L’arbre qui pourrait sauver les forêts de frênes du Royaume-Uni

Les frênes représentent 20 % des arbres du Royaume-Uni. www.shutterstock.com/Phil MacD Photography

Le lent et fatal dépérissement des frênes fait à nouveau les gros titres – même s’il n’avait jamais vraiment disparu. Les premiers rapports évoquant cette situation dramatique provenaient de quelques zones boisées de l’Est-Anglie fin 2012 ; d’autres études confirmèrent par la suite un phénomène beaucoup plus répandu, touchant le reste de l’Angleterre, l’Écosse et le Pays de Galles. Depuis, la maladie s’est inexorablement étendue et il ne reste que peu de zones intactes.

La situation inquiète grandement car il semble que la plupart des arbres pourraient dépérir en quelques années seulement. Certains pourront certainement survivre, mais les prédictions sur le plus long terme pour le Royaume-Uni n’ont rien de rassurant. Et il existe une autre menace : un ravageur en provenance d’Asie qui approche à grands pas. Déjà bien connu en Amérique du Nord, l’agrile du frêne a fait d’immenses dégâts dans les États du nord des États-Unis et pourrait continuer sur sa lancée de ce côté-ci de l’Atlantique.

La publication qui a rappelé le dépérissement des frênes au bon souvenir des médias a clairement mis en lumière l’importance écologique de cet arbre pour l’Europe du Nord. L’auteur soulignait que le péril qui pesait sur le frêne – résultant la combinaison du dépérissement et de l’agrile – n’avait rien d’inédit, même si les médias suggéraient le contraire : des prévisions identiques avaient en effet été réalisées dès 2012 au Royaume-Uni, et à la fin du siècle dernier pour les autres pays européens.

Le frêne est une espèce essentielle pour le Royaume-Uni : il offre un habitat à près de 1 000 organismes (bactéries exclues), et plus de 100 espèces en sont très ou totalement dépendantes pour leur survie. Le frêne n’est ainsi pas le seul à être menacé d’extinction.

Une branche de frêne montrant des signes de dépérissement. Reuters/Darren Staples

Alors que nombre de travaux suggèrent que les frênes pourraient disparaître du paysage anglais, tout n’est toutefois pas perdu. Un groupe de chercheurs réunis au sein du projet NORNEX ont identifié, dans le comté Norfolk, un arbre vieux de 200 ans répondant au doux nom de Betty ; ce dernier pourrait bien être déterminant dans la lutte contre le dépérissement des frênes.

La grande tolérance de Betty vis-à-vis de la maladie a en effet permis aux scientifiques d’isoler trois marqueurs génétiques pouvant aider à prédire la potentielle fragilité d’un arbre. Ceux qui tolèrent le mieux la maladie ne sont cependant pas épargnés par la « chalarose » – ou plus précisément, la Chalara fraxinea (Hymenoscyphus fraxineus). Tous les frênes y seraient exposés, mais ils y répondent différemment.

3 % des arbres pourraient tolérer la maladie ; ce taux n’a rien de très élevé, soit ; mais les frênes se montrant très prolifiques, les sujets qui survivraient pourraient prendre la relève d’autres moins résistants.

Est-il trop tard ?

Dans les zones où furent signalés les premiers frênes malades, il y a vingt ans en Lituanie, beaucoup d’arbres d’apparence saine furent épargnés tandis que les arbres plus âgés et malades furent abattus. Malheureusement, presque tous les arbres épargnés sont aujourd’hui soit morts soit dans un état de dépérissement avancé.

Les dernières recherches menées au Royaume-Uni suggèrent que l’Hymenoscyphus fraxineus était déjà en action quelques années avant la confirmation officielle de sa présence, en 2012. Étant donné l’étendue des dégâts causés par la maladie, pourquoi cela n’a-t-il pas été découvert plus tôt ? Une des raisons possibles est qu’il faut du temps pour voir se manifester des agents pathogènes.

Mais il est trop tard pour se lamenter sur le fait de n’avoir pas détecté à temps le dépérissement du frêne. Une maladie qui se répand avec le vent est d’autre part impossible à stopper. Il nous faut considérer plus attentivement les enjeux de recherche et les objectifs visés. L’une des priorités absolues devrait consister à maintenir les frênes sains dans de plus vastes zones, au Royaume-Uni et ailleurs en Europe. Cela signifie qu’il faut prêter la même attention à l’agent pathogène et à l’hôte – ainsi qu’à leurs interactions.

Il n’y a pas que de mauvaises nouvelles : le gouvernement britannique a en effet admis la nécessité de travaux de recherche plus approfondis pour éviter de tels dommages forestiers. En marge de NORNEX, l’accent a été mis sur la connaissance des champignons qui causent les maladies et la recherche de la résistance dans l’arbre hôte.

L’agent pathogène qui provoque le dépérissement des frênes nous vient d’Asie, où il envahit les feuilles de l’arbre, mais ne provoque pas de maladie – et n’a donc rien d’alarmant. Mais lorsque le champignon est arrivé en Europe (nous ne sommes pas sûr de savoir comment), il s’est étendu à la tige, affectant les branches et parfois jusqu’à l’arbre entier.

L’agrile du frêne. US Department of Agriculture/Flickr, CC BY

Le rapport NORNEX évoque la seconde menace pour les frênes : l’agrile du frêne, un insecte présent en l’Europe, et qui s’est répandu à partir de l’ouest de Moscou. Cet insecte vert clair est originaire des mêmes régions de l’est de l’Asie que l’H. fraxineus, mais il s’est propagé en Amérique du Nord – probablement à la fin des années 1990, au début des années 2000 – où il a dévasté toutes les espèces indigènes de frênes. Il est aujourd’hui très probable que l’agrile du frêne s’étende progressivement à travers l’Europe et jusqu’au Royaume-Uni.

Les frênes qui survivront aux effets de l’H. fraxineus offriront certainement une bonne source d’alimentation pour l’agrile au Royaume-Uni. Il est donc essentiel que les efforts menés pour comprendre le dépérissement se poursuivent à propos du ravageur.

Sauver ces arbres est possible, mais pas du jour au lendemain. Quelques pistes prometteuses sont apparues, mais il nous faudra encore déterminer si les frênes asiatiques pourront fournir des habitats appropriés aux espèces dépendantes des frênes natifs pour leur survie ; une question écologique très épineuse.

Améliorer la résistance des arbres en ayant recours à des espèces de frênes asiatiques semble très prometteur pour l’avenir – et pas seulement pour ces arbres. Les méthodes génétiques utilisées par NORNEX sont pertinentes pour différentes espèces menacées par d’autres maladies et insectes. L’espoir est permis avant d’avoir à sombrer dans les scénarios catastrophes qui alimentent l’intérêt fugace des médias…

This article was originally published in English

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