaire de coalition sérieux au côté de l’ÖVP.

Comment expliquer cette percée historique des conservateurs autrichiens ?

Quelle coalition pour l’Autriche ?

Les conservateurs dominent mais il leur faudra néanmoins former un gouvernement de coalition. Trois possibilités s’offrent à lui.

D’une part, celle d’une alliance avec les sociaux-démocrates du SPÖ. Mais l’idée ne semble pas faire l’unanimité au sein des deux parties qui ont mené une campagne très agressive l’un contre l’autre.

L’autre possibilité serait, tout comme en 2017, de s’allier avec le FPÖ. Même secoué par l’« Affaire Ibiza » et après ce revers électoral, le parti n’en demeure pas moins une force politique majeure du pays. Cependant, quelques heures après les résultats, la tête de liste du FPÖ, Norbert Hofer a déclaré qu’il ne se voyait pas reformer une coalition avec les conservateurs préférant que le parti se reconstruise dans l’opposition.

Enfin, la dernière possibilité serait de former une coalition inédite en Autriche. Le Parti du Peuple et les Verts pourraient ainsi travailler ensemble au gouvernement. Si tel était le cas, cette alliance permettrait à Sebastian Kurz de rompre avec l’image de l’homme qui a ramené l’extrême droite au pouvoir.

De plus, à une époque où les thèmes écologiques sont de plus en plus présents dans les débats actuels, la nouvelle configuration enverrait un message fort non seulement au peuple autrichien mais encore à ses partenaires européens. Cependant, de profondes divergences opposent encore l’ÖVP et les Grünen notamment en ce qui concerne la politique migratoire et la politique sociale à mener au niveau national.

Pillage des sujets chers au FPÖ

Sebastian Kurz a très vite compris qu’avec une extrême droite de plus en plus puissante en Autriche il se devait de droitiser son discours pour, à la fois conserver son socle électoral et éventuellement l’élargir à droite. C’est cette stratégie qui lui avait permis réaliser une remontée spectaculaire dès 2017.

Influencée par le FPÖ, dont l’immigration a toujours été au cœur de la campagne, la coalition ÖVP/FPÖ a opté pour un virage à droite lorsqu’elle était au pouvoir. Ainsi, le gouvernement Kurz a engagé une lutte contre l’immigration illégale et s’est positionné pour la réduction de l’immigration légale.

Renforcement massif des frontières extérieures de Schengen. critique acerbe d’Angela Merkel. : la campagne électorale du Parti du peuple n’a cessé de plaider pour une refonte totale de l’accueil des immigrés au sein de l’Union européenne.

Par ailleurs le chancelier Kurz s’est emparé assez vite du sujet « islam », court-circuitant ainsi le FPÖ. Tout en maintenant un discours d’ouverture, estimant que l’islam avait sa place en Autriche, le chancelier Kurz avait soutenu, dès 2017, que cette religion devait « s’européaniser » dans une perspective de cohésion nationale autrichienne, sans chercher à remettre en cause la culture et l’« identité européenne ». Dans cette optique, en juin 2018, l’Autriche avait fait expulser des imams et fermer des mosquées jugées extrémistes. Le chancelier a par ailleurs été l’un des hommes politiques les plus insistants sur le fait que les musulmans en Autriche doivent se faire les portes-drapeaux des valeurs et lois autrichiennes tout en condamnant toutes formes de radicalité.

Vers une union des droites au pouvoir

Cette campagne a contribué à affaiblir le FPÖ de 2019 dont le programme a été entre autres fondé sur ces sujets.

En 2017 déjà, beaucoup avaient vu dans la coalition ÖVP/FPÖ une sorte « d’union des droites » mieux à même de diriger le pays.

Union des droites, terme que l’on a à nouveau entendu mais cette fois en France, le week-end dernier, avec la grande convention organisée entre autres par Marion Maréchal. Devant près de 2000 personnes, de nombreux intervenants se sont succédé pour parler immigration, islam ou encore « union des droites et des patriotes ».

Marion Marechal (organisatrice de la Convention de la droite) et son partenaire, l’homme politique italien d’extrême droite Vincenzo Sofo à Parisle 28 septembre. Sameer Al-Doumy/AFP

Des thèmes chers aux partis d’extrême droite ou aux partis dits conservateurs ont ainsi été repris.

C’est le polémiste Eric Zemmour qui s’est exprimé le premier. Il a notamment déclaré que « l’homme blanc hétérosexuel pouvait être exterminé » ou encore qu’il se ralliait, même indirectement, à la théorie du grand remplacement de l’essayiste d’extrême droite Renaud Camus. Tous ceux qui se sont succédé au pupitre n’ont pas manqué de se montrer critiques à l’égard du pouvoir en place et d’en référer aux thèmes cités.

Si officiellement « l’union des droites » n’a pas été mentionnée par les participants cette convention avait bel et bien pour but de créer une alliance entre les partis de droite en vue de la présidentielle de 2022.

Cette convention de la droite avait vocation à unir différents courants de pensée politique pour en faire une alternative crédible au pouvoir français actuel. Les semaines à venir montreront s’ils en seront capables. En France, historiquement, la droite républicaine n’a jamais fait d’alliance avec l’extrême droite.

L’exemple autrichien leur servira-t-il désormais de modèle vers une nouvelle forme de conservatisme au niveau européen ?