La quête de Prince pour le contrôle artistique total a marqué l’industrie musicale à jamais

Prince fait une apparition surprise durant un épisode live d’« American Idol » en 2006. Chris Pizzello/Reuters

La mort du Kid de Minneapolis signe la fin du parcours exceptionnel de l’un des artistes les plus talentueux et éclectiques de la musique pop. Multi-instrumentiste virtuose, maître arrangeur, producteur à succès et immense showman, Prince est l’auteur d’une musique variée, à l’image de ses nombreux talents.

Mais c’est sa quête d’une liberté artistique totale – et des protections légales qui vont avec – qui laissera une empreinte majeure. Ses combats répétés – et médiatisés – avec l’industrie du disque, les services de streaming et les utilisateurs de réseaux sociaux ont poussé d’autres artistes à demander la même liberté pour avoir, eux aussi, leur part du gâteau.

Talent précoce

En 1978, à 19 ans, Prince signe avec Warner Bros et sort un premier album, For You. Il se voit crédité pour avoir joué chaque instrument et chanté chaque partie vocale de l’album, une pratique contraire à celles en cours à l’époque. Cet épisode marqua la naissance d’une mégastar qui allait profondément marquer la musique des années 1980.

La plupart des albums de l’époque s’appuyait sur une armée de producteurs, d’arrangeurs, de compositeurs et de musiciens. L’album Off the Wall de Michael Jackson (1979), par exemple, se targue d’avoir fait travailler pres de 40 musiciens et pas moins de 15 compositeurs et arrangeurs. Même s’il n’a peut-être pas atteint le succès triomphal escompté, For You a révélé le génie naissant de Prince et son désir de contrôler l’intégralité de sa production musicale pour servir sa vision artistique.

For You fut le premier d’une longue série d’albums studio que Prince produisit avec la Warner Bros. La sortie de deux autres opus, 1999 (1983) et Purple Rain (1984) confirmèrent la place unique de l’artiste dans la pop des années 1980.

Menottes contractuelles

Au début des années 1990, les relations entre l’artiste et sa maison de disques commencent à se tendre. Après le succès de Diamonds and Pearls (1991), l’artiste signe un contrat pour six albums à 100 millions de dollars avec la major.

La signature du contrat donne lieu à d’interminables négociations et à une bataille à la fois artistique et juridique relative à la propriété du catalogue de l’artiste chez Warner. Le contrat stipulait que Warner possédait l’ensemble des morceaux que Prince avait produit pour l’entreprise. En contrepartie, l’artiste recevait de très importantes sommes d’argent pour continuer à produire des albums dans son studio de Paisley Park Records (Minnesota).

Furieux d’avoir dû céder les droits de sa musique, l’artiste commença à afficher son opposition en apparaissant notamment en public avec le mot slave (esclave) sur la joue. Il en vint même à troquer son nom pour se faire appeler « Love Symbol », après avoir déclaré la mort de son ancien « moi artistique ».

Prince défiant la Warner en dénonçant son statut de slave (esclave). Brian Rasic/Rex Features

Pour livrer la production musicale prévue dans le contrat avec la Warner, Prince choisit de fournir à la major des morceaux de musique pré-enregistrée, comme en témoigne l’album Chaos and Disorder (1996), un méli-mélo de chansons écrites à la hâte, défiant Warner et ses exigences.

Bras de fer continu avec l’industrie du disque

Le bras de fer entre Prince et la Warner Bros fut si long et médiatisé que la fin de leur collaboration semblait inévitable. Pourtant, les deux parties renouèrent une relation de travail en 2014 ; Prince put ainsi récupérer ses droits sur ses premiers albums sortis chez la major.

Prince passa ses dernières années à livrer d’autres batailles contre l’industrie musicale pour s’assurer que son œuvre soit correctement protégée. En 2007, l’artiste et Universal Music assignèrent ainsi en justice une mère de famille. Pour quelle raison ? Cette dernière venait de poster sur YouTube une vidéo de son fils dansant sur un morceau de Prince.

Toujours en 2014, l’artiste enchaîna les plaintes contre 20 personnes qui, selon lui, avaient violé les copyrights protégeant son œuvre, soit en postant un de ses morceaux en ligne, soit en participant à des services de partages de fichiers. Un million de dollars de dommages et intérêts fut réclamé à chaque personne.

Ces actions en justice cherchaient surtout à attirer l’attention sur les problèmes de violation de copyright et dès que les utilisateurs poursuivis arrêtèrent de partager les morceaux, Prince retira sa plainte.

Plus récemment, Prince et d’autres artistes, comme Taylor Swift, ont demandé à leurs éditeurs en ligne et aux sites de_ streaming_ de verser des royalties plus importantes aux artistes de leurs catalogues. En 2015, Prince retira ses albums de la plupart de ses sites marchands, signant une exclusivité avec Tidal, la plateforme de JayZ.

Le combat de Prince pour protéger sa production musicale a porté dans de multiples directions. Les arrangeurs vocaux ne peuvent ainsi plus utiliser la voix de l’artiste comme matériel musical ou pour d’éventuels samples.

Si les 30 albums studio constituent l’héritage de Prince, il restera aussi dans toutes les mémoires pour ses actions de défense des droits des artistes. Tout au long de sa carrière, sa détermination aura pesé lourd, alimentant grandement le mécontentement grandissant à l’égard des majors du disque ; un combat que poursuivent aujourd’hui Jay Z, David Byrne ou Neil Young.

This article was originally published in English