L’impact sur la gestion de… la recherche en gestion

Relations université-entreprise (ici la business school de l'Université d'Ontario). Lars Plougmann/Flickr, CC BY-SA

Cet article est publié dans le cadre du partenariat avec la Revue Française de Gestion (RFG). Elle est signée de Jacques Igalens, Professeur à l’IAE de Toulouse et qui a coordonné les États Généraux du Management 2016 de la FNEGE ainsi que le numéro spécial RFG qui en est issu.


À quoi sert la recherche en gestion ? La réponse paraît aller de soi, « à mieux gérer les entreprises ». Mais derrière cette apparence simplicité se cachent deux difficultés.

Qui fait de la recherche ?

La première d’entre elles renvoie aux chercheurs eux-mêmes. Qui sont-ils ? Que font-ils ? Contrairement à d’autres types de recherche (par exemple la recherche en physique ou en médecine) la recherche en gestion n’est pas cantonnée dans les laboratoires. On fait de la recherche en gestion dans des cabinets de conseil ou d’audit, parfois dans certaines administrations et dans les entreprises elles-mêmes. Selon les cas, l’impact sera très différent car tous ces acteurs de la recherche ne sont pas alignés, ni dans leurs intérêts, ni dans leurs méthodes.

Les consultants font de la recherche pour vendre aux entreprises des produits ou des services. Dans le domaine de la stratégie on se souvient, par exemple, de la matrice inventée par Bruce Henderson, le fondateur du BCG (Boston Consulting Group) qui permettait à ce cabinet de vendre du conseil aux chefs d’entreprise en leur disant comment répartir leurs actifs.

Dans les entreprises, la recherche en gestion sert à résoudre des problèmes qui se posent, par exemple, accroître la productivité, raccourcir des délais, améliorer la qualité, etc. Les méthodes modernes de gestion de la production connues sous le nom de « juste à temps » (qui consistent à minimiser les stocks et les en-cours de fabrication) ont vu le jour dans l’entreprise automobile Toyota.

On fait aussi de la recherche en gestion, et de plus en plus, dans les Business Schools, dans les IAE (Instituts d’Administration des Entreprises) et, bien sûr, dans les laboratoires qui leur sont rattachés. Cette recherche est le fait « d’enseignants-chercheurs », elle se traduit le plus souvent par des publications dans des revues scientifiques nationales et internationales.

Le chercheur en gestion est donc, selon le cas, une personne qui vend un produit ou un service (le consultant), qui résout un problème (le manager) ou… qui écrit des articles (l’enseignant chercheur). On pourrait en dire autant de l’activité du chercheur dans bien d’autres disciplines (pour ne pas dire toutes les disciplines scientifiques) mais la gestion fait désormais partie de la vie de tous les jours, elle comporte des volets qui touchent le public, l’étude du comportement du consommateur, la gestion des ressources humaines, les investissements boursiers, etc.

Les Sciences de gestion sont des sciences de l’action, de la décision et, pour cette raison, nombreux sont ceux qui attendent un impact visible et tangible des résultats de la recherche. Certes on peut toujours répondre que ce résultat ce sont les articles et qu’il suffit de les lire.

De l’utilité des articles de recherche

C’est là qu’apparaît la deuxième difficulté car la lecture de ces publications scientifiques laisse souvent le dirigeant ou le manager perplexe pour ne pas dire insatisfait. Le langage est aride, les méthodologies ardues et même si le sujet lui paraît intéressant, il hésitera à se lancer dans la lecture d’un article scientifique.

Pourtant le progrès des connaissances en gestion est, en grande partie, tributaire de ces publications. C’est là que sont pourchassées les erreurs ou les fausses sciences qui souvent pullulent en gestion.

Jusqu’à une époque récente, la graphologie était utilisée pour opérer une sélection des candidats alors que la recherche en GRH et en psychologie avait démontré depuis longtemps qu’il ne s’agissait pas d’une méthode appropriée. Le paradoxe est le suivant : la recherche en gestion ne cesse de se développer du fait de l’activité des enseignants-chercheurs, mais elle a du mal à faire connaître ses résultats à ceux auxquels elle est en grande partie dédiée, les parties prenantes de l’entreprise et en premier lieu ses dirigeants et ses cadres.

Quel impact ?

L’impact de la recherche en gestion (pour la part de cette recherche publiée dans des revues scientifiques) souffre en effet d’un déficit de visibilité et d’appropriation par les organisations et les autres parties prenantes (salariés, investisseurs, consommateurs, associations de la société civile, État, etc.).

Le sujet est important car cette recherche mobilise de plus en plus de moyens notamment dans les Business Schools et il n’est pas faux d’attribuer une part de l’augmentation des frais de scolarité de ces écoles au financement de la recherche. Quelques moyens existent pour accroître l’impact de la recherche en gestion mais ils ne sont pas très connus.

Certains établissements « traduisent » les articles scientifiques de leurs chercheurs dans un langage accessible, et ils envoient des présentations des résultats aux entreprises, HEC va jusqu’à proposer de petits dessins animés pour exposer le résultat de son centre de recherche et ainsi accroître leur impact

C’est avec le même souci que, tous les deux ans, la FNEGE (Fondation Nationale pour l’Enseignement de la Gestion des Entreprises) organise les États Généraux du Management. Cette manifestation réunit des chercheurs et des managers afin de diffuser les résultats les plus remarquables des laboratoires. La RFG (Revue Française de Gestion) publie dans son dernier numéro (N° 261) les meilleures contributions de cette manifestation qui s’est tenue à Toulouse les 26 et 27 mai 2016.

On trouve par exemple dans ce numéro une description des mécanismes par lesquels un savoir scientifique s’incorpore aux pratiques de gestion et donc génère un « impact ». Les auteurs évoquent tour à tour l’enrichissement de la mémoire organisationnelle, la transformation des représentations, la coproduction de connaissance et l’incitation à la réflexivité des acteurs.

Un autre article s’intéresse à l’impact de la recherche en gestion sur les politiques publiques. Il s’appuie sur le cas de la « stratégie logistique nationale » : après avoir retracé la genèse de cette stratégie nationale, il montre comment des enseignants-chercheurs en sciences de gestion ont contribué à son émergence avant de participer à son élaboration. Au total sept articles permettent de faire le point sur l’impact actuel de la recherche en gestion et ils dressent des pistes pour qu’à l’avenir cet impact soit accru.

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