Les parcs scientifiques doivent faire plus pour informer sur les catastrophes naturelles

Vulcania, en Auvergne. marie/Flickr, CC BY-NC-SA

Le 5 septembre 2018, un séisme de magnitude 6,6 frappait la grande île de Hokkaido au Nord du Japon, faisant une dizaine de morts. Evènement relativement modeste car ce n’est pas le premier séisme qui frappe Hokkaido, ce ne sera pas le dernier non plus. Pourquoi alors y revenir ? Cela nous permet de poser des questions de prévention et d’information du public, qui passe par des acteurs insuffisamment connus : les parcs scientifiques. Mais la France est-elle au niveau ?

Retour d’une visite à Vulcania. Le parc auvergnat se targue de tout faire connaître à son public sur les désastres naturels, volcans, séismes, ouragans et autres. Techniquement c’est bien fait. Une série d’animations et de projections montrent les volcans, leur impact sociétal, la fascination qui s’en dégage ou leur avenir possible. Une information de prévention est-elle délivrée ? Ce que le public en retient, c’est la beauté des images, le plus souvent prises le soir lors du contraste entre laves incandescentes et ciel encore clair. Un procédé utilisé par de nombreux cinéastes de volcans, dont Maurice et Katia Krafft, initiateurs du projet de Vulcania. On peut aussi ressentir l’effet terrifiant des projections, bombes ou cendres, dont le rendu est accentué par les effets spéciaux. Idem pour les séismes et la reconstruction du San Francisco-Oakland Bay Bridge.

Le Bay Bridge détruit en 1989. Joe Lewis/Flickr, CC BY

Lors du séisme de Loma Prieta, en octobre 1989, dans la baie de Santa Cruz au Sud, le Bay Bridge qui relie San Francisco à Oakland à l’Est a en effet subi de dramatiques dommages. Ce que montre Vulcania sur cet évènement est très cinématographique, mais comporte quelques arrangements avec la réalité. Par exemple, le pont ne s’est pas du tout comporté en torsion, mais a vu son tablier supérieur s’effondrer par mouvement vertical. On a beaucoup appris de ce séisme californien, qui a changé le regard des scientifiques et des autorités. Le séisme annoncé, « The Big One » est toujours dans les esprits. On a pu alors insister sur la nécessité de messages de prévention de telles catastrophes naturelles, et il en est de même pour les volcans.

Katia et Maurice Krafft. United States Geological Survey

C’était là la préoccupation principale de Maurice et Katia Krafft avec qui j’ai longuement discuté de ces sujets. Les deux volcanologues ont pu transmettre leur message avec quelques succès, en Indonésie notamment. La passion a animé Maurice et sa compagne jusqu’au terrible jour de juin 1991 où un collègue de l’Ifremer m’a téléphoné, m’annonçant la terrible nouvelle de leur décès accidentel sur les flancs du mont Unzen au Japon. Qu’aurait pensé Maurice de ce que l’on montre aujourd’hui à Vulcania ? On y met la main devant soi pour éviter la bombe volcanique, on crie de peur, et on attend la fin du film pour rentrer chez soi. J’en suis choqué. Et que l’on ne vienne pas dire que c’est faute de moyens.

Un exemple au Japon

La situation est bien différente au Japon. Je suis allé, lors d’une année sabbatique, à Tsukuba, au Geological Survey of Japan, à l’AIST, regroupement de laboratoires de recherche. Dans la même ville se trouvaient les bureaux de la National Earthquake Research Institute. Je suis allé les visiter, c’était le début des études sur les « séismes silencieux ». J’y ai vu des informations scientifiques actualisées sur les systèmes de prévention et d’alerte. Des séismomètres à installer partout, de la taille d’un paquet de cigarette, à une vingtaine de dollars pièce. Des vidéos, hautement informatives, tant sur les propagations des ondes (et effet de site sur l’ile de Hokkaido), que sur la prévention, et l’expérimentation. Il existe des vidéos de simulations de dégâts sur immeubles. En particulier, une table vibrante de 15 m2, sur laquelle on peut construire un immeuble de 5 étages et le soumettre à des ondes, telles celles enregistrées lors du séisme de Kobé en 1995. Encore plus saisissant, la simulation de chambres d’hôpital, avec des lits et appareils roulants qui se déplacent. C’est autrement éducatif que les effets spéciaux ! Les gens sont informés de ce qu’il convient de faire (ou pas) en cas de catastrophe.

