Les produits de cannabis comestible, comme ces pailles bonbons, sont désormais disponibles, mais les risques de surdose sont très élevés. Shutterstock

Le cannabis comestible comporte des risques élevés pour la santé des enfants

C’est en octobre 2019 que Santé Canada a autorisé la mise en vente de cannabis comestible, d’extraits de cannabis et de cannabis pour usage topique pour le début de l’année 2020. Espérons que Santé Canada va améliorer la réglementation du cannabis afin de mieux protéger la santé publique, tout particulièrement celles de nos jeunes, contre ses dangers.

Le cannabis sous forme d’aliments offre des occasions d’affaires aux producteurs et détaillants disposant d’un permis, tant dans le domaine médical que récréatif. Cependant, alors que gouvernements et entreprises se préparent à répondre à la demande du public - et à leurs intérêts commerciaux - il est essentiel de reconnaître les risques associés au cannabis, et plus particulièrement sous forme comestible.

Des échantillons de marijuana comestible sont testés par Cannalysis, un laboratoire californien. THE CANADIAN PRESS/AP/Chris Carlson

Si le cannabis comestible permet de prodiguer les effets euphorisants du cannabis tout en évitant les effets secondaires de la fumée, le décalage entre son absorption et ses effets peut inciter à la surconsommation et à des résultats imprévisibles.

Étant à la fois médecin de famille et spécialiste de la dépendance, j’ai constaté chez bien des adolescents les conséquences négatives du cannabis sur leur humeur, leur motivation, leur sommeil, et même leur capacité à fonctionner.

Des dégâts significatifs pour les jeunes

L’effet euphorisant du cannabis absorbé oralement peut être décalé d’environ 90 minutes après son absorption, atteindre un point culminant quelques heures plus tard, et se poursuivre pendant plusieurs heures. Au-delà des effets attendus, tels qu’une diminution de la concentration, une réduction de la capacité à agir, et des troubles de la mémoire, une intoxication aiguë au cannabis peut se traduire par des crises d’anxiété sévères, des attaques de panique, de la nausée, du délire, ou des épisodes psychotiques.

Au Colorado, où les ventes de cannabis sont légales depuis 2012 pour les personnes de plus de 21 ans, les produits comestibles sont la première cause d’intoxication. Les visites aux urgences et les hospitalisations résultant de mauvaises réactions au cannabis comestible ont augmenté depuis sa légalisation, et le pourcentage de visites aux urgences d’adolescents est passé de 1.8 pour mille en 2009 à 4.9 pour mille en 2015.

S’il est vrai que ces symptômes sont souvent passagers et qu’il soit peu probable qu’une surdose de cannabis puisse être mortelle, il n’en demeure pas moins que ses effets peuvent causer d’importants handicaps, tant mentaux que physiologiques.

Aux débuts de la légalisation en Oregon et en Alaska, on a répertorié 253 cas de surdose sur une période de 16 mois, dont certaines ont nécessité un séjour aux soins intensifs, et un cas ayant provoqué la mort : 71 personnes étaient des enfants âgés de moins de 12 ans et 42 étaient âgées de 12 à 17 ans. L’âge médian n’était que de 20 ans.

Au-delà du risque d’intoxication aigüe, l’usage du cannabis à partir de l’adolescence est associé à diverses pathologies, y compris à la dépression, aux tendances suicidaires, et à la schizophrénie. Si l’on tient compte du fait que les jeunes Canadiens sont les plus grands usagers au monde, et qu’ils croient, contrairement aux preuves scientifiques, que le cannabis améliore leur humeur, leurs symptômes d’anxiété, et leur sommeil, nous faisons face à des défis importants si nous voulons les protéger des effets dommageables du cannabis.

Les stupéfiants, ce ne sont pas des bonbons

Malheureusement, Santé Canada a autorisé des concentrations inquiétantes de THC (jusqu’à 30 pour cent dans certains cas) dans les produits de cannabis séché. Si bien des produits comestibles seront achetés directement d’un détaillant, les produits « maison » pourraient contenir des taux encore plus élevés de THC.

Santé Canada n’a pas fait grand-chose non plus pour encadrer l’information diffusée par l’industrie : elle a permis à des producteurs d’émettre des allégations sans fondement sur les vertus thérapeutiques du cannabis, ce qui renforce encore avantage la perception positive que les adolescents peuvent avoir du cannabis.

Les chocolats à la marijuana seront largement disponibles dès l’introduction de produits comestibles sur le marché. (Shutterstock)

Si Santé Canada n’autorise pas la publicité directe sur le cannabis et exige que les produits soient emballés dans un contenant neutre associé à des messages d’avertissement, l’industrie du cannabis a le droit de faire du marketing par l’intermédiaire des médias et sur leurs sites Internet.

L’Ontario Cannabis Store, une société d’État utilise des carrés de chocolat pour faire la publicité du cannabis comestible sur son site web, et a déployé en janvier plus de 50 nouveaux produits comestibles et à vapoter. Canopy Growth serait en train de démarrer la distribution d’eaux gazeuses parfumées au cannabis, ainsi que trois tablettes de chocolat aux saveurs différentes.

Santé Canada doit faire mieux

La consommation de cannabis sous forme d’aliments est en croissance. Au Colorado, ses ventes ont atteint 45 pour cent des ventes totales pour l’année 2014. Les directives de Santé Canada sur l’emballage et le dosage (10 milligrammes par unité) sont insuffisantes pour en limiter les risques potentiels.

Santé Canada a émis de vagues déclarations qui disent que les produits ne devraient pas être attrayants pour les jeunes, mais il semble difficile de croire que du chocolat et des bonbons parfumés nommés « Pineapple Orange Gummies » n’exerceraient pas un pouvoir d’attraction sur cette population…

Il faut une campagne de santé publique mieux ciblée ainsi que des avertissements détaillés sur les produits mis en vente. Éduquer les jeunes est un gros défi, mais il est impératif de le faire.

Si c’est la Cour Suprême du Canada qui a décidé d’autoriser le cannabis, c’est à Santé Canada qu’incombe la responsabilité réglementaire et éducative. En 2018, Santé Canada a alloué 100 millions de dollars répartis sur six ans pour l’éducation et le contrôle de l’usage du cannabis. Mais ce sont 186 millions de dollars qui ont été récoltés en impôts dans les cinq premiers mois de la légalisation. Santé Canada peut et doit investir bien davantage en surveillance et en éducation. La santé collective de nos jeunes en dépend.

This article was originally published in English

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