Le vrai coût du renouvellement des portables

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Nous avons tous vu ces images : files d’attente interminables, campements de fortune pour être servis les premiers, compte à rebours et applaudissements à l’ouverture des portes du magasin. Telle est la passion que nourrit notre époque pour les nouveautés high-tech, smartphones en tête.

Si j’admire les progrès de la technologie mobile, il faut toutefois admettre que cette ruée vers la nouveauté a eu ces dernières années des effets dévastateurs sur l’environnement. Si nous voulons rester technophiles et soucieux de la planète, il est temps de s’attaquer à ce problème.

Petits téléphones, gros dégâts

Les téléphones individuels sont petits et contiennent peu de matériaux, mais pris dans leur ensemble, les chiffres deviennent vite vertigineux. On estime, par exemple, à 85 millions le nombre de téléphones non utilisés au Royaume-Uni. Or chaque téléphone nécessite pour sa fabrication de l’or, du cuivre, de l’argent et d’autres métaux précieux qui, s’ils ne sont pas recyclés, doivent être extraits du sol.

Tous ces téléphones abandonnés contiennent environ quatre tonnes d’or, autant de ressources perdues dont le coût équivaut à 110 millions de livres et quelque 84 000 tonnes de CO2 rejetées dans l’atmosphère. On estime même que les téléphones contiennent plus d’or par tonne que le minerai extrait des gisements les plus réputés d’Afrique du Sud.

Ma collègue Jacquetta Lee et moi-même avons récemment publié une étude dans l’International Journal of Life Cycle Assessment portant sur l’impact des appareils mobiles sur l’environnement tout au long de leur cycle de vie : fabrication, utilisation, destruction. Nous avons conclu que le modèle économique du secteur de la téléphonie mobile, avec le volume de ses ventes et ses renouvellements répétés, coûtait cher à l’environnement.

Le problème se produit lorsque le remplacement de l’appareil intervient avant la fin de sa durée de vie utile, estimée à un peu plus de trois ans. Les téléphones sont toutefois remplacés bien plus tôt, notamment par le biais de contrats « offrant » de nouvelles machines. Mais ceci ne poserait pas un si gros problème si les « vieux » téléphones pouvaient être réutilisés ou recyclés.

Fou de joie grâce au nouvel iPhone 6, mais pour combien de temps ? Saeed Khan / AFP

Les consommateurs veulent toujours conserver leur capacité à communiquer, de sorte qu’ils conservent leur ancien mobile comme joker au cas où leur nouvel appareil serait cassé ou perdu. Le téléphone traîne dans un tiroir jusqu’à devenir totalement obsolète. Il n’y a alors plus moyen de s’en servir ni de le revendre. Le recyclage des métaux contenus dans les téléphones n’étant pas une entreprise rentable, il y a peu d’intérêt à mettre son mobile dans le circuit du recyclage. Il finit ainsi très souvent à la décharge : les métaux qui le composent sont perdus, il faudra en extraire de nouveaux pour les téléphones à venir.

Dans le nuage

L’impact environnemental d’un téléphone étant le plus fort au moment de sa fabrication, il est très tentant de viser une réduction du nombre d’appareils fabriqués chaque année dans le monde, d’étendre leur utilisation et leur durée de vie et, si possible, de les élaborer de façon moins sophistiquée. Ceci nécessite un nouveau modèle économique.

Il y a bien aujourd’hui une solution du côté du cloud et de ses capacités de stockage. Ici, le traitement des données et la mémoire de stockage des périphériques mobiles sont déplacés vers un serveur distant, sur Internet. Avec un besoin moindre en composants puissants pour stocker et gérer les informations, les appareils mobiles pourraient être moins complexes, conçus pour durer plus longtemps et moins gourmands en ressources précieuses.

Dans l’option cloud, le consommateur paye pour la possibilité de communiquer et d’accéder à la puissance de traitement du serveur distant. Tout ceci est accessible via le combiné fourni en location par le prestataire de services. Ce dernier a alors intérêt à garantir que le dispositif est utilisé pour une durée appropriée avant d’être remplacé par un nouveau terminal. Les métaux précieux peuvent être récupérés et les composants réutilisés.

Ce modèle du cloud a déjà été utilisé dans l’univers PC où des ordinateurs de bureau très puissants ont été remplacés par d’autres, plus légers, et connectés au cloud. Ce changement a permis une sérieuse baisse de la consommation d’énergie, jusqu’à 55 %. Cette solution fait cependant face à de nombreux défis : la mise en œuvre d’un nouveau modèle économique, la démonstration auprès des consommateurs que les services de _cloud computing _sont fiables et performants et qu’ils ne menacent pas la sécurité des données privées. Après tout, seriez-vous prêt à placer toutes les photos contenues dans votre téléphone sur quelque serveur distant ?

Recyclage trop timide

Il faut aussi encourager davantage le recyclage. Les entreprises qui gèrent les retours de téléphones usagés font remarquer que même une enveloppe pré-affranchie dans laquelle le consommateur a juste à glisser son ancien mobile puis la poster n’est pas assez incitative.

Si l’intérêt pour le recyclage dans le seul but, hautement louable en soi, de préserver l’environnement ne rallie pas les foules, il augmentera certainement à mesure que les prix des métaux contenus dans les appareils grimperont.

Toutes ces nouvelles problématiques sont complexes. Mais l’attitude des fabricants, ouverts aux changements, est un bon signe. En attendant, les consommateurs doivent ouvrir les yeux : nos modes de vie ne peuvent exister dans une bulle. Les choix que nous faisons aujourd’hui auront une incidence sur la planète beaucoup plus rapidement que nous le pensons. Et il arrivera un moment où la bulle ne manquera pas d’éclater.

This article was originally published in English