Le célèbre sexologue Alfred Kinsey a dit un jour que le seul acte sexuel non naturel est un acte qui ne peut être exécuté. Sharon McCutcheon/Unsplash, CC BY-NC-ND

Les façons d'avoir des rapports sexuels se déclinent - presque- à l’infini, et tous sont «naturels»

Les êtres humains ont découvert un nombre quasi infini de façons d’avoir des relations sexuelles – et d'objets avec lesquelles avoir ces relations. Selon le chercheur réputé en sexualité Alfred Kinsey, « le seul acte sexuel anormal est celui qui ne peut être réalisé ».

Du fétichisme des pieds aux tenues ou habitudes les plus farfelues, les fétiches forment un arc-en-ciel sans fin de préférences et de pratiques). Bien que peu de recherches aient été réalisées sur les fétiches et les goûts sexuels atypiques des humains, des études de cas et des travaux sur le comportement des animaux non humains donnent une meilleure idée de la façon dont ils se développent.

Dans le fétichisme, l’objet du désir n’est pas nécessairement lié à l’acte sexuel, mais le fétiche est source d’excitation sexuelle, de fantasmes et de préférences. D’ailleurs, non seulement les fétiches peuvent s’intégrer dans une vie sexuelle saine et amusante, qu’on soit seul ou en couple, mais ils constituent aussi la base de certaines sous-cultures sexuelles.

Ne jugeons pas la vie sexuelle des autres.

Malheureusement, les fétiches sont souvent associés à tort à de la déviance sexuelle, inspirant facilement des sentiments de gêne ou de honte. Beaucoup d’entre nous jugent trop rapidement les choses que nous comprenons ou ne pratiquons pas. Et lorsqu’il est question de sexe, nous avons tendance à penser que les choses que nous ne faisons pas sont étranges, mauvaises, voire dégoûtantes.

À la place, embrassons notre curiosité. Image by Shibari Kinbaku from Pixabay

Les marches de la fierté qui ont lieu cet été sont nées d’un mouvement social de protestation contre les pratiques répressives et discriminatoires à l’encontre des personnes LGBTQ après les émeutes de Stonewall en 1969, dans la ville de New York. Cinquante ans plus tard, le Mois de la Fierté est devenu une commémoration et une célébration des minorités et de la diversité sexuelles.

Jetons un œil sous la couette pour livrer une vision plus positive de ces soi-disant « perversions ». Nous avons peut-être tous une ou deux choses un peu spéciales qui nous allument. Alors pourquoi ne faisons-nous pas plus preuve d’acceptation face à nos désirs sexuels les plus obscurs?

Que sont les fétiches?

Quand on parle de fétiches, il n’est pas juste question de fouets et de cuir. Les fétiches s’inscrivent dans une curiosité naturelle à explorer les territoires inconnus de notre sexualité.

Les premières études avançaient que les fétiches étaient des anormalités ou des perversions sexuelles. Cependant, la plupart des chercheurs et des cliniciens considèrent aujourd’hui que les fétiches ne sont nuisibles que s’ils causent une détresse ou un danger physique, ou s’ils impliquent une transgression du consentement.

Les scientifiques ont récemment commencé à comprendre comment se développe le fétichisme. Plusieurs études sur les animaux et rapports de cas sur les humains donnent à penser qu’une imprégnation dès le plus jeune âge ainsi qu’un conditionnement pavlovien ou classique peuvent façonner la formation de fétiches. Nous pensons que l’apprentissage par l’expérience joue un rôle important dans la formation de fétiches.

Selon la perspective du conditionnement pavlovien, les fétiches sont le produit d’une association entre les premières expériences sexuelles gratifiantes et des objets, des actes ou des parties du corps qui ne sont pas nécessairement de nature sexuelle. C’est peut-être la raison pour laquelle les fétichistes n’ont pas tous les mêmes fétiches.

