Manipuler l’opinion publique sur les réseaux sociaux : c’est possible !

Attention à l'abus de réseaux sociaux. Marc Schafer / Unsplash

Les réseaux sociaux se sont démocratisés rapidement en mettant en exergue leurs nombreux avantages pour la communication et l’accès à l’information. Depuis peu, un usage moins connu mais non moins dangereux à fait son émergence : la manipulation de l’opinion publique sur et via ces médias digitaux. Nous vous proposons dans cet article, un éclaircissement sur cette pratique.

La place des médias sociaux dans la vie politique

Les médias sociaux ont contribué à favoriser les échanges démocratiques sur nombre de questions sociales et politiques. Un exemple phare est l’importance démontrée par Facebook dans la réalisation du printemps arabe.

La place qu’ont prit ces médias numériques où tout le monde à la possibilité de s’exprimer et d’échanger est non négligeable dans la vie politique d’un pays. De récents travaux de recherche ont mis en évidence le lien étroit existant entre les résultats politiques d’une élection et la nature et la quantité des échanges sur ces médias les jours et mois précédents. C’est notamment le cas sur les élections américaines, allemandes, australiennes et françaises.

Dans ce contexte, la propagation de fausses informations ou trompeuses visant à manipuler l’opinion publique peut avoir de très fortes conséquences. C’est d’ailleurs l’une des principales menaces identifiées à l’ère digitale par le forum économique mondial.

La présence de trolls et de bots politiquement orientés

Le troll fait référence à un compte digital dont l’unique but est de transmettre et propager du contenu politiquement orienté et visant à créer une polémique sur les réseaux sociaux. Vous avez certainement déjà un jour été choqué par ce type d’utilisateur vous prenant à parti à des fins de provocation.

Les bots vont encore plus loin car ils sont automatisés, souvent grâce à un programme informatique exploitant les API des réseaux sociaux. À l’ère de l’intelligence artificielle et profonde ; ces programmes peuvent exploiter l’analyse massive de texte, l’analyse du langage naturel pour rendre leurs contenus crédibles et influant bien que faux ! Cela rend leur efficacité redoutable et leur impact potentiel important. Notons que ces bots sont capables de détecter le moment le plus opportun pour publier leur contenu mais aussi de mentionner les personnes les plus à même de relayer leur information et même surfer sur les sujets d’actualité. Enfin, certains sont même capables de réagir aux messages de manières dynamiques à l’image des chatbots.

Parlons de cas concrets !

Une étude de l’Institut des sciences de l’information de l’USC a étudié l’usage de bots dans le cadre de la campagne présidentielle américaine. L’étude a mis en évidence l’existence de 4,9 % et 6,2 % des profils libéraux et conservateurs comme étant des bots. L’enquête du Congrès américain a permis d’identifier l’usage par les Russes de trolls et de bots afin de diffuser de fausses informations et influencer la campagne.

En France, certaines études ont étudié le macronleaks qui a eu lieu lors de l’élection présidentielle. Les résultats des chercheurs ont montré l’usage de Trolls et de Bots afin de disséminer l’information relative à l’implication de la Russie dans cette affaire. La nature et le comportement des bots utilisés mènent à penser à l’usage de marchés noirs dont la valeur marchande sont les bots.

Notons que l’usage de trolls et de bots n’est qu’un maillon de la chaîne de désinformation. En effet, c’est le relais et la diffusion par des utilisateurs et influenceurs qui peuvent donner un effet de caisse de résonance. Dans le cas des élections présidentielles américaines, le nombre de trolls et bots sur Twitter est estimé à 2 000 environ mais le nombre de relayeurs à plus de 40 000. Le nombre de profils impactés par ce type de messages se compte en millions.

Notons que la nature et la topologie des relations sur les réseaux sociaux en font des petits mondes ou l’information se propage de manière très rapide et efficace lorsqu’elle s’appuie sur les bons maillons.

Comment lutter contre ces pratiques ?

Si vous avez des doutes sur la validité d’un compte, ne pas hésiter à le reporter à la plate-forme. Dans le cas d’un compte Twitter, vous pouvez tester son score botometer pour identifier si celui-ci est automatisé ou non. Vous pouvez aussi vous renseigner auprès des sites comme PolitiFact pour vérifier la légitimité d’informations politiques circulant sur les réseaux sociaux.

Rassurez-vous, les réseaux sociaux luttent activement contre l’automatisation abusive des comptes sur leur plate-forme. Twitter à modifié récemment sa politique en ce sens et de nombreux profils ont été éradiqués. De plus, de nombreux académiques travaillent dans le but de détecter automatiquement ce type de comportement sur les réseaux sociaux en exploitant l’apprentissage profond.

L’exercice reste cependant difficile et délicat car la suppression de ce type de messages peut nuire au droit de parole et s’apparenter à de la censure.

Enfin, il est important de ne pas prendre toute information pour acquise et de questionner la validité de celle-ci surtout si elle ne provient pas d’une source de confiance.

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