des enfants japonais apprennent à se protéger en cas de tremblement de terre avec un simulateur. Airman 1st Class Donald Hudson/Yokota Base, US Army, CC BY

Idem pour les tsunamis. Je me suis rendu au Chili en aout 2010, pour donner une conférence grand public pour le personnel de l’Université catholique, dans le cadre de la « Journée de Prévention des Risques ». Cet évènement est maintenant annuel. Il se fonde sur le modèle du « Big Shake Out » des Etats Unis, où le 18 octobre est consacré chaque année aux questions de prévention en cas de séisme. Cette journée est maintenant également observée en Nouvelle-Zélande, Canada et Japon. Il en est de même pour les tsunamis, avec l’« International Tsunami Information Center » piloté par l’Unesco. En plus des alertes (Tsunami Warning System), surtout développées sur le pourtour du Pacifique, il existe de nombreuses simulations, selon le relief des côtes.

Signe de risque Tsunami aux Etats-Unis. debaird from So California, CC BY

En parle-t-on à Vulcania, ne serait-ce que sous forme de panneaux ou affiches ? Quid de la recherche et surveillance, si ce n’est le panneau sur le laboratoire « Magma et Volcans » de l’Université de Clermont-Ferrand, coincé en haut d’un escalier ? Dans ce parc, on peut aussi expérimenter la plongée en bathyscaphe. C’est peut-être ce qui a provoqué ma réaction la plus négative. On y annonce une plongée sur une ride océanique, avec des fumeurs noirs et blancs. Parfait ! on va en apprendre sur l’évolution de la vie… Sauf que la descente est chaotique, et peu intéressante d’un point de vue scientifique. Par exemple, on distingue des archéobactéries ou vers tubicoles, sans explications associées. Le regard sur l’apparition de la vie n’est pas pédagogique.

Résultat de la visite. On en garde l’impression que tout est basé sur les effets spéciaux, comme dans un film d’Hollywood, dans un but uniquement commercial. Quel intérêt pour les écoliers ? Susciter des vocations, hors celles de cinéaste numérique ? Décidément, je ne reconnais pas là, la passion qui animait Maurice et Katia. Je n’ose espérer qu’ils aient imaginé un tel dévoiement de leurs idéaux.

Si la France n’est pas à la hauteur avec Vulcania, est-ce alors différent ailleurs ? Il existe des parcs au Japon, le « Tokyo Rinkai Disaster Park », en Corée du Sud, le « Daegu Safety Theme Park » à quelques centaines de kilomètres au sud de Séoul, et bien entendu aux USA, notamment à Seattle. Ce sont donc des parcs installés dans des régions qui subissent séismes et volcans, avec des intensités plus fortes que celles enregistrées en France.

Conseils de survie

Au Japon, le Rinkai Disaster Park, situé dans le port de Tokyo a été conçu en 2001, et inauguré dix ans plus tard. Sur 13 hectares, il comporte des salles de projection, une librairie et des salles dédiées. Il y a notamment une exposition qui informe les dégâts probables, et surtout donne des conseils de survie pendant 72 heures à un séisme dans une région urbaine. Les dégâts sont examinés dans différents cas d’urbanisation avec les précautions à prendre (portes coupe feu, normes para sismiques, utilisation des transports et ascenseurs…). Des conseils sont fournis sur les précautions pratiques (eau potable, couvertures, lampes…). Une table vibrante simule les effets ressentis dans différents types d’immeubles et de nombreuses vidéos informent sur les conséquences dans les bâtiments et les précautions à prendre. D’autres parcs existent tels ceux de « Hikarigaoka Park », déjà conçu dans les années 1940 ou le « Nakano Central Park ». Ces parcs sont moins des endroits de simulation ou de présentation des dégâts, que de gigantesques salles de classes expérimentales.

En Corée, le parc de Daegu est construit sur un mode similaire, mettant l’accent sur la prévention plutôt que les dégâts potentiels. Des petits groupes de visiteurs sont ainsi guidés au travers une dizaine de scénarios-catastrophes. A Seattle, une dizaine d’ateliers simulent aussi bien les dégâts créés par les ouragans ou les tsunamis, que ceux générés par les volcans (le Mount St Helens n’est pas loin), ou les séismes.

On constate que ces parcs à contenu scientifique, sont à la fois des parcs d’attractions, dans la mesure où ils illustrent les dégâts des catastrophes naturelles, mais mettent aussi l’accent sur la prévention et les précautions à prendre en cas de catastrophes. Comme quoi le spectaculaire peut très bien s’accommoder du pédagogique !