Les Verts face à l’affaire Denis Baupin : féminisme, sexisme et loyauté

Denis Baupin a dû démissionner de sa charge de vice-président de l'Assemblée nationale. MARTIN BUREAU / AFP

Depuis le 9 mai dernier, Denis Baupin, figure historique des Verts et député EELV de Paris, est accusé de harcèlement sexuel. Dévoilées dans Mediapart et sur France Inter, les déclarations de plusieurs (ex)-militantes ont porté un rude coup au parti vert, réputé pour être le plus féministe d’entre tous. L’accumulation des témoignages (treize à ce jour) et les plaintes déposées par trois des plaignantes, le 2 juin dernier, alimentent l’enquête préliminaire ouverte dès le 10 mai par le parquet de Paris.

Au-delà de ce que « l’affaire Denis Baupin » réaffirme du sexisme qui prévaut dans le champ politique et dans la société, elle questionne les militants écologistes, engagés depuis toujours pour l’égalité des droits et des statuts, sans distinction de sexe et d’orientation sexuelle.

Féminisme et égalitarisme pris à revers

Revendiquant l’héritage « soixante-huitard » qui les fait libéraux en matière de mœurs, les Verts sont particulièrement tolérants à la pluralité des types de rapports sexuels et à toutes les formes de conjugalités. Influencés par les luttes féministes auxquelles toutes les générations de militants ont pris part, ils sont des pionniers de la parité, de la féminisation des postes et des carrières politiques.

Cette double influence les rend plus progressistes et plus vertueux en ces matières. Pourtant, force est de constater qu’elle se révèle peu protectrice en cas de violences sexuelles. Pire, ces convictions féministes et « paritaristes » justifient, aux yeux de Denis Baupin, et peut-être d’autres, un ensemble de comportements potentiellement répréhensibles aux yeux de la loi et contradictoires avec leurs valeurs.

Lorsque les auteurs de ces violences plaident, classiquement, une forme de libertinage avec des femmes dont l’engagement féministe garantirait à leurs yeux leur capacité à faire respecter leurs volontés en toutes circonstances, féminisme et égalitarisme se trouvent pris à revers. Les accusés transforment les « jeux de séduction » en un continuum de pratiques – des plus anodines aux plus explicitement sexuelles et agressives – qui rend la qualification des agressions incertaine.

Endormis sur leurs lauriers

Sûrs de leurs valeurs et devenus moins regardants sur l’exemplarité de leurs élus au fur et à mesure qu’ils sacrifiaient aux règles du champ politique, les Verts se découvrent aujourd’hui assez insensibles au signalement et à la prise en charge de comportements – parfois anciens et récurrents – qui devraient pourtant être rapidement et sévèrement sanctionnés.

Institution partisane souple, dans laquelle l’(auto)contrôle des conduites repose, pour l’essentiel, sur la prégnance des relations de sociabilité, ils sont incapables de vérifier en pratique la conformité en valeurs de nombre de leurs dirigeants et de leurs parlementaires. Ce que dit « l’affaire Denis Baupin », c’est que les Verts se sont endormis sur leurs lauriers.

L’effet du « ici, c’est quand même moins pire qu’ailleurs » a joué à plein. Combiné aux effets de loyauté partisane et aux volontés de préservation de l’image du parti, il a contribué à la mise sous le boisseau des comportements répréhensibles. Dits sur le mode de la rumeur, pour la simple raison qu’ils ne peuvent se dire autrement, sauf à mettre en cause et à fragiliser l’institution partisane, ces comportements révèlent la prise en compte croissante des contraintes liées à la compétition politique par un parti qui prétend pourtant faire « de la politique autrement ».

« Séduction à la française »

Les Verts paraissent, en dernier ressort, tout aussi empêtrés que les autres partis politiques dans les effets délétères de la « séduction à la française », la définition genrée des rôles politiques et la reproduction des inégalités structurelles qui régissent les rapports sociaux de sexe. Ils ont désormais à refaire la preuve de leur capacité à faire mentir les définitions essentialistes de la domination masculine et à désobéir aux formes les plus instituées du pouvoir politique.

Redéfinir les « scripts sexuels » qui ont cours dans l’espace des (prises de) positions politiques leur permettrait de contribuer, sans attendre la médiatisation de ces « affaires », au renouveau démocratique qu’ils appellent de leurs vœux, et qui ne peut se penser qu’à partir de « l’extension du domaine démocratique des sociétés jusqu’aux questions sexuelles ».

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