Le vapotage est sans doute dangereux, mais les scientifiques ne le sauront pas avant plusieurs années

L'augmentation du nombre de cas de jeunes adultes en bonne santé qui ont été hospitalisés ou qui sont même décédés d'une lésion pulmonaire associée aux vapeurs des cigarettes électroniques aux États-Unis est alarmante.

Une femme du Kansas est devenue cette semaine la sixième personne à mourir d'une maladie associée au vapotage .

Beaucoup de gens ne savent pas ce que contiennent ces dispositifs de vapotage, leurs effets sur la santé et, surtout, pourquoi tout cela s'est développé si rapidement. Après tout, les cigarettes électroniques ne sont populaires que depuis dix ans tout au plus.

Au Québec, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) vient de mettre en garde les utilisateurs de produits de vapotage « au sujet du risque de développer une maladie pulmonaire sévère possiblement associée à l'usage de cigarettes électroniques ».

Rappelons que Santé Canada a émis, le 4 septembre, une mise en garde concernant le lien possible entre les cas de maladie pulmonaire sévère observés aux États-Unis et l'usage de produits de vapotage.

Une solution de rechange « utile »

Lorsque les cigarettes électroniques sont arrivées pour la première fois aux États-Unis en 2006, de nombreux experts en sevrage du tabac étaient optimistes. Ils considéraient que l'administration de nicotine par le biais des cigarettes électroniques était une solution de rechange utile aux cigarettes traditionnelles. Il n'y aurait pas de combustions nocifs inhalés par la fumée de cigarette. Puisqu'il n'y a aucun doute que fumer des cigarettes traditionnelles est nocif pour votre santé - et la première cause de décès évitable aux États-Unis et en Occident - ces cigarettes ont été commercialisées comme une alternative « plus sûre ».

En tant que toxicologue par inhalation, j'étudie comment les produits chimiques, les particules et autres agents inhalés affectent la santé humaine. Depuis l'introduction des cigarettes électroniques, je me questionne sur ses dangers et sur le fait que la communauté scientifique ne semble pas les connaître.

Après tout, il a fallu des décennies aux épidémiologistes pour découvrir que l'inhalation régulière de la fumée provenant de la combustion de matières végétales, le tabac, causait le cancer du poumon. Pourquoi la communauté scientifique serait-elle si prompte à supposer que les cigarettes électroniques n'auraient pas des dangers cachés qui pourraient prendre des années à se manifester ?

Est-ce que les cigarettes électroniques fonctionnent au moins comme un outil pour arrêter de fumer ?

Il est notoire qu'il est difficile d'arrêter de fumer, et les fabricants de tabac ont été impitoyables pour en cacher les dangers. Certains responsables de la santé publique ont donc salué les cigarettes électroniques comme un outil pour aider les gens à arrêter. Africa Studios/Shutterstock.com

De nombreux fumeurs ont déclaré que le passage de la cigarette à la cigarette électronique a amélioré leur bien-être physique, notamment en réduisant leur toux.

Cependant, quelques essais cliniques randomisés portant sur l'utilisation de la cigarette électronique comme outil d'abandon ont donné des résultats mitigés. Bien que certains essais démontrent une augmentation significative du succès de l'abandon (de 9,9 pour cent à 18 pour cent), les personnes qui utilisent des cigarettes électroniques sont beaucoup plus susceptibles de demeurer dépendantes de la nicotine que celles qui utilisent des produits de remplacement de la nicotine plus traditionnels, comme les timbres, la gomme et les vaporisateurs nasaux de nicotine. Ou, ils étaient plus susceptibles de rechuter à l'usage de la cigarette.

Bref, la question de savoir si, comment et dans quelle mesure les cigarettes électroniques peuvent servir d'outil de renoncement au tabac n'est pas encore réglée, surtout si l'on tient compte du fait que plus de 80 pour cent des fumeurs ont continué à fumer des cigarettes électroniques après l'essai.

Plus sûr mais pas sécuritaire

Le message que les cigarettes électroniques sont une « alternative plus sûre » ont conduit plusieurs des 3,6 millions d'adolescents aux États-Unis à l'utiliser. ( On estime que 16,2 pour cent des adolescents américains vapotent au moins une fois par mois, contre 9,3 pour cent des adolescents canadiens).

Pourtant, l'expression « plus sûre », par comparaison avec les cigarettes, n'est pas synonyme de « sécuritaire ».

Les effets sur la santé de l'inhalation de produits chimiques aromatisants contenus dans les cigarettes électroniques populaires (notamment auprès des jeunes) sont complètement inconnus, de même que le fait de chauffer des liquides dans ces dispositifs. Cela entraîne la décomposition thermique des produits chimiques des cigarettes électroniques. Ces dernières sont en évolution rapide, créant des mélanges et des expositions aux conséquences sanitaires inconnues.

On a évalué les effets néfastes sur la santé causés par l'utilisation de cigarettes électroniques par rapport à ce qui se produit lorsqu'une personne fume des cigarettes pendant plusieurs années. Il est bien établi que fumer la cigarette cause des maladies comme la bronchite chronique, l'emphysème et le cancer . Beaucoup de ces maladies ne se manifestent cliniquement que de nombreuses années après que la première cigarette ait été fumée.

Aucune étude contrôlée n'a jamais été menée pour évaluer si l'utilisation de cigarettes électroniques cause des effets nocifs sur la santé des personnes qui ne fument jamais. À ce jour, les scientifiques n'en connaissent pas les conséquences potentielles à long terme.

Les effets de la cigarette électronique sur la santé sont très différents de ceux de la cigarette

Les maladies liées au tabagisme, comme le cancer du poumon et l'emphysème, ont mis des années à se développer. En sera-t-il ainsi pour les maladies liées à la cigarette électronique. Robert Kneschke/Shutterstock.com

Je pense que les scientifiques et les décideurs devraient cesser complètement de comparer les résultats de l'effet vapotage à ceux du tabagisme. Les plus de 450 cas maintenant confirmés de lésions pulmonaires associées à l'inhalation de vapeurs le prouvent. Les manifestations cliniques chez ces patients sont du jamais vu pour quelqu'un qui fume des cigarettes depuis quelques mois.

De même, ces résultats cliniques n'ont pas été signalés chez les consommateurs de marijuana, même si le THC, l'ingrédient psychoactif de la marijuana, lorsque vapoté, est maintenant associé à un pourcentage élevé de ces cas.

De plus, l'apparition de ces importants problèmes de santé est beaucoup plus rapide que ce que l'on a vu avec les maladies liées au tabagisme. Puisque les médecins diagnostiquent des maladies graves après des expositions relativement courtes, est-ce que cela rend le vapotage plus nocif que la cigarette ?

Considérant que les composés inhalés par la fumée de cigarette sont très différents de ceux inhalés par les cigarettes électroniques, ne serait-ce pas comme comparer des pommes et des oranges ? Car personne ne considérerait qu'il est raisonnable de comparer les effets sur la santé causés par le tabagisme à ceux induits par la consommation de crack.

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This article was originally published in English