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Les maigres efforts climatiques de l’Indonésie menacés de partir en fumée

Des soldats indonésiens interviennent à la suite des terribles incendies qui ravagent l’archipel depuis plusieurs mois. Darren Whiteside/Reuters

Les maigres efforts climatiques de l’Indonésie menacés de partir en fumée

L’Indonésie s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 29 % d’ici à 2030. Un chiffre qui pourrait même atteindre les 41 % si la communauté internationale accepte d’apporter son aide. Cet objectif de réduction des émissions (« contribution prévue, déterminée au niveau national », ou CPDN) est donc légèrement plus élevé que l’engagement, pris en 2009, d’une diminution de 26 % d’ici à 2020.

Cet objectif reste toutefois problématique, et ce, pour trois raisons : il manque d’ambition, de cohérence, et il ne reflète pas les émissions réelles du pays, puisque les feux de forêt dévastateurs qui sévissent depuis des mois n’ont pas été pris en compte dans cette « contribution ».

L’Indonésie est l’un des plus gros émetteurs mondiaux de GES – ses feux de forêts l’ayant placé en 4e position. Son engagement peu conséquent risque d’entraver les efforts internationaux visant à lutter contre le changement climatique.

Un objectif peu ambitieux

L’engagement de chaque pays à réduire ses émissions est déterminant pour limiter le réchauffement climatique à 2 °C par rapport à la période préindustrielle (soit avant 1880). Comparé à celui des autres pays, le taux d’émissions fixé par l’Indonésie permettra-t-il d’atteindre cet objectif ? Pas vraiment.

Pour contribuer réellement à l’effort mondial, le pays devra stabiliser ou diminuer ses émissions, alors que son économie est en plein essor. Selon les dernières estimations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’idéal serait de détacher cet essor économique de celui des émissions. Mais cela risque d’être compliqué, car l’économie indonésienne repose sur des secteurs à forte empreinte carbone, comme l’agriculture, l’industrie forestière et l’énergie. Pour l’instant, le pays cherche le moyen de dissocier l’augmentation du PIB de la hausse des émissions, mais uniquement de façon relative : les émissions de GES devront simplement augmenter moins vite que le PIB.

Une réduction de 29 % de ces émissions ne sera, en outre, pas suffisante pour atteindre l’objectif global fixé par les scientifiques. Compte tenu des problèmes endémiques du pays, notamment liés aux incendies, l’Indonésie doit se montrer plus ambitieuse.

Un projet incohérent

Son projet climatique n’est pas non plus cohérent. Il n’existe aucune coordination entre les actions envisagées, les secteurs concernés et le processus de planification, par exemple entre le budget alloué et les plans de réduction. Cette incohérence est due au processus d’élaboration de la CPDN.

L’objectif de 29 % a été établi scientifiquement par le comité de développement et de planification indonésien (Bappenas). Mais le procédé n’était pas vraiment participatif. Si quelques agences ont été impliquées, les gouvernements régionaux, le secteur privé et les ONG n’ont pas été consultés. Le déroulement et l’élaboration de la CPDN ont donc manqué de transparence.

À l’inverse, le conseil consultatif du ministère de l’Environnement et de l’Industrie forestière a préparé la CPDN dans une démarche plus participative qui impliquait davantage de parties prenantes. Il a néanmoins repris le chiffre de 29 % avancé par le Bappenas, en retirant toutes les relations, hypothèses et données qui avaient permis de l’obtenir. La CPDN contient donc des éléments détaillés, mais qui ne se rattachent pas toujours les uns aux autres. Certains sont même contradictoires.

Des feux de forêt dévastateurs

Il faudrait donc revoir cette CPDN afin d’y inclure des simulations plus réalistes de la gestion des tourbières, et mieux prendre en compte les récents feux de forêt qui ont ravagé le pays.

En Indonésie, premier exportateur d’huile de palme au monde, les pratiques qui produisent le plus d’émissions de GES concernent la déforestation et les activités liées à l’occupation des sols. Pour créer de nouvelles plantations et produire toujours plus d’huile, les agriculteurs utilisent la technique du brûlis. Cette année, les températures ont connu une forte augmentation, dépassant les niveaux de 1997 à cause du phénomène El Niño. Résultat : les feux de forêt ont pris une ampleur effarante et comptent parmi les pires incendies de ces dernières années.

Ces feux de forêt constituent un élément critique des négociations de la COP21. Ils permettront peut-être d’inciter les États à s’engager davantage, ou à fournir une aide supplémentaire à l’Indonésie, car les dégâts sont énormes, non seulement pour le pays, mais pour la planète tout entière.

L’Indonésie dans les négociations

Sous l’ex-président Susilo Bambang Yudhoyono, c’est le conseil national pour les changements climatiques (ou DNPI) qui s’impliquait dans les négociations. Il organisait, en amont des conférences, des groupes de travail pour discuter des différents thèmes, comme le financement, les transferts de technologies ou l’adaptation.

Depuis l’élection de Joko Widodo, en octobre 2014, le conseil a fusionné avec le ministère de l’Environnement et de l’Industrie forestière, et a été placé sous la direction d’un nouveau conseil d’administration chargé de surveiller les changements climatiques. C’est ce ministère qui a nommé le conseil consultatif évoqué plus haut. À cause de cette restructuration, les groupes de travail constitués par le conseil d’administration et le conseil consultatif n’ont pas eu suffisamment de temps pour prendre les mesures nécessaires. C’est pourquoi, l’Indonésie n’a pas été en mesure de présenter un programme clair de lutte contre le changement climatique à l’occasion de la COP21.


Traduit de l’anglais par Maëlle Gouret/Fast for Word

This article was originally published in English