L'entraînement cérébral pour améliorer la santé des séniors

Améliorer la santé des séniors : un enjeu majeur de nos sociétés. Eberhard Grossgasteiger / Unsplash, CC BY-SA

Avec l’augmentation de l’espérance de vie, il devient crucial de s’assurer de la bonne santé mentale et physique des seniors. En effet, le nombre de personnes de plus de 60 ans devrait plus que doubler au cours de la première moitié de ce siècle atteignant 2 milliards d’individus d’ici 2050.

Parallèlement à cet allongement de l’espérance de vie, on assiste à une augmentation du nombre de personnes affectées par des troubles tels que les pertes de mémoire, la maladie d’Alzheimer et la démence. Environ 15 % des adultes de plus de 60 ans souffrent de pathologies associées au vieillissement, qui sont à l’origine d’une invalidité totale chez 6,6 % d’entre eux.

L’étude « Silver Santé Study » a obtenu un financement de 7 millions d’euros par la Commission Européenne dans le cadre du programme Horizon 2020, et s’intéresse aux déterminants de la santé mentale et du bien-être chez les seniors.

Plus précisément, cette étude, qui réunit différentes équipes de recherche basées en France, Belgique, Allemagne, Espagne, Suisse et au Royaume-Uni, évalue si les techniques d’entraînement cérébral – telles que la méditation, l’apprentissage d’une langue étrangère et l’éducation en santé – peuvent améliorer la santé mentale et le bien-être des seniors. En identifiant les déterminants d’un vieillissement réussi, nous espérons pouvoir trouver des moyens d’aider les personnes à préserver une bonne qualité de vie. Ceci permettra de réduire les coûts familiaux et sociétaux liés aux maladies associées à l’âge.

Prendre en compte la dimension émotionnelle du vieillissement

Ce projet, qui porte un intérêt particulier à la maladie d’Alzheimer et ses mécanismes, est unique à plusieurs égards : il est le premier à prendre en compte la dimension émotionnelle du vieillissement. Le stress, l’anxiété, la dépression, le sentiment de solitude et d’exclusion sociale sont autant de facteurs qui peuvent dégrader la qualité de vie des personnes lorsqu’elles prennent de l’âge. De plus, la plupart de ces facteurs sont associés à un risque accru de développer la maladie d’Alzheimer, et peuvent induire des problèmes de sommeil, eux-mêmes liés à la maladie. Ces aspects émotionnels ou psycho-affectifs sont rarement considérés dans les interventions pour les personnes âgées.

Il s’appuie sur le recueil d’un ensemble complet et unique de mesures, incluant des données de neuroimagerie : Une des forces de cette étude est de recueillir un ensemble de mesures complémentaires permettant d’évaluer le bien-être et la santé des personnes de façon très complète. Ainsi, nous mesurons la structure et le fonctionnement cérébral, la qualité du sommeil au moyen de questionnaires et de d’enregistrements objectifs pendant la nuit, les capacités cognitives, les habitudes de vie et différents marqueurs sanguins de la santé, du vieillissement ou en lien avec les émotions.

Apprentissage d’une nouvelle langue, méditation et éducation à la santé

Les interventions qui seront proposées dans cette étude visent à améliorer la santé et le bien-être des personnes alors qu’elles prennent de l’âge et réduire les facteurs de risque des maladies liées à l’âge comme la maladie d’Alzheimer. Ainsi, nous proposons des cours d’apprentissage d’une langue étrangère (l’anglais), des cours de méditation correspondant à un entraînement mental à la régulation de l’attention et des émotions, et des cours d’éducation à la santé. De par leurs composantes sociale (cours en groupes), active (apprentissage) et le fait qu’elles ciblent plus ou moins directement les facteurs psycho-affectifs, ces interventions devraient avoir un effet bénéfique sur les aspects émotionnels du vieillissement.

Les équipes de « Silver Santé Study » mènent deux essais cliniques. Le premier, SCD-Well, évalue l’effet d’interventions de courte durée sur des mesures comportementales. Les patients ont été recrutés au sein de consultations mémoire et présentent une plainte cognitive (ils se plaignent de leur mémoire), de sorte qu’une amélioration soit mesurable dans un délai réduit. Mené en Allemagne, Espagne, France et au Royaume-Uni, cet essai compte 160 participants et l’intervention dure huit semaines.

Ces patients vont suivre une intervention de méditation ou d’éducation à la santé pendant huit semaines, et les effets seront mesurés au moyen de tests, de questionnaires, et sur des marqueurs sanguins.

Age-Well comprend deux études : la première compare 30 « experts » de la méditation à des novices de 65 ans et plus, la seconde évalue les changements induits par une intervention de 18 mois chez 140 seniors.

Les 140 seniors vont être répartis au hasard dans trois groupes : un groupe « méditation » un groupe « anglais » et un groupe « contrôle » qui ne changera pas ses habitudes de vie. Pendant les 18 mois de l’intervention, les participants pratiqueront soit l’anglais soit la méditation à raison d’une séance de deux heures par semaine en groupe avec des enseignants experts, et des exercices individuels tous les jours pendant environ 20 minutes avec le support d’une tablette. À la fin de l’intervention, l’ensemble des examens est à nouveau répété.

Des interventions non pharmacologiques

Une partie importante de cette recherche est l’étude de l’impact de différents facteurs, tels que le mode de vie et les émotions, sur le vieillissement. Ainsi, une alimentation saine, un exercice physique régulier, un bon sommeil ou un contact social régulier peuvent-ils améliorer la santé mentale et le bien-être plus tard dans la vie ? Quel rôle jouent les émotions telles que la solitude, le chagrin et la colère dans la santé mentale en vieillissant ?

Des recherches récentes ont montré que des interventions non pharmacologiques ciblant divers facteurs de risque vasculaires et liés au mode de vie (nutrition, activité physique…), pouvaient avoir des effets positifs sur les fonctions cognitives. Nous déterminerons si d’autres aspects de la santé mentale et du bien-être, tels que la démence, les symptômes dépressifs, les facteurs de risque vasculaires et la qualité de vie, peuvent bénéficier des interventions.

« Silver Santé Study » a été soigneusement conçue pour examiner un large éventail de facteurs grâce à l’aide d’experts des différents domaines étudiés : la méditation (Dr Antoine Lutz, Inserm, France), le mode de vie, l’attention (Dr Fabienne Collette, Université de Liège, Belgique), les émotions (Dr Olga Klimecki, Université de Genève, Suisse), la cognition et le bien-être (Dr Natalie Marchant, University College London, Royaume-Uni) et les biomarqueurs (Dr Gaël Chételat, Inserm, France).

Cette étude permet d’évaluer les effets des interventions sur différents marqueurs complémentaires de la santé mentale et du bien-être, mais aussi d’étudier les mécanismes sous-jacents. Ceci nous permettra d’optimiser les interventions futures sous la forme de programmes adaptés et personnalisés. Enfin, notre objectif est également d’utiliser les résultats de nos recherches pour développer une gamme d’outils, tels que des applications et des conseils, qui aideront les personnes à prendre soin de leur esprit et de leur corps tout au long de leur vie. Nos résultats contribueront également à des discussions importantes sur le maintien d’une bonne qualité de vie dans la population générale et à informer les prestataires de soins et les décideurs sur les interventions qui contribueront à réduire le coût des soins relatifs aux maladies liés à l’âge.

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