Les lagunes méditerranéennes, espaces fragiles et indispensables

L’étang de Diana, en Corse. V. Pasqualini, CC BY-NC-ND

Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (du 5 au 13 octobre 2019 en métropole et du 9 au 17 novembre en outre-mer et à l’international) dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition aura pour thème : « À demain, raconter la science, imaginer l’avenir ». Retrouvez tous les débats et les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.


Classées parmi les milieux humides – dont un rapport parlementaire soulignait en janvier 2018 le rôle écologique essentiel – les lagunes côtières méditerranéennes sont particulièrement remarquables. On peut citer, par exemple, le delta du Nil (Égypte), la lagune de Venise (Italie), les lagunes de l’Occitanie (France) ou encore la lagune des Bibanes (Tunisie).

Situées à l’interface entre les domaines terrestre et marin, les zones humides littorales figurent parmi les écosystèmes les plus productifs au monde. Les deltas et estuaires produisent trois fois plus de matière vivante au m2 que les forêts tropicales. Grâce à leur faible profondeur et renouvellement des eaux, les lagunes côtières offrent une richesse exceptionnelle dont les hommes ont cherché à tirer profit en aménageant ces espaces littoraux ; autant d’aménagements qui ont entraîné leur dégradation, voire leur disparition.

Les principales menaces qui pèsent sur ces espaces concernent un enrichissement nutritif important (appelé « eutrophisation ») issu des bassins versants, résultat de l’activité agricole et des rejets urbains ; il y a aussi le rôle du drainage, de l’assèchement et du comblement de ces zones générateurs d’effets néfastes.

Un rôle écologique essentiel

Réservoirs de biodiversité et de productivité écologique, les lagunes côtières sont essentielles aux activités économiques locales – telles que la pêche artisanale et la conchyliculture. Elles constituent également des zones d’étapes importantes pour un grand nombre d’espèces migratrices d’oiseaux et de poissons (par exemple le flamant rose) ; et elles jouent un rôle écologique d’épuration et de filtration des eaux douces en provenance des bassins versants, améliorant la qualité des eaux.

Elles protègent également les villes littorales des inondations, préviennent les sécheresses et contribuent à protéger les côtes de l’hydrodynamisme (impact de la mer) et de l’érosion sédimentaire. Paysages remarquables du littoral, elles rendent possible nombre d’activités culturelles et récréatives.

Les flamands roses, habitants des lagunes. Wolfgang Hasselmann

Mobilisation réglementaire

Une prise de conscience grandissante de la nécessité de protéger et préserver ces milieux a été observée et a conduit, depuis une vingtaine d’années, à la mobilisation des instances (internationales, nationales et régionales) pour préserver, conserver et même restaurer ces espaces.

On peut citer, par exemple, la directive européenne « Habitat » de 1992 qui impose d’évaluer dans les sites du réseau Natura 2000, l’état de conservation des habitats et des espèces d’intérêt communautaire. La directive européenne cadre sur l’eau, adoptée en 2000, constitue un autre cadre important : elle vise à réduire la pollution de l’eau, promouvoir son utilisation durable, améliorer l’état des écosystèmes aquatiques (dont les lagunes côtières) et atténuer les effets des inondations et des sécheresses.

Plus localement, il existe des documents de planification, à l’image des schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux du bassin qui fixent les orientations permettant d’atteindre les objectifs attendus en matière de bon état des eaux.

La restauration écologique des lagunes méditerranéennes constitue une préoccupation majeure, renforcée par le contexte de changement climatique actuel. Cette restauration nécessite une connaissance approfondie du fonctionnement de ces zones et l’utilisation d’indicateurs biologiques adaptés pour réaliser les diagnostics environnementaux.

Leur position à l’interface entre terre et mer et leurs caractéristiques hydromorphologiques contrastées (avec des formes ou des tailles de bassins versants très différents) rend l’étude de leur fonctionnement très complexe ; chaque lagune possède en effet une dynamique propre et il s’avère difficile d’établir des trajectoires de restauration écologique communes à l’ensemble de ces écosystèmes.

Les voies de la restauration

Deux types de restauration écologique peuvent être appliqués aux lagunes côtières, selon la fréquence des pressions exercées et l’intensité de la dégradation : la restauration active et la restauration passive.

La première cherche à accélérer le rétablissement du milieu ou à le provoquer lorsque celui-ci n’est plus capable de se rétablir spontanément alors même que la perturbation a été supprimée (réimplantation d’herbiers, récifs artificiels).

La restauration passive consiste à supprimer ou à réduire la pression exercée sur le milieu, en réduisant par exemple les apports en nutriments grâce à des travaux de stations d’épuration ou d’amélioration de l’équilibre hydrologique par la diminution du temps de résidence de l’eau. Il peut aussi s’agir d’initier ou de faciliter la reprise des processus naturels permettant à l’écosystème de se régénérer de lui-même. Mais revenir d’un état dégradé à un état d’origine sain ne correspond pas à inverser la trajectoire qui a conduit à cet état dégradé ; il s’agit d’une trajectoire différente et souvent plus longue.

Les microalgues, ce premier maillon de la chaîne alimentaire très sensible aux variations environnementales, constituent de bons indicateurs du statut écologique des milieux aquatiques. Des actions de restauration de certaines lagunes méditerranéennes françaises ont initié une amélioration de leur qualité écologique, caractérisée par une diminution des microalgues associée à la réapparition des herbiers aquatiques.

Mais ce processus est accompagné d’une augmentation de la fréquence d’efflorescences de microalgues potentiellement toxiques pour l’écosystème et pour l’homme.

C’est dans cette optique que l’étude des communautés microalgues est d’une importance capitale dans les recherches sur la restauration des écosystèmes lagunaires. Les résultats scientifiques permettront de fournir une aide à la gestion de ces milieux.

On le voit, protéger les lagunes méditerranéennes implique aujourd’hui de mobiliser l’ensemble des acteurs concernés et d’envisager ces espaces comme autant de « socio-écosystèmes », qui concernent la nature mais aussi les sociétés. Cette approche intégrée et pluridisciplinaire – associant sciences naturelles et sociales – constitue une nouvelle méthode originale d’aborder le fonctionnement global et la restauration de ces zones.


Marie Garrido, de l’Office de l’Environnement de la Corse, a participé à la rédaction de cet article.