Oméga-3 : ce qu’il faut manger, ce qu’il faut savoir

Saumon et sardines. Tsuchida Bakusen (1887 - 1936)

Notre laboratoire s’intéresse particulièrement au rôle des oméga-3 dans les pathologies cérébrales. En effet, de nombreuses données chez l’Homme associent une diminution des taux sanguins et cérébraux en oméga-3 à la dépression, la schizophrénie ou la maladie d’Alzheimer. Aussi, voici un court récapitulatif de ce qu’il faut savoir sur l’action de ces nutriments sur le cerveau.

Que sont les oméga-3 ?

Les oméga-3 sont des nutriments de la famille des lipides que l’on retrouve dans notre alimentation. Ils sont d’ailleurs dits « essentiels » puisqu’ils sont apportés exclusivement par l’alimentation. Notre corps n’est pas capable de les synthétiser alors même que notre cerveau en est particulièrement friand.

D’où proviennent les oméga-3 ?

Ils peuvent être assimilés via la nourriture à partir de deux sources principales : tout d’abord, les végétaux tels que le colza, le lin ou les noix. Ces derniers nous apportent les précurseurs des oméga-3. Ils devront donc être métabolisés par notre corps avant de s’incorporer dans le cerveau ; puis, les sources animales telles que les poissons gras (saumon, maquereau, etc.). Ces aliments contiennent de grandes quantités d’omega-3 à chaîne longue et sont donc directement bénéfiques et utilisés pour le fonctionnement cérébral.

Riches en oméga-3. Pxhere

En quoi les oméga-3 sont-ils si importants pour notre cerveau ?

Une fois ingérés, les oméga-3 s’intègrent dans la membrane de toutes les cellules du corps humain et sont ainsi des briques essentielles dans notre construction. C’est dans le cerveau que l’on retrouve les plus grandes concentrations en oméga-3. À ce niveau, ces lipides et leurs dérivés sont impliqués dans un certain nombre de processus comme la neurotransmission, la survie des cellules, la neuroinflammation et par conséquent peuvent agir sur nos humeurs et nos capacités cognitives (telles que la mémoire par exemple).

Il y a-t-il une période optimale pour l’ingestion d’omega-3 ?

Les apports nutritionnels doivent être appropriés tout au long de la vie pour maintenir un fonctionnement cérébral optimal. Néanmoins, c’est au cours du développement intra-utérin et dans les deux ans suivant la naissance que l’entrée des oméga-3 dans le cerveau est la plus massive. Ainsi, les chercheurs posent aujourd’hui comme hypothèse que le comportement alimentaire des mères pendant la grossesse et l’allaitement, la composition en oméga-3 des laits maternisés ainsi que le régime alimentaire donné aux bébés après le sevrage sont autant de facteurs déterminants dans le développement cognitif des enfants. Néanmoins, et bien que de nombreuses études aient été menées chez des cohortes mère-enfant, aucune conclusion claire ne peut être tirée aujourd’hui quant au rôle causal d’une supplémentation en oméga-3 pendant le développement cérébral et de meilleures performances cognitives chez l’enfant.

Ceci est certainement lié à la grande hétérogénéité des approches expérimentales utilisées par les équipes de recherche (quantités d’omega-3 ingérées, période de supplémentation, impossibilité de contrôler les apports nutritionnels de la mère et/ou de l’enfant en dehors de la supplémentation, etc.). Cette question du rôle des oméga-3 dans le développement du cerveau est donc toujours un domaine d’étude très actif aujourd’hui.

En revanche, à l’opposé du spectre de vie, il semble clair que des apports en oméga-3 constants tout au long de la vie retardent l’apparition des désordres cognitifs liés à l’âge et pourraient ralentir le développement de la maladie d’Alzheimer. Ainsi, l’ingestion d’omega-3 peut être davantage considérée comme un facteur préventif pour la santé du cerveau, plutôt qu’un facteur curatif.

Quelles sont les recommandations actuelles en terme d’apport ?

Les recommandations actuelles sont deux sardines par jour ou 2-3 portions de saumon par semaine. Ces recommandations ont été élaborées sur la base de la santé du système cardio-vasculaire mais semblent également pertinentes pour la santé du cerveau. Il n’existe aujourd’hui aucune recommandation pour les femmes enceintes ou les enfants.

À ce jour, la quasi-totalité de la population humaine a une consommation en oméga-3 inférieure aux recommandations sanitaires. Notre régime a en effet évolué drastiquement depuis l’avènement de l’ère industrielle vers un excès de graisses saturées et de sucre, au détriment des oméga-3. Nous pensons que ceci constitue un facteur de risque environnemental probable quant à l’apparition de pathologies cérébrales.

Quel est le rôle et l’implication des oméga-3 dans les pathologies neuropsychiatriques et neurodégénératives ?

Des travaux menés par les chercheurs de notre laboratoire décryptent chez la souris comment une carence en oméga-3 perturbe leur comportement émotionnel via la modulation de la morphologie de certaines aires cérébrales. Leurs résultats montrent également le rôle d’un régime riche en oméga-3 pour prévenir l’apparition de la dépression. Ces observations sont concordantes avec des essais cliniques menés avec des supplémentations alimentaires en oméga-3 qui révèlent une amélioration de l’efficacité de certains traitements médicamenteux, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives thérapeutiques. L’ensemble de nos recherches vise à définir ce que serait un apport nutritionnel en oméga-3 optimal pour le fonctionnement du cerveau et sa protection, notamment face à des neuropathologies.

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