« Mexico’s little Cornwall » : des Anglais dans les mines d’argent mexicaines

La place principale de Real del Monte. Diego Delso/Wikimedia, CC BY-SA

Real del Monte – depuis l’indépendance du Mexique, en 1810, son nom officiel est Mineral del Monte –, très jolie ville coloniale, se trouve à près de 2 700 mètres d’altitude dans l’État d’Hidalgo, au centre-est du Mexique. Les mines d’argent des environs ont produit, à elles seules, plus de la moitié de l’argent exploité pendant la période coloniale. En très mauvais état, elles sont vendues, en 1824, à un groupe d’investisseurs anglais.

Des hommes et des machines

La Company of Gentlemen Adventurers in the Mines of Real del Monte recrute alors quelques 130 à 140 mineurs et ingénieurs des mines en Cornouailles, qui débarquent l’année suivante dans le port de Veracruz. Certains d’entre eux n’iront pas plus loin, victimes, dès leur arrivée, de la fièvre jaune. Les autres mettront plus d’un an pour atteindre Real del Monte après avoir tiré à travers marais et forêts tropicales, avec l’aide de bêtes de somme et de cordes, les fameuses steam beam engines mises au point pour épuiser les eaux d’infiltration dans les galeries des mines de Cornouailles. Inondées depuis longtemps, les mines de Pachuca et de Real del Monte doivent la modernisation de leur exploitation à la venue de ces techniciens étrangers et de leurs machines.

Les hommes de cette première vague seront suivis par de nombreux autres. Dans les années 1830–1840, ils sont entre 300 et 350 à travailler dans les mines de la région. Recrutés sur la base de réseaux familiaux, ils viennent des villes minières de Camborne, Redruth et Gwenneap. Certains d’entre eux font le choix de repartir vers leur pays d’origine, d’autres font souche et s’intègrent dans la société mexicaine, à l’instar de Francis Rule, surnommé El Rey de la Plata. Ce mineur originaire de Camborne, arrivé à l’âge de 17 ans en 1853, fera fortune dans les mines mexicaines. Bienfaiteur de la ville de Pachuca, « Francisco » Rule fait construire l’imposante tour-horloge qui orne la place principale et contribue à l’édification de l’église méthodiste.

Une culture vivante

Le patrimoine industriel et culturel hérité de ces familles venues de Cornouailles est important et apprécié. Nombreux sont les habitants de la région à porter, non sans fierté, un patronyme à consonance anglaise, comme Rule ou Ludlow. Afin de préparer, dans les règles de l’art, leur plat « national » – les Cornish pasties –, les hommes de la mine venus d’outre-Atlantique ont introduit la culture du navet, un légume jusque-là inconnu au Mexique. Ces petits pâtés à la viande et aux légumes font, désormais, l’objet d’un véritable culte. Dans les petites rues de Pachuca et de Real del Monte, les marchands de paste se font concurrence. En octobre 2009, le premier Festival Internacional de Paste qui s’est tenu à Real del Monte a connu un grand succès. Deux ans plus tard le Museo del Paste, où les visiteurs sont invités à une séance de travaux pratiques, puis de dégustation de leurs propres pasties, a ouvert ses portes.

Au festival International del paste de 2012.

Sur place, les musées témoignent de la modernité apportée par la présence anglaise, mais également de l’importance des investissements réalisés. Dans celui de la Mina de Acosta, exploitation fermée en 1985, l’architecture des bâtiments miniers est dans le style typique de ceux des mines de Cornouailles.

Mine d’Acosta. Diego Delso/Wikimédia commons, CC BY

L’engine house – ou salle des machines –, tout comme les hautes cheminées, dessinent un paysage industriel inattendu dans cette région de montagne verdoyante. En ville, des maisons édifiées au XIXe siècle avec leurs grands toits inclinés et leurs cheminées rappellent, elles aussi, celles de la pointe sud-est de l’Angleterre. Par contre, la Casa Rule, ancienne demeure familiale devenue l’Hôtel de Ville de Pachuca, est de style néoclassique, un signe que celui qui avait réussi voulait distinctif.

La Casa Rule, de style néo classique. Lalo Armi/Wikimédia Commons

Sur une colline dominant Real del Monte, dans ce qui fut le quartier anglais, se trouve le magnifique Pantéo Inglès ou cimetière anglais, aménagé sur un terrain offert par l’un des administrateurs de la société, Thomas Straffon, premier Britannique arrivé avec sa femme et ses enfants. Parmi les 755 tombes, toutes orientées vers l’Angleterre, la plus ancienne date de 1834. Plus récente est celle de John Vial. Parti de Real del Monte pour se battre aux côtés de ses compatriotes pendant la Première Guerre mondiale, il est mort sur la Somme en 1916. Méthodistes, pour la plupart, ces Anglais ont continué à pratiquer une fois arrivés au Mexique. Le temple méthodiste de Pachuca, construit au début du XXe siècle, compte encore quelques fidèles au sein de la population locale.

Le cimetière anglais. de10.com

Les Anglais ont également introduit le football au Mexique, comme ils l’ont fait en France dans les bassins miniers, au tout début du XXe siècle. Le premier match a été joué, en 1900, par des mineurs de Cornouailles qui fondèrent le « Pachuca Athletic Club », premier club de ballon rond du Mexique. Dans les années 1930, Alfred C. Crowle, gueule noire natif de la même région venu travailler au Mexique, est devenu le manager de l’équipe de football nationale mexicaine.

Cet héritage, riche et original, est revendiqué et valorisé par la Cornish Mexican Cultural Society, fondée en 2008. Les villes de Redruth et de Real del Monte ont été jumelées la même année, et les échanges entre les deux régions s’intensifient. La région de Mexico’s little Cornwall serait-elle sur le point de devenir une destination touristique ?