Les rats font partie de l’écosystème urbain et une approche de la gestion de leur population pourrait impliquer le partage de la ville avec eux. Mert Guller/Unsplash, CC BY-NC

Les rats font partie de l’écosystème urbain, que ça nous plaise ou non!

Ah, ces rats!! Ils mangent nos restants, rongent tout ce qu’ils trouvent sur notre propriété, et propagent toutes sortes de vilaines maladies. Et ils sont répugnants, n’est-ce-pas? Avec leur vilaine queue toute dénudée et leurs mouvements rapides et imprévisibles. Les rats envahissent nos maisons – nos châteaux-forts! – le seul endroit où nous sommes maîtres chez nous !

Au cours des millénaires durant lesquels nous avons vécu à leurs côtés, les rats se sont avérés quasiment impossibles à éradiquer. Ils s’adaptent tellement bien qu’ils sont capables d’investir et d’infecter pratiquement tous les recoins de nos villes. Ils savent éviter les pièges tout comme les poisons, et se reproduisent à un tel rythme que tous les efforts pour les exterminer finissent généralement en un combat solitaire contre l’animal…

Une affiche française datant de 1920 décrit les rats comme des monstres provoquant mort et maladies. Wellcome Collection, CC BY

Faut-il s’étonner que tant de villes soient infestées par les rats? Ou bien les villes elles-mêmes ont-elles une part de responsabilité dans leur problème de rats? C’est sur cette question que je me suis penché ces dix dernières en tant que chercheur en espèces sauvages et en santé publique auprès du Réseau canadien pour la santé de la faune (RCSF) et de l’Université de la Colombie-Britannique.

Les défis de la gestion des rongeurs urbains

Dans la plupart des cas, les villes ont tout faux quand il s’agit de gérer la population des rats. Par exemple, les efforts pour répondre à la problématique sont un ramassis de mesures non coordonnées. Au mieux, il n’y pas de direction centralisée au niveau municipal, au pire, il n’y aucune coordination.

Les instances municipales s’occupent parfois des infestations ayant lieu dans des propriétés publiques ou des immeubles voués à la démolition, alors que les autorités sanitaires locales vont s’occuper des établissements du secteur alimentaire, ou encore des endroits où il existe un risque sanitaire évident.

Mais dans la plupart des cas, la population doit se débrouiller par elle-même.

Autre problématique : nous en savons très peu sur les rats des villes. Nous n’avons tout simplement pas suffisamment d’information pour répondre aux questions les plus élémentaires, comme : combien sont-ils? Où habitent-ils? Pourquoi sont-ils là? La situation empire-t-elle?

En dépit de ce manque de connaissances, les villes sont fréquemment disposées à investir des sommes folles en temps et énergie pour des campagnes de dératisation, comme « la guerre contre les rats » à New-York au coût de 32 millions de dollars.

Ce qui signifie que les villes ne disposent pas d’outils de mesures nécessaires pour juger de l’efficacité de leur investissement, puisque ne connaissant pas la nature du problème avant de s’y attaquer, il n’y pas moyen de savoir si l’intervention a permis de le régler.

La cohabitation: une solution

On trouve peut-être la clé du problème en changeant tout simplement de perspective. Plutôt que de penser la ville comme un territoire exclusif à l’humain et envahi par des rats, il nous faut admettre que la ville est un écosystème où résident également les rats.

Cela ne veut pas dire que nous devrions les aimer, ni les laisser tranquilles. Mais plutôt de réaliser que c’est un écosystème que nous devons gérer et que les rats en font partie.

Une fois qu’on a accepté cette approche systémique, il est évident que nous avons besoin de direction et de planification stratégique. Le principe même d’un système, c’est que l’ensemble est plus vaste que la somme de ses composantes: c’est l’antithèse de l’approche réductionniste à laquelle nous sommes habitués, et par laquelle nous traitons les infestations au cas par cas.

Il nous faut comprendre l’écosystème urbain comme s’il s’agissait de gérer les populations d’ours polaires dans l’Arctique, ou les populations d’éléphants dans la savane.

Ce qui implique de gros investissements à long terme afin de récolter des données démographiques sur les rats, et les conditions exactes dans lesquelles ils survivent, ainsi que l’impact des mesures prises à leur égard.

Cela implique également de comprendre l’interface entre rats et humains. Dans la plupart des centres urbains, les rats posent un risque relativement mineur pour la population. Et certainement pas proportionnel à la perception négative que nous en avons. Nous devons donc essayer de comprendre pourquoi ces rongeurs nous gênent tant, et ce que nous devons faire pour arrêter de les craindre.

Écologies urbaines

Dans l’optique d’un écosystème, il nous faut observer les points vulnérables et la capacité d’adaptation à l’intérieur du système. Nos maisons sont bien entendu des zones vulnérables, des endroits où il n’est pas tolérable d’héberger des rats. Et pourtant, ce sont nos domiciles que les autorités municipales ignorent le plus souvent.

De plus, les rats et les problèmes qu’ils provoquent affectent de manière disproportionnée les quartiers déshérités, et les résidents de ces quartiers sont particulièrement sensibles aux conséquences physiques et mentales de la cohabitation avec des rats. En ciblant ces situations de grande vulnérabilité, les villes peuvent initier des changements significatifs dans la façon dont nous percevons et affrontons les rats.

Les rats - et autres animaux sauvages - ont-ils droit de cité? Shutterstock

Cela ne veut pas dire ignorer le reste du tissu urbain. Mais il faut identifier les lieux à risque élevé dans le contexte d’une approche plus large utilisant les principes de l’écosystème pour traiter la problématique des rats. On peut par exemple changer le design des poubelles, et adopter des règlements plus sévères afin de garantir le droit à un environnement sain et sans rats.

Ce sont ces types de règlements et programmes qui permettent de solidifier le système, et peuvent potentiellement diminuer les risques physiques et psychologiques provoqués par les rats. Il en résulterait que notre cohabitation avec les rats ne nous paraîtra pas plus impensable que celle que nous avons, par exemple, avec les écureuils.

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This article was originally published in English