Médias sociaux au travail: quel type d'utilisateurs êtes-vous?

Les médias sociaux, atout ou handicap pour vos relations au travail ? Le contenu qu'on y partage a des conséquences sur votre carrière. Shutterstock

Médias sociaux au travail: quel type d'utilisateurs êtes-vous?

Les relations avec les collègues, superviseurs et autres contacts professionnels sur des réseaux sociaux en ligne prennent de l'ampleur à mesure que le monde devient de plus en plus connecté.

On estime ainsi que 58% des employés sont connectés sur Facebook avec leurs collègues, et 40% avec leurs superviseurs.

Certains de ces réseaux en ligne, tels que Facebook ou Twitter, sont des espaces sociaux où les relations peuvent être à la fois personnelles et professionnelles. Il en résulte une collision potentielle des sphères privées et professionnelles qui peut être source d'opportunités mais également de difficultés.

La collision des identités professionnelle et personnelle offre de formidables opportunités de se présenter sous un jour favorable à ses collègues, et de nouer avec eux des relations plus riches et personnelles. Cela dit, cette collision pose également des défis importants, car ce qu’une personne partage sur les réseaux sociaux numériques peut affecter les jugements de compétence et de valeur de ses interlocuteurs à son égard, et donc le respect qu’ils lui portent et l’appréciation qu’ils ont d’elle.

La collision des identités professionnelle et personnelle pose des défis importants. Ce que votre collègue partage sur les réseaux sociaux numériques peut affecter le jugement que vous porterez sur lui. Shutterstock

Par exemple, 14% des employés aux Etats-Unis sondés par le Pew Research Center mentionnent avoir trouvé des informations sur les médias sociaux qui ont amélioré leur opinion professionnelle d'un collègue ; inversement, 16% ont trouvé des informations qui ont dégradé leur opinion sur le collègue.

4 stratégies

Mes collègues et moi avons identifié quatre stratégies de gestion des réseaux sociaux en ligne (il s’agit d’un modèle théorique qui a ensuite été soutenu par plusieurs études empiriques).

  • La stratégie d’« Auditoire » – On sépare ses réseaux professionnels et personnels, en utilisant Facebook pour les contacts personnels et LinkedIn pour les contacts professionnels.

  • La stratégie de « Contenu » – On accepte à la fois des contacts professionnels et privés, mais on gère le contenu qu’on partage de façon à ce que son image reste bonne et pour ne pas choquer les contacts personnels ni professionnels. On peut également contrôler qui peut vous « taguer » sur des photos et surveiller les commentaires qui sont faits sur ses profils.

  • La stratégie « Personnalisée » – On gère à la fois l’auditoire et le contenu, c'est-à-dire qu’on choisit le contenu pour chaque auditoire. On peut par exemple utiliser des listes sur Facebook par exemple, et publier des contenus différents sur ses listes professionnelles et personnelles.

  • La stratégie « Ouverte » – On exprime ses opinions et sentiments sans les filtrer, qu'ils soient positifs ou négatifs, et on laisse chacun libre de commenter ses statuts. En somme, on ne gère ni l’auditoire ni le contenu.

Qui utilise quelle stratégie ?

Les personnes qui séparent vies personnelle et professionnelle (appelées les « segmenteurs ») peuvent opter pour la stratégie d’Auditoire si elles utilisent les médias sociaux essentiellement à des fins d’auto-validation, c’est-à-dire pour exprimer leurs visions du monde et les faire valider par leurs contacts. Elles préféreront toutefois une stratégie Personnalisée si elles utilisent les médias sociaux à des fins d’auto-promotion, c’est-à-dire pour se présenter sous un jour positif.

En revanche, les personnes qui intègrent sphères personnelle et professionnelle (les « intégrateurs ») privilégieront une stratégie Ouverte si leur finalité première est l'auto-validation, et une stratégie de Contenu si elles visent principalement l’auto-promotion.

Cependant, la stratégie choisie peut évoluer au fil du temps, lorsque les personnes changent d'emploi selon le stade de leur vie, ou lors d’incidents critiques. Par exemple, des réactions de collègues suite à la publication d'un contenu inapproprié dans la sphère professionnelle peuvent inciter des personnes à mieux gérer la collision des sphères sur les réseaux sociaux.

La stratégie choisie sur les réseaux sociaux peut évoluer au fil du temps, lorsque les personnes changent d'emploi selon le stade de leur vie, ou lors d’incidents critiques. Shutterstock

Quelles en sont les conséquences ?

Nos recherches ont clairement démontré que la stratégie ouverte est la plus risquée en termes de respect (par exemple : afficher un contenu inapproprié qui sera vu par votre patron et vos collègues) et de sympathie (par exemple : partager des opinions politiques qui vous rendront moins sympathique).

Les stratégies de Contenu et Personnalisée sont les plus susceptibles d'accroître le respect et la sympathie au travail, mais elles demandent du temps et des efforts car elles impliquent une surveillance constante.

La stratégie Personnalisée, en particulier, nécessite de décider à chaque publication quel est l’auditoire pertinent, et de composer avec des paramètres de confidentialité en constante évolution, afin d'éviter l'erreur qui consisterait notamment à diffuser des messages auprès de la mauvaise liste de contacts. Elles peuvent également exposer leurs auteurs à divulguer trop de contenu malgré eux, lorsqu’ils oublient l’auditoire invisible, celle qui voit le profil mais ne commente pas, ou lorsque leurs propres contacts partagent des informations ou photos indésirables les concernant.

Bien que la stratégie d’Auditoire puisse offenser certains contacts professionnels, dont la demande de connexion est ignorée, elle protège le respect. Elle peut toutefois être difficile à maintenir sur le long terme.

Nos études empiriques indiquent également qu’être connecté avec ses collègues sur les médias sociaux peut être bénéfique en augmentant le sentiment de proximité avec les collègues, et l’aide apportée, surtout s'ils sont du même âge que soi. En revanche, une mauvaise gestion de ces relations sur les médias sociaux peut entraîner des jalousies et des inimitiés. De plus, les comportements diffamants ou offensants sur les médias sociaux peuvent réduire le sentiment de proximité avec les collègues ainsi que les comportements d’aide aux collègues.

La gestion des frontières en ligne, un nouveau capital culturel

En somme, le contenu de ce qu'on partage sur les médias sociaux - ou de ce que les autres publient sur vous en ligne – a des implications pour les relations avec les collègues et les supérieurs, et influence les décisions d'embauche et de carrière.

Ainsi, la capacité à gérer la séparation des sphères est un savoir-faire social important. Pour reprendre les termes de Pierre Bourdieu, ce savoir-faire s’apparente à une nouvelle forme de capital culturel, comme mes collègues Jerry Jacobs, Nancy Rothbard et moi l'analysons dans un essai à paraître. La maîtrise de ce capital culturel sera un enjeu important dans les années à venir.