Quant à l’imprégnation dès le plus jeune âge, les meilleurs exemples sont tirés d’une étude dans laquelle des chevreaux et des agneaux nouveau-nés ont été mélangés pour être élevés par la femelle de l’autre espèce : les chevreaux ont été confiés à des brebis, et les agneaux à des chèvres. Les résultats ont montré que les boucs et les moutons avaient des préférences sexuelles pour les femelles de l’espèce opposée, c’est-à-dire celle de leur mère nourricière, tandis que les brebis et les chèvres étaient plus ouvertes dans leur choix et avaient des relations sexuelles avec des mâles des deux espèces.

Les travaux impliquant des rats ont montré que d’autres animaux non humains développent aussi des fétiches. Image by Hebi B. from Pixabay

Cette étude jette la lumière sur les différences entre les fétichistes selon le sexe, car il y a en général davantage d’hommes que de femmes ayant des fétiches.

Ces différences semblent s’expliquer uniquement par la diversité des besoins sexuels. Les hommes tendent en effet à ressentir plus d’excitation ou moins de répulsion à l’égard des actes sexuels « déviants » que les femmes. Cela ne veut toutefois pas dire que les hommes ont davantage de troubles psychologiques.

Troubles liés au fétichisme

Le fétichisme, comme toute autre chose dans la vie, peut aller un peu « trop loin ». Les fétiches peuvent non seulement être une préférence, mais aussi un besoin pour exprimer l’excitation sexuelle, ce qui peut influer sur les schémas privilégiés d’excitation ou de performance.

Les troubles liés au fétichisme ont deux caractéristiques principales : une excitation sexuelle récurrente et intense suscitée soit par l’utilisation d’objets, soit par ou une ou plusieurs parties du corps très précises, hormis les organes génitaux. Cette excitation se manifeste par des fantasmes, des désirs intenses ou des comportements susceptibles de causer une grande détresse ou de nuire à la vie intime, sociale ou professionnelle.

Certains troubles sont particulièrement inquiétants, tels que l’exhibitionnisme ou le frotteurisme. Ces paraphilies sont considérées comme une déviation des interactions sexuelles normales avec autrui. Malheureusement, ces deux troubles sont encore peu compris.

Comme il a été mentionné plus haut, si nous pouvons pour une quelconque raison établir des associations qui guident notre excitation par des expériences d’apprentissage, la recherche a également montré que ces associations peuvent être « effacées ». Ce processus peut cependant s’avérer lent, difficile à changer et susceptible d’être spontanément déclenché par des signaux familiers.

Pas de définition de la normalité

Les fétiches ont le potentiel d’enrichir ou d’accroître le répertoire de sensations ressenties lors des rapports sexuels. D’ailleurs, selon les données expérimentales, les animaux sont davantage excités lorsqu’ils apprennent à associer le sexe avec des signaux fétiches.

Au lieu de vous concentrer sur les choses que vous devriez aimer ou qui devraient vous exciter, interrogez-vous sur l’effet que vous font ces choses, à vous ou à votre partenaire. Le concept de normalité est flou, et il vous revient d’en repousser ou non les limites.

Il n’existe pas de définition exacte permettant d’établir si une chose est normale ou saine. Ces définitions dépendent grandement du contexte (époque historique et culture).

Nous restons fixés sur ce qui nous semble être plus fréquent, sain, naturel ou normal : mais qu’en est-il de ce qui nous fait simplement du bien?

Célébrations de la fierté à Calgary en 2018. Toni Reed/ Unsplash

Comment savoir si vous avez un fétiche? Tant que tout se déroule dans le consentement et le respect, ce que vous faites sous la couette, sur la table à manger ou à cet endroit secret et caché importe peu.

Et si vous n’avez pas de fétiche, il n’est jamais trop tard pour essayer!

Tandis que les Nord-Américains célèbrent la fierté cet été, profitons-en pour repenser à notre diversité sexuelle haute en couleur – et au nombre infini de façons d’avoir des relations sexuelles, sachant qu’aucune n’est anormale.

Nous croyons que chaque personne devrait avoir la possibilité d’exprimer sa sexualité et de l’embrasser sans le poids des stéréotypes ou du concept de « normalité ». La vie est trop courte pour ne pas être vécue pleinement, surtout lorsqu’il est question d’apprécier les plaisirs de la chair!

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This article was originally published in English