Massacre de Christchurch et extrême-droite: pour en finir avec l'innocence

Des membres de l'Escouade tactiques repoussent des gens du public après la fusillade à la mosquée Masjid Al Noor, à Christchurch, en Nouvelle-Zélande. AAP/Martin Hunter, CC BY-NC

Massacre de Christchurch et extrême-droite: pour en finir avec l'innocence

Ce qu’on sait de l’horrible massacre pour l’instant : 49 personnes ont été tuées et 48 autres, blessées. Selon les dernières informations, 41 personnes sont mortes à la mosquée Masjid Al Noor, sur l’avenue Deans, et les autres, dans une autre mosquée située tout près de là.

Un homme d’une vingtaine d’années a été arrêté et accusé de meurtre. Il comparaîtra en cour samedi matin. Deux autres suspects armés étaient détenus.

La police n’a nommé aucun des suspects, mais un homme qui s’identifie comme étant Brenton Tarrant, un Australien de 28 ans, a diffusé sur Facebook des images en direct le montrant en train de se rendre dans une mosquée, entrant et tirant au hasard sur des personnes à l’intérieur.

Dans les heures qui ont suivi les attentats, la Première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, a clairement indiqué qu’il s’agissait d’un attentat terroriste d’une « violence extraordinaire et sans précédent » qui n’avait pas sa place en Nouvelle-Zélande.

Elle a déclaré que les opinions extrémistes n’étaient pas les bienvenues et contraires aux valeurs néo-zélandaises, et ne reflétaient pas la Nouvelle-Zélande en tant que nation.

C’est l’un des jours les plus sombres de la Nouvelle-Zélande. Bon nombre des personnes touchées par cet acte de violence extrême proviendront de nos communautés de réfugiés et de migrants. La Nouvelle-Zélande est leur patrie. Ils sont nous.

Elle a raison. Les sondages d’opinion publique tels que les sondages annuels de la Asia New Zealand Foundation tendent à montrer qu’une majorité de Néo-Zélandais sont en faveur de la diversité et considèrent que l’immigration, en l’occurrence en provenance d’Asie, offre divers avantages pour le pays.

Mais la politique extrémiste, y compris la politique nationaliste et suprémaciste blanche qui semble être au cœur de cette attaque contre les musulmans, fait partie de notre communauté depuis longtemps.

Une scène du massacre à la mosquée Masjid Al Noor à Christchurch. AAP/Martin Hunter, CC BY-SA

Retour sur la suprématie blanche

J’ai effectué des recherches au Royaume-Uni sur le National Front et le British National Party à la fin des années 1970. Lorsque je suis retourné en Nouvelle-Zélande, j’ai appris, y compris par les autorités chargées de surveiller l’extrémisme, que nous n’avions pas de groupes similaires ici. Mais il ne m’a pas fallu longtemps pour découvrir tout le contraire.

Au cours des années 1980, j’ai examiné plus de 70 groupes locaux qui répondaient à la définition de l’extrême droite. La ville qui a accueilli beaucoup de ces groupes était Christchurch.

C’était un mélange de skinheads, de néo-nazis et de groupes nationalistes extrémistes. Certains affichaient une idéologie dite « traditionnaliste », avec un fort antisémitisme et une croyance en la suprématie de la « race britannique ». D’autres ont inversé les arguments du nationalisme Māori pour plaider en faveur du séparatisme afin de maintenir la « race blanche pure ».

Et oui, il y avait de la violence. En 1989, l’assassinat d’un passant innocent, Wayne Motz, à Christchurch, par un skinhead qui s’est ensuite rendu à pied à un kiosque de police local et s’est suicidé. Les photos de ses obsèques montrent ses amis en train de faire le salut nazi. Dans des incidents distincts, un randonneur coréen et un homosexuel ont été tués pour des raisons idéologiques.

Les choses ont changé. Les années 1990 ont vu l’arrivée massive de l’Internet, puis des médias sociaux. Et des événements tels que les attentats terroristes du 11 septembre ont déplacé l’attention. L’antisémitisme était maintenant accompagné par l’islamophobie.

Discours haineux en ligne

Les tremblements de terre et les reconstructions qui ont suivi ont considérablement transformé la démographie ethnique de Christchurch et l’ont rendue beaucoup plus multiculturelle – et confiante dans cette diversité. Il est ironique que ce terrorisme ait lieu dans cette ville, malgré son histoire d’extrémisme d’extrême droite.

Nous avons tendance à ne pas trop penser à la présence de groupes racistes et suprémacistes blancs, jusqu’à ce qu’il y ait un incident public comme la profanation de tombes juives ou une marche d’hommes en chemise noire (ce sont surtout des hommes) affirmant leur « droit à être blancs ». Peut-être sommes-nous à l’aise de penser, comme la Première ministre l’a dit, qu’ils ne font pas partie de notre pays.

L’an dernier, dans le cadre d’un projet visant à examiner le discours haineux, j’ai examiné ce que certains Néo-Zélandais disaient en ligne. Il n’a pas fallu longtemps pour découvrir la présence de commentaires haineux et anti-musulmans. Il serait erroné de qualifier ces opinions et commentaires de généralisés, mais la Nouvelle-Zélande n’est certainement pas exempte d’islamophobie.

De temps en temps, elle faisait surface, comme dans l’attaque d’une femme musulmane dans un parking de Huntly

Des familles à l’extérieur d’une mosquée de Christchurch, en Nouvelle-Zélande. AAP/Martin Hunter, CC BY-SA

La fin de l’innocence collective

C’est devenu encore plus évident en 2018. Le YouTuber canadien, Stefan Molyneux, a suscité un débat public (avec Lauren Southern) au sujet de son droit à la liberté d’expression. La plupart des commentaires du public semblaient ignorer ou tolérer ses opinions extrêmes sur ce qu’il considère comme la menace posée par l’islam.

Et puis il y a eu l a manifestation publique en faveur de la liberté d’expression qui a eu lieu en même temps, prévenant de l’arrivée de la charia, ou des pancartes scandant « Tommy libre ». Elles faisaient référence à Tommy Robinson, un militant de longue date (leader de la Ligue de défense anglaise) qui a été condamné à la prison – puis libéré en appel – pour outrage au tribunal, essentiellement en ciblant des musulmans devant les tribunaux.

Il existe de nombreuses preuves d’opinions islamophobes locales, en particulier en ligne. Il y a, et il y a longtemps eu, des individus et des groupes qui ont des opinions suprémacistes blanches. Ils ont tendance à menacer de recourir à la violence ; ils ont rarement agi en fonction de ces opinions. Les Néo-Zélandais, y compris les médias, sont également naïfs quant à la nécessité d’être tolérants à l’égard des intolérants.

Il n’y a pas nécessairement de lien direct entre la présence de l’islamophobie et ce qui s’est passé à Christchurch. Mais cette attaque doit mettre fin à notre innocence collective.

Quelle que soit la taille de ces communautés extrémistes, elles représentent toujours une menace pour notre bien-être collectif. La cohésion sociale et le respect mutuel doivent être affirmés et faire l’objet d’un travail permanent.

This article was originally published in English