Du personnel médical s’entretient avec une femme présumée avoir été infectée par le coronavirus dans un centre de santé communautaire à Wuhan, en Chine, en janvier 2020. Chinatopix via AP

L’épidémie de coronavirus à l’heure des médias sociaux

Depuis un peu moins de 20 ans, trois nouveaux coronavirus – le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2002, le MERS (syndrome respiratoire du Moyen-Orient) en 2012 et maintenant le 2019-nCoV – ont fait leur apparition, avec des conséquences sanitaires et économiques dans le monde entier.

Avant le SRAS, on considérait que les coronavirus n’entraînaient que de petits rhumes. Bien qu’ils puissent engendrer des infections graves chez les groupes à haut risque tels que les nouveau-nés, les personnes âgées et les gens qui ont déjà des problèmes de santé, chez les adultes en bonne santé, ils n’occasionnent généralement que des maladies bénignes.

Avec l’émergence du SRAS, on a observé que des coronavirus pouvaient causer une maladie grave chez des adultes par ailleurs en bonne santé, le virus attaquant la partie inférieure des poumons. Le MERS a également provoqué des épidémies de pneumonie et d’infections systémiques depuis 2012.

Nous assistons en ce moment à l’apparition d’un troisième coronavirus qui peut entraîner une pneumonie grave, ce qui modifie la perspective mondiale sur les coronavirus et leur capacité à causer un large éventail de maladies. Pendant que le public est en quête d’informations et que les scientifiques s’empressent de trouver des réponses, les progrès des médias sociaux et de la technologie offrent de bonnes, de mauvaises ainsi que d’horribles sources de renseignements.

Des progrès rapides

Le monde a changé depuis 2002, année où le SRAS est apparu. Les plates-formes de médias sociaux, comme Twitter et Facebook, permettent un échange rapide d’informations – et parfois de fausses nouvelles. En outre, de nombreuses technologies et techniques de pointe que les scientifiques utilisent aujourd’hui pour analyser les données massives n’existaient pas en 2002.

Une infirmière en vêtements de protection devant la porte d’un patient en quarantaine diagnostiqué avec le SRAS dans un hôpital de Toronto en mars 2003. La Presse Canadienne/Kevin Frayer

Le 31 décembre, l’Organisation mondiale de la santé a été alertée de la présence d’un foyer de pneumonie qui semblait être lié à un marché de Wuhan, le Marché de fruits de mer de Huanan. Les scientifiques chinois ont vite isolé le virus et séquencé son génome à l’aide d’une technologie de pointe appelée séquençage de nouvelle génération.

Cette technologie permet aux scientifiques de déterminer rapidement le code génétique d’un organisme. Elle détecte toutes les variations ou mutations du génome, ce qui fournit aux scientifiques des indices sur le taux de mutation, la source du virus et son mode de circulation au sein d’une population.

Le premier code génétique décrivant les éléments constitutifs de ce virus a été rendu public le 10 janvier. Certaines des premières analyses ont indiqué que le virus provenait des serpents. Les scientifiques de l’Institut de virologie de Wuhan ont par la suite déclaré qu’il s’agissait d’un coronavirus semblable au SRAS et qui provenait probablement des chauves-souris : la séquence du virus est identique à 96 pour cent à celle d’un coronavirus présent chez les chauves-souris.

Le fait de savoir que le 2019-nCoV a beaucoup de points communs avec le virus du SRAS a permis aux scientifiques de déduire des informations importantes sur son mode de transmission d’une personne à une autre et sur la façon dont il se lie aux cellules et y pénètre pour créer de nombreuses copies de lui-même, un processus appelé réplication.

La séquence du génome viral permet également aux scientifiques de produire des protéines virales pour la conception d’un vaccin.

