Les bestioles des dessins animés ne sont pas des animaux de compagnie !

Le fennec version Disney. The Walt Disney Company France

Nombre de films et de programmes télé ont pour personnages principaux des animaux au comportement amical et joyeux, souvent dotés de traits de caractère humains. C’est évidemment bien mieux que d’en faire des monstres, mais en agissant de la sorte, ces divertissements suscitent chez les spectateurs l’envie de les transformer en animaux de compagnie.

Le dernier film d’animation de Disney en est un exemple flagrant. Intitulé Zootopie, Zootropolis ou encore Zoomania en fonction de là où vous habitez, on y découvre un malicieux fennec ; ce petit renard de la taille d’un chat arbore de remarquables oreilles, très grandes, qui lui permettent de se maintenir au frais dans son Sahara natal.

Répondant au nom de Finnick, le fennec de Disney n’apparaît que dans quelques scènes ; c’est un personnage secondaire, le premier rôle revenant à un renard roux appelé Nick Wilde. Mais ces quelques moments furent suffisants pour conquérir les spectateurs. Après la sortie du film dans les salles chinoises, on a ainsi noté une explosion des demandes de fennecs pour en faire des animaux de compagnie, ce pour quoi ils sont totalement inadaptés.

Si la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature n’indique pas que cette espèce soit menacée, ce film pourrait malheureusement changer la donne. Et la capture des fennecs – pour être vendus aux touristes ou exhibés – constitue déjà la principale menace qui pèse sur ces animaux d’Afrique du Nord. La fièvre chinoise pour ces petits mammifères pourrait considérablement accroître ce phénomène.

Un fennec dans son Sahara natal. Cat Downie/Shutterstock

Cette hypothèse pourrait bien se voir confirmée : le passé fourmille d’exemples de films à gros budget ou de séries TV grand public ayant lancé des modes d’animaux de compagnie, en jouant la carte de l’anthropomorphisme ou de l’exotisme.

Prenons les chiens. Plusieurs races de gros animaux, plutôt rares et difficiles à garder chez soi ont connu une célébrité soudaine en apparaissant dans des films : on pense aux saint-bernard de Beethoven, aux dogues de Bordeaux de Turner et Hooch, ou encore aux mâtins de Naples de la saga des Harry Potter. Dans le désormais culte Les 101 Dalmatiens, si les chiens à taches sont présentés comme de gentils toutous, câlins et drôles, la réalité est bien différente, et les spécialistes ne manquent pas de souligner que ces chiens possèdent un fort caractère, qu’ils ont besoin de se défouler et que leur comportement peut parfois se révéler destructeur. En 1997, des organisations de secours rapportèrent que le nombre de dalmatiens abandonnés aux États-Unis avait plus que doublé.

Il en a été de même récemment avec les malamutes de l’Alaska, les huskies de Sibérie et d’autres races de chiens tirant sur le loup après l’apparition de ces derniers et de races canines inuites du Nord dans Game of Thrones et la saga Twilight. Entre 2010 et 2014, le nombre de ces chiens abandonnés avait triplé au Royaume-Uni. Beaucoup de propriétaires n’avaient en effet pas su gérer le quotidien avec des animaux imposants aux besoins bien réels en matière d’exercice, de vie sociale et ou de stimulation mentale.

Les chiens ne sont pas les seuls concernés : la vente de tortues a aussi connu un véritable boom après la sortie des Tortues Ninja. L’organisme de bienfaisance American Tortoise Rescue a indiqué que ces animaux avaient pour la plupart fini dans les toilettes, quand ils n’avaient pas été tués ou abandonnés.

Les animaleries ont de même croulé sous les demandes de poissons-clowns à l’occasion de la sortie en salles du Monde de Nemo en 2003 et ce malgré le coût élevé et la difficulté que représente l’entretien de poissons originaires des récifs coralliens. Et avec Hedwig, le hibou de la saga Harry Potter, on assista à une recrudescence d’abandon de ces rapaces dans les refuges.

Hedwig, le hibou de Harry. 2001 Warner Bros.

Les chimpanzés sont également victimes, et ce depuis des décennies, de l’image fausse que véhiculent les médias à leur propos. Cette espèce est aujourd’hui menacée, son commerce illégal constituant l’un des principaux dangers qui pèsent sur ces animaux. Car pour les capturer, on tue habituellement la femelle afin de s’emparer de son petit.

Si quantité de films et de programmes télé présentent les chimpanzés comme de gentils animaux, aimant faire les clowns, ils ne sont aucunement adaptés à la domesticité. Quand ils atteignent la maturité, vers 5 ans, ils peuvent représenter un risque pour les humains, en mordant ou en agressant. Beaucoup finissent alors dans les laboratoires de recherche, quelques chanceux trouvant asile dans des refuges spécialisés.

Ronald Reagan interpréta autrefois un psychologue tentant d’inculquer les valeurs morales à un chimpanzé.

Ces phénomènes de mode sont à la fois désolants et inquiétants ; l’industrie du divertissement devrait prendre ses responsabilités en la matière, même s’il existe quelques initiatives positives qui se proposent de fournir aux spectateurs des informations sur les espèces présentées à l’écran.

Mais la responsabilité nous incombe tout autant et la façon dont nous envisageons les rapports entre hommes et animaux mérite réflexion. Cette dernière pourrait commencer par la reconnaissance que les animaux sont des êtres « sentients », dotés de besoins propres.

This article was originally published in English