Le FN et le budget des régions

Débat entre les candidats au Régionales en Ile-de-France le 9 décembre. À droite, le candidat FN. Kenzo Tribouillard/AFP

Dans le domaine des finances publiques, le FN veut fait savoir qu’il a changé. Depuis les échecs de Toulon, Vitrolles et Orange, depuis les coupes dans la culture, les clubs de sport des quartiers ou les associations de femmes et de migrants, le FN tente de se forger une nouvelle image… qui a de quoi surprendre.

Pour les élections régionales de 2015, le Front s’est donc donné l’allure d’un parti responsable, en mesure de ramener les finances publiques sur la voie de l’équilibre, voire de l’austérité. Cependant les solutions qu’il propose ne surprennent pas : suppressions des subventions du Planning familial, coupe dans les subventions des associations communautaires, des associations politiques, des associations d’aide aux migrants. La Région frontiste se présente comme celle de la rigueur budgétaire, mais elle l’applique en priorité au financement de la vie citoyenne.

Réduire les budgets associatifs

Marion Maréchal Le Pen a déclaré haut et fort sa position contre le Planning familial. Une association que la candidate frontiste veut priver du soutien de la région si elle est élue. Ce point n’est pas explicitement inscrit dans son programme. Pour autant, les subventions aux associations sont au cœur de la critique du système politique mis en place par les responsables régionaux.

Dans le bilan des équipes sortantes de PACA qu’il a diffusé, le FN pointe du doigt trois échecs : « économique et social », « budgétaire », et dans « l’incarnation de la région ». L’argumentation sur l’échec budgétaire mêle des accusations de « financement politique » par le biais de la région, la mise en cause des « subventions inutiles » aux associations et à la coopération décentralisée, le financement mal réparti de la culture… et le mauvais bilan budgétaire de la ville de Nice.

La coopération décentralisée a pour objectif de permettre aux collectivités territoriales d’investir sur le plan humanitaire, mais aussi politique, en permettant de favoriser le développement économique d’un territoire partenaire. Ainsi la région PACA a choisi de se tourner vers la région sénégalaise de Ziguinchor. Le FN juge ces initiatives « sans intérêt » pour les habitants de la région.

Un autre argument est utilisé dans le cas du Planning familial. Cette association est considérée par la frontiste comme un vecteur politique. Elle favoriserait la gauche et les idéologies libérales. La cadette de la dynastie Le Pen soutient que l’association prône des valeurs politiques comme le mariage homosexuel, la Procréation médicalement assistée (PMA) et l’accueil des réfugiés. Elle réclame la neutralité de l’association.

La subvention du Planning par la région s’élève en 2014 à 210 000 euros, répartie sur quatre départements de manière très inégale. Les structures des Bouches-du-Rhône touchent ainsi 170 000 euros quand celle des Alpes Maritimes en touche 2 000. L’ensemble de ce budget ne pèse que 0,14 % des subventions accordées par PACA. L’attaque contre le Planning n’est donc pas budgétaire, comme le laisse croire le reste du programme. Elle est avant tout un argument idéologique.

Réduire les dépenses de transport

Lors du débat de l’entre-deux tours entre Valérie Pécresse, Claude Bartolone et Wallerand de Saint-Just, les candidats de droite pour l’Île-de-France se sont retrouvés en accord sur le plan budgétaire. La candidate conservatrice souhaite vendre le siège de la Région, situé en plein Paris, permettant de dégager une vingtaine de millions d’euros. De son côté, le candidat frontiste propose de diminuer, chaque année, le budget de 2 % (soit 9,6 % au bout de cinq ans). Pour autant, le FN n’a eu de cesse de rappeler que l’UMP a voté les budgets proposés par la majorité socialiste, écologiste et communiste. Cette rigueur n’empêche pas les candidats de faire de nombreuses promesses sur l’une des compétences où le Conseil régional a une vraie marge de manœuvre, les transports.

Embauche d’agents de sécurité, rénovation des rames de RER, rénovations des transiliens… chacun a ses priorités. Mais personne ou presque ne parle de budget. Après avoir laissé Valérie Pecresse et Claude Bartolone s’invectiver, Wallerand de Saint-Just a proposé l’emploi de deux gardes armés dans chacune des 350 stations de RER afin de sécuriser les lieux – en faisant payer les usagers. Et lutter ainsi contre la fraude grâce à une mesure qu’il estime beaucoup plus rentable que la vidéosurveillance.

Globalement, le candidat frontiste en Île-de-France, comme sa collègue en Rhône-Alpes-Auvergne, souhaite réduire les budgets consacrés au transport. S’il avait été élu, Wallerand de Saint-Just serait revenu sur l’accord État-Région de 2011 et stopperait la construction du Grand Paris Express qui doit relier entre elles les banlieues par une rocade ferrée.

Une austérité très ciblée

La diminution du poids de la région dans le financement de la vie associative va dans le sens de la suppression des intermédiaires entre l’État central et la société civile. En revanche, les candidats frontistes ne reviennent pas sur les budgets de l’Éducation. Les Conseils régionaux participent à hauteur de 5 % du budget global du lycée. Ils ont aussi un droit d’entrée dans ces établissements, auprès du corps enseignant et des élèves – une aubaine pour le FN qui souhaite s’implanter plus profondément dans le paysage institutionnel, jusque dans les couloirs de ces établissements scolaires qui restent dans l’imaginaire collectif l’antre de la gauche.

Si le FN ne veut rien modifier dans l’apport financier des régions aux lycées, il souhaite en revanche changer profondément l’intervention politique dans l’Éducation au sens large. En effet, les coupes dans les budgets des associations qui militent pour certains droits et l’entrée dans les conseils d’administration des établissements scolaires, donneraient au FN un poids considérable dans l’apprentissage de la vie en société.

Au total, sur le plan des finances publiques, le FN prône une austérité à géométrie variable, au service strict de son idéologie.