Maintenant que le génome est séquencé, beaucoup de chercheurs disposant d’un large éventail d’outils peuvent travailler sur des vaccins et des antiviraux pour cette menace virale imminente. Grâce à Twitter, à Skype, à WhatsApp et à bioRxiv (un site web où les scientifiques peuvent télécharger leurs articles scientifiques pour les soumettre à l’examen du public), les cliniciens, les virologistes, les bioinformaticiens (des biologistes qui travaillent avec des données massives) et les épidémiologistes du monde entier concentrent et coordonnent leurs efforts pour lutter contre l’épidémie et contenir sa propagation.

Plus précisément, les scientifiques utilisent Twitter pour lancer des idées qui contribuent à faire avancer la recherche sur le 2019-nCoV.

Obtenir la bonne information

À ce jour, le 2019-nCoV s’est étendu à 18 pays et territoires, la Chine étant la plus touchée. Il y a eu 132 décès et 6 065 cas confirmés dans le monde, dont deux à Toronto et un en Colombie-Britannique. Mais il s’agit d’une situation qui évolue rapidement, et ces chiffres sont probablement déjà dépassés.

Selon les modélisations, il pourrait y avoir jusqu’à 100 000 cas. Si c’est vrai, cela pourrait suggérer que la maladie causée par le virus peut être de très légère à très grave, ce qui se traduirait par un nombre élevé de cas non déclarés.

Au départ, les spécialistes ont affirmé que le virus ne se transmettait pas d’une personne à l’autre. Les rapports indiquent maintenant [qu’il y a une transmission interhumaine soutenue](https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1496677/chine-organisation-mondiale-sante-tedros-ryan](https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1496677/chine-organisation-mondiale-sante-tedros-ryan).

Les médias ont laissé entendre que la transmission du virus pourrait avoir lieu pendant la période d’incubation du coronavirus 2019, bien que cela reste à confirmer et que l’information ait été accueillie avec un certain scepticisme. Ces déclarations ont fait planer une aura d’appréhension autour des informations communiquées sur l’épidémie émergente.

Mais alors, le virus est-il très dangereux ? Dans quelle mesure devrions-nous nous inquiéter ? Avec toutes ces informations, il est difficile de savoir comment faire le tri parmi les opinions et les reportages diffusés par les médias et sur les réseaux sociaux.

Les Canadiens devraient se tourner vers les organismes de santé provinciaux et l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) pour obtenir des renseignements et des conseils fiables et précis. L’ASPC collabore avec l’OMS pour surveiller la situation et donner des directives aux Canadiens.

Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada, participe à une conférence de presse à la suite de l’annonce du premier cas confirmé du coronavirus au Canada, à Ottawa, le 26 janvier 2020. La Presse Canadienne/Justin Tang

Selon les centres américains de contrôle et de prévention des maladies, le 2019-nCoV semble se propager principalement par contact direct et par les gouttelettes respiratoires produites quand une personne infectée tousse ou éternue. Pour réduire l’exposition à ce virus, l’OMS recommande de se laver fréquemment les mains, de se couvrir la bouche et le nez avec le pli du coude ou un mouchoir lorsqu’on éternue et d’éviter les contacts proches avec toute personne qui a de la fièvre ou qui tousse.

Restons calmes

À ce stade de l’épidémie, nous sommes encore dans une phase dynamique où les scientifiques apprennent en temps réel comment le virus nouvellement apparu se comporte et circule dans les populations. Il faudra du temps pour produire les informations fiables nécessaires à une analyse détaillée du processus de transmission et de propagation du 2019-nCoV.

Les scientifiques, les épidémiologistes, les cliniciens et les modélisateurs de données doivent effectuer des analyses précises et des expériences contrôlées pour que l’on puisse mieux comprendre le comportement du virus et connaître ses similitudes et différences avec d’autres coronavirus.

Il est important d’écouter nos organismes de santé publique pour obtenir des informations claires afin de nous protéger, ainsi que nos proches, contre la maladie et la panique.

This article was originally published in English

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